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LONDRES

Poussin : quand les pinceaux se mettent à danser

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Publié le , mis à jour le
C’est la première exposition consacrée au thème de la danse, et donc du mouvement, chez le peintre Nicolas Poussin. Un événement organisé par la National Gallery de Londres qui se donne ainsi pour mission de dissiper l’image d’un peintre sage et austère. Et qui, au passage, fait la lumière sur les ingénieux procédés de l’artiste. Que le spectacle commence ! 
Nicolas Poussin, Bacchanale devant une statue de Pan
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Nicolas Poussin, Bacchanale devant une statue de Pan, 1631-1633

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Huile sur toile • 98 x 142.8 cm • Coll. The National Gallery, Londres • © The National Gallery, London

Nicolas Poussin fut un modèle pour nombre d’artistes de David, à Cézanne, en passant par Picasso et Bacon. Il arrive pourtant que la peinture de ce maître classique, qualifié de « philosophe » par certains critiques, soit perçue comme mesurée, austère, érudite. C’est cette image que la National Gallery de Londres tente de déconstruire aujourd’hui, en se concentrant sur les débuts du maître français à Rome, où se cristallise sa fascination pour le mouvement, y compris le mouvement chorégraphié. « Après dix-huit mois d’immobilité, ce projet arrive à point nommé », explique la commissaire Francesca Whitlum-Cooper, étonnée que Poussin n’ait pas été à l’affiche d’un autre musée londonien que la Royal Academy depuis 1995. 

Nicolas Poussin, L’Empire de Flore
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Nicolas Poussin, L’Empire de Flore, 1630–1631

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Huile sur toile • 131 × 181 cm • Coll. Gemäldegalerie Alte Meister, Staatliche Kunstsammlungen Dresden • © bpk / Staatliche Kunstsammlungen Dresden / photo Elke Estel / Hans-Peter Klut

Lever de rideau : la première salle évoque l’influence de l’Antiquité tant sur le fond que sur la forme de l’œuvre poussinien. D’un point de vue iconographique, le dessin Satyres dansant sur une outre de vin (vers 1636) apparaît, entre autres bacchanales, comme une citation directe aux Géorgiques du poète latin Virgile. Quant à L’Empire de Flore (1630), elle représente la transsubstantiation de divers personnages en fleurs : de Narcisse, à genoux, au centre, à Hyacinthe, de jaune (dé)vêtu, au second plan à droite, cette toile fusionne plusieurs mythes empruntés aux Métamorphoses d’Ovide. Une composition hautement théâtrale. 

Nicolas Poussin, Le Triomphe de Pan
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Nicolas Poussin, Le Triomphe de Pan, 1635-1636

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À gauche : Plume et encre brune avec lavis sur des traces de craie noire et stylet sur papier. À droite : Huile sur toile • À gauche : Royal Collection Trust / À droite : The National Gallery, Londres • À gauche : © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / À droite : © The National Gallery, London

Poussin serait, d’après le documentaire projeté à mi-parcours de l’exposition, le précurseur du film d’animation !

D’un point de vue formel, Poussin cherche l’inspiration dans le patrimoine romain ; ce dont témoignent quelques antiquités confrontées à la vingtaine de peintures et d’esquisses réunies dans le parcours. À force de contempler les reliefs du IIe siècle préservés au sein de la Villa Borghese, le peintre français donne à ses cortèges de danseurs des allures de fresques tout en s’appliquant à animer au maximum ses modèles. Du Vase Borghese, cratère antique (40–30 av. J.-C.) découvert au XVIe siècle dans les jardins de Salluste à Rome, Poussin retient deux figures : la danseuse au tambourin se retrouve dans Le Triomphe de Silène (vers 1637), tandis que le faune ivre soutenu par un ami survient dans Le Triomphe de Pan (1636). Face à n’importe quel motif, une obsession : restituer le mouvement. Idée fixe qui lui vaut l’affectueux surnom de « geek » dans la bouche de Whitlum-Cooper. 

C’est là que la fameuse « boîte optique » du peintre entre en scène. Avant de traduire sur toile ou sur papier une dynamique ou un enchaînement, ce dessinateur effréné confectionnait des figurines en cire molle qu’il pouvait remodeler, habiller et repositionner à loisir, avant d’en orchestrer les interactions. Un système de glissières permettait d’alterner fonds architecturaux et paysagers. Il n’était exclu ni de jouer avec l’éclairage ni de déplacer, à l’occasion, certains personnages. Un vrai travail de chorégraphe ! En ce sens, Poussin serait, d’après le documentaire projeté à mi-parcours de l’exposition, le précurseur du film d’animation !

Nicolas Poussin, Triomphe de Silène
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Nicolas Poussin, Triomphe de Silène, vers 1636

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Huile sur toile • 142.9 × 120.5 cm • Coll. The National Gallery, Londres • © The National Gallery, London

Pour rendre compte de cette technique absolument unique, il s’agit à la National Gallery de reconstituer ces mini-théâtres à machines, dont il ne reste malheureusement aucune trace. Tel est le point fort de l’exposition, qui doit au duo de sculpteurs Andrew Lacey et Siân Lewis d’avoir reproduit des figurines en cire, inspirées des trois Triomphes [de Silène, de Pan, de Bacchus], commande du cardinal Richelieu pour son château de Coussay, dans le Poitou, remplacée par des copies aux alentours de 1741. Entre pirouettes et pas de bourrés, le choix du sujet pour ce triptyque étonne de la part d’une personnalité du haut clergé : qui dit hommage à Bacchus ou à son proche entourage, dit débauche de danse, de vin et de musique. 

De même, Poussin cachait bien son jeu, la mythologie étant prétexte à la représentation de scènes plus ou moins débridées, que certains critiques perçoivent comme d’« élégantes orgies ». La réunion des trois pendants dans le cadre de l’exposition londonienne a permis de confirmer la paternité du Triomphe de Silène (vers 1636), vivement débattue depuis 1940. La version jusqu’alors refoulée dans les réserves de la National Gallery serait l’originale. Le tableau du Louvre, actuellement confronté à des œuvres de Picasso à Lens, demeure « d’après Poussin ». 

Nicolas Poussin, La Danse de la vie humaine
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Nicolas Poussin, La Danse de la vie humaine, vers 1634

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Huile sur toile • 82.5 × 104 cm • The Trustees of the Wallace Collection • © The Trustees of the Wallace Collection

Le dernier acte de la visite s’articule autour d’une toile destinée à un autre ecclésiastique, le cardinal Ropiglios, futur Clément IX : Danse de la vie humaine (1633–1634). Une véritable « pièce de résistance », puisque la Wallace Collection de Londres se refusait à la prêter depuis plus d’un siècle. L’occasion de soumettre cette allégorie du temps, qu’incarne un ange muni d’un sablier dans la toile, à quelques analyses. Et la réflectographie infrarouge de révéler, à gauche, la présence d’un palmier finalement recouvert par l’artiste. Le repentir le plus épatant concerne, toutefois, les trois danseuses. Sous leurs draperies légères se cachent des silhouettes dénudées que Poussin aurait habillées, contrairement à son habitude, dans un second temps. Accès de pudeur qui, même s’il est sûrement dû au commanditaire du tableau, fait de notre peintre du mouvement, un peintre souple, conciliant, soit lui-même en perpétuel mouvement. 

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Nicolas Poussin et la danse - National Gallery de Londres

Jusqu’au 3 janvier 2022

www.nationalgallery.org.uk

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Nicolas Poussin et la danse - Getty Center de Los Angeles

Du 15 février 2022 au 8 mai 2022

www.getty.edu

Retrouvez dans l’Encyclo : Nicolas Poussin Classicisme

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