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Vue de l’exposition “Mon corps n’est pas une île d’Eva Kotátková” dans la nef du CAPC de Bordeaux
© Arthur Péquin
Dès l’entrée, chacun est invité à prendre une carte du lieu. Certaines zones sont colorées de rose, signalant qu’elles sont appropriables par les visiteurs, qui peuvent s’y asseoir et s’y installer. Originaire de Prague et remarquée à la Biennale de Venise en 2013, Eva Koťátková (née en 1982) a réparti dans l’espace des costumes, des décors, mais aussi différents accessoires drolatiques ou mélancoliques, comme des pilules de médicament disproportionnées ou encore des panneaux de manifestation clamant : « Je rêve d’un corps qui a de nombreuses peaux à disposition », « J’ai toujours ressenti l’amour sous de nombreuses et différentes formes » ou encore « How is it really possible to express your defiance or disapproval when your body is confined in bed ? » (« Est-il réellement possible d’exprimer sa défiance ou son désaccord lorsque son corps est confiné dans son lit ? »).
Eva Koťátková, Place for speaking out place for making confessions of the piping system, Kunsthal Charlottenborg, København, Danemark, 2019
© David Stjernholm
Beaucoup de caisses en bois, aussi, font écho bien sûr à l’histoire de l’entrepôt Lainé. Un certain désordre règne, et tout semble en suspens… On attendrait volontiers l’arrivée de performeurs, qui viendraient se saisir des pancartes, enfiler les costumes, jouer, dialoguer, faire vivre ce grand décor. De fait, c’est le cas, puisque tous les dimanches de l’exposition verront des collaborateurs de l’artiste donner vie, de 14h30 à 17h30, aux différentes histoires qu’elle a écrites et inventées pour cette exposition organique, un petit monde en soi. La carte nous l’indiquait dès le début : chaque zone est dédiée à un personnage inventé. Là, c’est la « baleine éblouie par le soleil », ici « le corps destiné à la consommation immédiate », là le « corps sans-abri », ici les « crevettes, cuites vivantes ».
Vue de l’exposition “Mon corps n’est pas une île d’Eva Kotátková”
Au CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux, du 11/02/2022 au 29/05/2022
Commissaire Sandra Patron
© Arthur Péquin
On y lira des aventures malheureuses, des fictions poétiques s’avérant volontiers politiques…
Un livret (également donné à l’entrée) recense toutes leurs histoires, courtes comme des poèmes en prose. On y lira des aventures malheureuses, des fictions poétiques s’avérant volontiers politiques – telle l’histoire des « travailleurs de nuit », qui commence ainsi : « Nous sommes un groupe de travailleurs capables d’effectuer nos services de nuit. Nous travaillons pour nous nourrir, nous loger, et un salaire horaire minimum. Nous ne rechignons à aucune tâche. Certains d’entre nous dorment debout, d’autres n’ont besoin que de quelques minutes de pause. » Toutes ces histoires, lorsqu’elles ne sont pas performées le dimanche, sont également diffusées sous les côtes métalliques d’un grand corps de poisson empli de coussins, où l’on vient s’installer confortablement pour les écouter, les unes après les autres, en français, en anglais et en tchèque.
Vue de l’exposition “Mon corps n’est pas une île d’Eva Kotátková” et lecture d’une histoire par un intervenant dans l’exposition
Au CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux, du 11/02/2022 au 29/05/2022
Commissaire Sandra Patron
© Arthur Péquin
Ainsi, dans cette vaste installation peuplée de narrations, Eva Koťátková parle tour à tour d’un enfant maltraité à l’école, d’une femme accablée par ses tâches ménagères, d’une crevette jetée dans l’eau bouillante, d’un jeune homme qui fait son coming-out, d’un buisson déraciné… Autant de récits qui mettent en évidence la vulnérabilité des plantes, des animaux et des hommes face à la prédation, aux normes sociétales, à la consommation et à la rentabilité à tout prix. Cette installation demande à chacun de prendre du temps, de lire, de s’arrêter, de se pencher sur les caisses pour y lire des étiquettes fantaisistes, de s’asseoir pour écouter. Autrement dit, de tendre l’oreille, d’ouvrir grand ses yeux, de prendre conscience de son propre corps, pour ouvrir son attention à tous les autres, ces corps vivants qui subissent des assauts et des agressions. Ainsi, l’artiste active la vertu bien connue des contes, et nous invite à trouver dans chaque petite histoire un sens philosophique. Un sens commun.
Eva Koťátková. Mon corps n’est pas une île
Du 11 février 2022 au 29 mai 2022
CAPC • 7 Rue Ferrere • 33000 Bordeaux
www.capc-bordeaux.fr
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Au CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux, du 11/02/2022 au 29/05/2022
Commissaire Sandra Patron