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Pierre Paul Rubens, Portrait de l’artiste, 1623
Huile sur bois • 85,7 x 62,2 cm • The Royal Collection, HM Queen Elizabeth II, Londres • Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2017
« Ce Rubens, c’est bien le grand diplomate, n’est-ce pas ? » demanda, un soir, à sa voisine, au cours d’une fête, une princesse qui venait de l’entendre annoncer, dans un palais rempli de seigneurs et de prélats. Elle s’entendit répondre : « Non, c’est le grand peintre qui se divertit avec la diplomatie. » Infatigable voyageur, Rubens a sillonné l’Europe dès l’aube du XVIIe siècle, en fin connaisseur de ses paysages boursouflés. Introduit très jeune auprès de la haute aristocratie, il a fréquenté les plus grandes cours. En dépit de ses belles manières et de son érudition, il était d’abord un bourgeois d’Anvers, entretenant peu de goût pour cette vie là, mais il a cependant œuvré pour un camp – les Habsbourg et la foi catholique du Saint Empire – et, en retour, n’a pas hésité à utiliser les puissants au bénéfice de sa peinture et de sa gloire.
Pierre Paul Rubens, Portrait de l’archiduc Albert et Portrait de l’infante Isabelle, vers 1615
Huile sur toile • 122 × 89 cm et 120,5 × 88,8 cm • National Gallery, Londres • © National Gallery Photographic Department
Dès l’âge de treize ans, il est nommé page de Marguerite de Lallaing. En 1600, il est au service du duc de Mantoue, Vincent Ier Gonzague, qui l’envoie comme émissaire auprès de différentes personnalités. Il se rend ainsi à Madrid, en 1603, pour porter des tableaux à Philippe III. Ce sont toutefois les gouverneurs des Pays-Bas, l’archiduc Albert et l’infante Isabelle, qui lui ont confié ses premières missions diplomatiques. Utilisant ses activités de peintre, il a réussi à approcher les grands et à mener à bien ses ambassades, tout en récoltant des commandes – ce qui n’allait pas de soi et lui a valu suspicions et rabrouements. Sa maison d’Anvers est ainsi devenue la poste restante et l’antichambre du palais de Bruxelles. Avec sa correspondance nourrie, parfois codée, ses boîtes aux lettres disséminées en Europe, ses échanges d’informations, l’artiste s’est composé une panoplie digne d’un agent secret. Quoique serviteur des Habsbourg avant tout, il a été sans conteste un humaniste, lettré, habité par un idéal de paix. Celle des Pays-Bas d’abord et, au-delà, celle de l’Europe.
Pierre Paul Rubens, Portrait de l’archiduc Ferdinand, vers 1635
Huile sur toile • 116,5 × 94 cm • Florida State University, The State Art Museum of Florida, Ringling Museum of Art, Sarasota • © Bridgeman Images
Après la trêve de Douze Ans, en 1621, les hostilités ont repris entre les Pays-Bas espagnols du Sud et les Provinces-Unies du Nord. Le peintre s’est trouvé embarqué dans des missions auprès de Maurice de Nassau, à la tête de l’insurrection des provinces du Nord. Si les tentatives de conciliation échouent, très vite, une nouvelle cause politique s’est offerte à Rubens, cette fois par l’intermédiaire d’un personnage sulfureux rencontré à Paris, Balthazar Gerbier, à la fois diplomate et peintre comme lui, mais aussi agent du duc de Buckingham. Il lui a permis de se lier avec le Premier ministre anglais et de nouer des contacts avec l’Angleterre.
La grande idée politique de Rubens est en effet d’avoir voulu réconcilier l’Espagne et l’Angleterre, préambule indispensable au rétablissement de la paix entre les Pays-Bas et les Provinces-Unies. Idée qui n’avait pourtant rien d’évident. Au départ, Philippe IV faisait bien peu cas de lui, regrettant dans une lettre à l’infante « que pour traiter d’affaires si importantes on ait eu recours à un peintre ». Rubens y est pourtant parvenu, à force de sagacité et de manœuvres. Sa grande œuvre de diplomate est le traité de paix entre l’Angleterre et l’Espagne signé en 1630. Charles Ier n’a pas manqué de lui marquer sa gratitude par des présents et en le faisant chevalier. En retour, le peintre a offert au monarque anglais son allégorie de la Paix et de la Guerre (1629–1630), un message d’espoir faisant référence aux récents événements historiques. Son combat en faveur de la paix s’incarne aussi en peinture…
Pierre Paul Rubens, La Guerre et la Paix, 1629-1630
Huile sur toile • 203,5 x 298 cm • National gallery, Londres • © Bridgeman Images
Les Horreurs de la guerre (1637) sont, quant à elles, un discours allégorique subtil, acte de philosophie morale et de propagande tout à la fois. Dans une lettre à Justus Suttermans – son contact auprès de Ferdinand II de Médicis –, Rubens détaille cette allégorie mythologique incluant l’Europe, « cette vieille matrone éplorée, vêtue de noir […] qui depuis tant d’années soufre les rapines, les outrages et la misère, si nuisibles à tout le monde ». On est loin de l’optimisme du tableau offert à Charles Ier… La guerre de Trente Ans n’en finit pas et l’artiste s’est retiré de la vie politique au profit de ses pinceaux, après avoir « pris la décision de se forcer à trancher le nœud doré de l’ambition pour recouvrer ma liberté », comme il l’a écrit à son ami Peiresc. Rubens s’est taillé son costume de diplomate avec la même ténacité que celle qui a fait sa qualité de peintre. Il s’est donné les moyens d’être dans le secret des rois et au cœur des tractations politiques, au mépris des soupçons, des échecs et des quolibets pourtant nombreux. Cela étant, il avait lui aussi la dent dure, assurant que « les intérêts du monde entier sont intimement liés aujourd’hui, mais les États sont gouvernés par des hommes sans expérience et incapables de suivre les conseils d’autrui ; ils n’exécutent pas leurs propres avis et n’écoutent point ceux des autres ».
Rubens. Portraits princiers
Du 4 octobre 2017 au 14 janvier 2018
Musée du Luxembourg • 19, rue de Vaugirard • 75006 Paris
museeduluxembourg.fr
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