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Donateur agenouillé, Troisième Période intermédiaire, 1069-655 av. J.-C.
Bronze • 8,5 x 11,1 x 5,6 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais / Christian Décamps
Cercueil anthropoïde de Psammétique, fils de Sebarekhyt, Basse Époque, 664-526 av. J.-C.
Le choix du sujet : avant tout, une collection locale
Riche de 400 pièces, la collection d’art égyptien du musée de Grenoble doit sa richesse aux dons de passionnés dauphinois, dont le plus important est celui d’un notable local : le comte Louis de Saint-Ferriol (1814–1877). L’homme a voyagé en Égypte en 1841–1842 et rapporté de nombreux objets de son périple (cercueils, stèles et bas-reliefs) que son fils a légués au musée. Sa collection a ainsi déterminé le sujet de l’exposition, concentré sur la Troisième Période intermédiaire – avec notamment de très beaux cercueils, dont ce cartonnage (la première enveloppe de la momie) qui fait partie de l’ensemble funéraire de Psammétique, un important responsable administratif de Memphis. Celui-ci est remarquablement décoré de hiéroglyphes colorés et détaillés sur fond blanc.
Bois stuqué et peint • 188 x 54 x 46 cm • Coll. musée de Grenoble • © Ville de Grenoble / Musée de Grenoble - J.-L.Lacroix
Cercueil de Néhemsimontou, porteur de la barque d’Amon (3e rang), Troisième Période intermédiaire, 22e- 25e dynastie (?), 750-700 av. J.-C.
Le culte d’Amon, roi des dieux
Englobant 400 ans d’instabilité économique et politique en Égypte, le sujet de la Troisième Période intermédiaire n’est pas simple… Cinq dynasties concurrentes se partagent alors le territoire, et les pharaons ont de moins en moins de pouvoir. Une théocratie apparaît, accordant une très grande importance à Amon, le dieu le plus vénéré de la mythologie égyptienne. Le peuple se tourne vers lui, l’honore, modèle des bronzes à son image pour les temples… C’est pourquoi Néhemsimontou, dont le cercueil intérieur fait lui aussi partie de la donation du comte Louis de Saint-Ferriol, est un personnage éminent : prêtre thébain de la fin du VIIIe siècle av. J.-C., l’homme était le navigateur en chef du bateau cérémonial d’Amon, qui faisait voguer une statue à l’effigie du dieu sur le Nil. Néhemsimontou est représenté en momie sur le bois peint et doré de son cercueil : les petites scènes et les inscriptions du corps représentent la préparation de la momie et l’arrivée devant le tribunal de l’au-delà. L’idée est d’invoquer pour sa mort les bienfaits traditionnels.
Prov. Nécropole thébaine, Bois peint • 44 x 163 x 55 cm • Coll. musée de Grenoble • © Ville de Grenoble / Musée de Grenoble - J.-L.Lacroix
Simulacres de vase canope au nom de Padiouf, prêtre ouab entrant à Karnak et menuisier du roi dans le domaine d’Amon, Troisième Période intermédiaire, 1069-655 av. J.-C.
L’Égypte par le petit bout de la lorgnette
Si le sujet est précis, l’ambition de cette exposition n’en est pas moindre : car, à travers une ville et un dieu à une époque donnée, c’est finalement tout l’art égyptien qui s’éclaire ici. Notamment l’art funéraire, singulier et fascinant. En témoigne ce prêt du musée du Louvre : les quatre vases canopes de Padiouf, menuisier du roi dans le domaine d’Amon. Un titre prestigieux qui explique le soin extrême apporté au décor de ces récipients contenant les viscères du défunt (intestin, estomac, foie et poumons). Les têtes de faucon, de chien, d’homme et de babouin sont celles des quatre génies, fils du dieu Horus. Ce sont ici des simulacres, car durant la XXIe dynastie, les viscères ôtés du corps pour les soins y étaient ensuite replacés, rendant inutiles les vrais vases canopes.
Bois peint • 29 x 13,8 x 14 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais / Christian Décamps
Statue d’Isis allaitant au nom de Chépénoupet II, l’adoratrice du dieu, 25e dynastie (721-655 av. J.-C.), Troisième Période intermédiaire
Un dieu entouré de femmes
Les questions sur le rôle des femmes dans le domaine d’Amon témoignent de recherches récentes et clôturent le parcours d’une touche très actuelle. Car, dès les premiers temps de la Troisième Période intermédiaire, des changements notables apparaissent dans le culte d’Amon, avec notamment l’institution de la fonction d’épouse et d’adoratrice du dieu. Le clergé féminin se développe, tandis que les déesses qui entourent le dieu se révèlent polymorphes et particulièrement puissantes. Les relations iconographiques entre les dieux, les déesses, les reines et les adoratrices sont extrêmement poreuses. Ici, la Statue d’Isis allaitant au nom de Chépénoupet II montre les traits de la déesse très personnifiés, rappelant ceux de la princesse Chépénoupet II elle-même.
Prov Thèbes-Ouest, Médinet Habou. Granit gris • 146 x 38 x 81 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski
Statue de femme, 22e dynastie (943-731 av. J.-C.), Troisième Période intermédiaire
Une prêtresse en plein rituel
Datant de la XXIIe dynastie, ce bronze de femme de 34,5 centimètres de hauteur représente une prêtresse ; malgré ses bras manquants, on devine un corps en action, les bras agitant deux sistres (un instrument rituel que l’on secouait pour produire un bruit d’entrechoquement). Sur sa peau de bronze, des traces de dorure subsistent, bien qu’elles aient été lissées en dessous de la surface d’origine. Et dans ses yeux aujourd’hui creux, des pierres étaient autrefois incrustées. Cette représentation de prêtresse est particulièrement séduisante, avec ses jambes galbées, son corps élancé et ses traits lunaires. Sa petite taille la rend particulière dans le lot des statues de prêtresses de la Troisième Période intermédiaire, généralement bien plus grandes.
Bronze (yeux autrefois incrustés) • 34,5 x 9,5 x 6,5 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • RMN-Grand Palais / Christian Decamps
Vignette initiale du Livre des Morts d’Ânkhésenaset, Troisième Période intermédiaire, fin de la 21e dynastie, 1069-943 av. J.-C.
Dans les petits papiers des dieux
Cette charmante vignette est issue du Livre des morts que possédait la chanteuse chémayt Ânkhésenaset : un exemplaire rare, de fabrication luxueuse, peint sur quatre mètres de papyrus environ un millénaire avant Jésus-Christ. Alors que bien souvent à cette époque le Livre des morts était édité à la chaîne, ce n’est pas le cas ici. Sa propriétaire était chanteuse d’Amon ; autrement dit, elle occupait un rang important dans la société thébaine de la Troisième Période intermédiaire, d’où la qualité artistique de l’ouvrage. Cette image en donne un aperçu emblématique : miniature ultra-précise de 22 centimètres sur 22, elle représente la chanteuse Ânkhésenaset en personne faisant une offrande au dieu Osiris. Les vignettes sont si habilement insérées dans le texte que le scribe semble avoir travaillé étroitement avec le peintre. Un trésor de papier.
Papyrus • 22 x 22 cm • Coll. & © BnF, Paris
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Des œuvres sublimées dans une scénographie contemporaine
Dans ce musée habitué aux expositions d’art moderne et contemporain, les œuvres respirent : les tout petits objets d’art égyptien, qu’on aurait entraperçus au milieu de dizaines d’autres dans une vitrine au musée du Louvre, se voient honorés de socles pour eux tout seuls. Comme ce minuscule Prêtre en adoration de 8,5 centimètres de hauteur, présenté sous un large cube de verre, et dont on ressent toute la délicatesse et la dimension spirituelle. L’homme, le crâne rasé – la tradition pour les prêtres –, adopte une posture dynamique relativement inhabituelle (les bras écartés) qui lui donne tout son caractère. Il était très certainement présenté face à une statue divine.