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Splendeurs et merveilles de l’art moderne vietnamien au musée Cernuschi

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Publié le , mis à jour le
Ils s’appellent Lê Phô, Mai-Thu, Vu Cao Dam. Représentants d’une nouvelle génération d’artistes formée à l’École des beaux-arts de l’Indochine, fondée il y a tout juste 100 ans dans un contexte colonial, ils ont fait carrière en France et donné naissance à un style indochinois, mêlant les codes de l’art vietnamien et de la peinture occidentale. Le musée Cernuschi retrace leur parcours en 150 œuvres à la beauté envoûtante.

Il y a tout juste 100 ans, l’École des beaux-arts de l’Indochine (aujourd’hui École des beaux-arts du Viêt Nam) ouvrait ses portes avec l’ambition de donner naissance à un art moderne porté par une nouvelle génération d’artistes, à une époque où l’Indochine était sous protectorat français et où la production artistique était organisée selon des corporations d’artisans. Parmi eux, Lê Phô (1907–2001), Mai-Thu (1906–1980), Vu Cao Dam (1908–2000) ont en commun le fait d’avoir choisi de poursuivre une carrière loin de leur terre natale, en France.

À Paris, le musée Cernuschi retrace leur parcours en 150 œuvres, démontrant comment ces artistes ont, toute leur vie durant, cherché à opérer une synthèse entre un art proprement indochinois et la peinture occidentale. Malgré les tumultes de l’histoire, de la Seconde Guerre mondiale à la guerre d’indépendance, tous ont exalté un Vietnam idéalisé, distillant dans leurs œuvres des citations plus ou moins directes à l’histoire de l’art européenne, des maîtres anciens (notamment chez Mai-Thu) aux pionniers de la modernité (Modigliani, Chagall…).

Mai-Thu, Autoportrait à la cigarette
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Mai-Thu, Autoportrait à la cigarette, Hanoï, 1927

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S’affirmer comme artiste

En 1927, Mai-Thu n’est encore qu’un jeune étudiant à l’École des beaux-arts d’Indochine, alors dirigée par le peintre français Victor Tardieu, où il assimile, comme Lê Phô et Vu Cao Dam, les codes de l’art européen. Cigarette au bec, sourcils froncés, il s’essaie avec brio à l’art de l’autoportrait, exercice incontournable de la peinture occidentale qui lui permet d’asseoir son statut d’artiste à l’insolente jeunesse. Une remarquable entrée en matière, à une époque où la scène artistique indochinoise était organisée selon des corporations d’artisans, et où le concept même d’artiste n’existait pas.

Huile sur panneau d’isorel • Collection particulière • © Comité Mai-Thu, Adagp, Paris, 2024

Lê Phô, Paysage du Tonkin
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Lê Phô, Paysage du Tonkin, Hanoï, 1932-1934

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Entre tradition et modernité

Issu d’une grande famille mandarinale, Lê Phô est, comme Mai-Thu, admis au premier concours de l’École des beaux-arts d’Indochine. Sa spécialité ? La laque indochinoise, héritée des techniques traditionnelles chinoise et japonaise, comme en témoigne ce fabuleux paravent. Composé de trois panneaux de bois laqué, il représente un paysage du Tonkin – un sujet relativement traditionnel dans les arts décoratifs indochinois auquel l’artiste ajoute une touche de modernité, puisée dans les formes pures de l’Art déco. Un bijou d’autant plus précieux qu’il est particulièrement rare : allergique à la résine utilisée pour la fabrication des laques, Lê Phô sera contraint d’abandonner très vite cette pratique.

Paravent en trois panneaux de bois laqué Collection de la famille Lam • © Adagp, Paris, 2024

Vu Cao Dam, Les Deux Soeurs
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Vu Cao Dam, Les Deux Soeurs, Paris, 1940

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De la sculpture à la peinture

Sorti major de l’École des beaux-arts d’Indochine en 1931, Vu Cao Dam s’est quant à lui spécialisé dans la sculpture. Ses premières œuvres sont autant inspirées par les lignes Art déco que par la sculpture khmère – un mélange qui séduit les collectionneurs parisiens qui ont pu admirer une réplique du temple d’Angkor Vat lors de l’Exposition coloniale de 1931. Malgré les commandes, Vu Cao Dam, installé à Paris au début des années 1930, peine à vivre de son art et doit se tourner vers la peinture sur soie, bien plus rentable.

Terre cuite patinée • Coll. Fundación Yannick y Ben Jakober, Majorque, Espagne • © Adagp, Paris, 2024

Mai-Thu, La Mariée
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Mai-Thu, La Mariée, Huê, 1935

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Mariée contrariée

Devenu professeur de dessin au lycée Khai Dinh de Huê à partir de 1930, Mai-Thu poursuit en parallèle sa carrière artistique. Il rompt alors avec les thèmes de prédilection de la tradition picturale vietnamienne (le paysages, les sujets religieux ou mythologiques…) pour se consacrer à la figure féminine. Cette superbe mariée en habits traditionnels, dont les couleurs flamboyantes tranchent avec sa peau de porcelaine, n’est autre que l’amour de jeunesse du peintre. Sans doute son air mélancolique annonce-t-il l’issue malheureuse de la relation entre les deux amants. La jeune femme étant issue d’une condition modeste, Mai-Thu doit renoncer à ses projets d’union sous la pression de sa famille…

Huile sur toile • Collection particulière • © Comité Mai-Thu ADAGP, Paris, 2024

Lê Phô, Jeune fille à la rose
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Lê Phô, Jeune fille à la rose, Nice, 1942

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Inspirations croisées

En 1937, Lê Phô rejoint Vu Cao Dam à Paris. Comme lui, il fait de la peinture sur soie son medium de prédilection, qui séduit particulièrement les collectionneurs français, en quête d’une certaine « tradition asiatique ». Impossible, face à cette Jeune fille à la rose (1942) de ne pas penser aux figures allongées de Modigliani. Ici, la modernité des traits de la jeune femme au cou interminable tranche avec la vision d’un Vietnam archaïque qui émerge du paysage au second plan.

Couleurs sur soie • Collection particulière • © Adagp, Paris, 2024

Mai-Thu, Baignade
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Mai-Thu, Baignade, Vanves, 1962

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L’heure de la baignade

Définitivement installé en France depuis 1937, Mai-Thu s’adonne lui aussi à la peinture sur soie, technique ô combien délicate puisqu’elle ne permet aucun repentir. Contrairement à ses camarades qui, par la suite, se tourneront vers la peinture à l’huile, l’artiste restera fidèle à celle-ci toute sa vie. Portraits féminins pleins de grâce, charmantes scènes de genre… Son œuvre exalte les petits moments de la vie quotidienne idéalisée. En témoigne cette irrésistible scène de baignade d’enfants, dont la composition évoque la peinture traditionnelle chinoise et japonaise.

Couleurs sur soie • Coll. musée Cernuschi, Paris • © Comité Mai-Thu ADAGP, Paris, 2024

Vu Cao Dam, Composition
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Vu Cao Dam, Composition, Saint-Paul-de-Vence. 1959

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L’influence de Chagall

En 1952, Vu Cao Dam, installé à Vence, abandonne la peinture sur soie et opte pour la peinture à l’huile. Largement inspirée par le Roman de Kiêu, monument de la poésie vietnamienne datant de 1813, son œuvre célèbre l’amour maternel et l’amour courtois. On ressent dans cette œuvre aux accents oniriques, inspirée du chapitre III du poème, l’influence du voisin du peintre : un certain Marc Chagall ! La même année, Vu Cao Dam ouvre sa propre galerie d’art à Saint-Paul-de-Vence.

Huile sur panneau • Coll. particulière • © Adagp, Paris, 2024

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Lê Phô, Mai-Thu, Vu Cao Dam. Pionniers de l’art moderne vietnamien en France

Du 11 octobre 2024 au 4 mai 2025

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