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Fondation du doute - Blois

Tendre est l’apocalypse

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Publié le , mis à jour le
Haut lieu Fluxus en France initié par l’artiste français Ben Vautier, la Fondation du doute à Blois accueille une vingtaine de jeunes artistes qui questionnent l’« après » dans une exposition traversée par la mélancolie, sans jamais toutefois verser dans l’amertume. La fête est finie, vive la fête !
Xénia Lucie Laffely, Est-ce que je peux mettre mes doigts dans mes yeux ?
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Xénia Lucie Laffely, Est-ce que je peux mettre mes doigts dans mes yeux ?, 2018

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Couverture imprimée, matelassée et brodée • 160 x 180 cm • Coll. particulière • © Fondation du doute / Photo Thierry Bourgoin

Après. Le mot est plus que jamais sur toutes les lèvres et dans tous les esprits. Alors que certains irréductibles se surprennent à rêver aux jours meilleurs et que d’autres tentent, quoi qu’il en coûte, d’éviter le pire, d’autres encore s’y résignent : la fête est finie. La musique s’est arrêtée. On a rallumé les lumières. Ivres encore d’hier, nous voici donc projetés dans le fameux « monde d’après », celui habité par nos craintes et nos fantasmes. Mais aussi par toutes sortes de possibles, incarnés par une « nouvelle garde » de jeunes artistes aujourd’hui rassemblés à la Fondation du doute à Blois par Élodie Bernard, commissaire de l’exposition « AFTERPARTY ». Il faut dire que depuis 2013, ce lieu singulier initié par Ben, qui rassemble les grands noms associés à Fluxus (parmi lesquels John Cage, George Maciunas ou encore Robert Filliou) et abrite le Centre mondial du questionnement, ne cesse d’interroger l’imprévisible et l’événement, la « concomitance » et l’action.

Trapier-Duporté, L’eau salée m’a quitté pour l’océan
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Trapier-Duporté, L’eau salée m’a quitté pour l’océan, 2020

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Objet performatif • © Fondation du doute / Photo Inès Boittiaux

Échouée telle une épave dans la « cour du doute » de la fondation dont les murs sont entièrement investis par Ben, une vieille Mercedes ronflante accueille le visiteur. De l’habitacle s’échappe une épaisse fumée blanche tandis que résonne une techno furieuse. L’image convoquée par le duo Trapier-Duporté évoque aussi bien les parkings de boîtes de nuit ou de rave party (où les voitures plein phare se muent en aquarium), que la scène finale – et fatale – de Virgin Suicides. Première vision d’un monde où l’homme semble s’être évaporé et où demeurent les ruines d’une présence/absence comme autant de possibilités de reconstruction et de renaissance.

Malgré son titre doux-amer, « AFTERPARTY » est moins une exposition sur la fête que sur une société déboussolée en quête de renouveau, comme le montre Bomb du duo formé par Émilie Brout et Maxime Marion. Leur vidéo, réalisée à partir du poème éponyme de Gregory Corso, figure majeure de la Beat Generation, offre la métaphore d’une humanité en pleine autodestruction. Les images trouvées sur Google grâce à un algorithme, à partir de mots du poème, défilent dans l’anarchie la plus totale, tandis que la voix de Corso, modifiée et posée sur un sample de hip-hop, sonne comme celle d’un prédicateur venu nous annoncer l’Apocalypse.

Vue de l’exposition « AFTERPARTY ». Au premier plan : Guilhem Roubichou, « Les tas » (2020). Au fond, de gauche à droite : Lucas Vidal, « Quelque part dans l’Aude, un dimanche matin » (2018) ; François Prost, « After party, Le bug » (2017) ; Nelson Pernisco, « Crystal Meth » (2017) ; Clara Thomine « Ça va être la nuit » (2016) ; Thomas Wattebled « Il n’y a plus de lait de coco » (2017)
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Vue de l’exposition « AFTERPARTY ». Au premier plan : Guilhem Roubichou, « Les tas » (2020). Au fond, de gauche à droite : Lucas Vidal, « Quelque part dans l’Aude, un dimanche matin » (2018) ; François Prost, « After party, Le bug » (2017) ; Nelson Pernisco, « Crystal Meth » (2017) ; Clara Thomine « Ça va être la nuit » (2016) ; Thomas Wattebled « Il n’y a plus de lait de coco » (2017)

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© Fondation du doute / Photo Thierry Bourgoin

Dans cette première salle aux cimaises blanches couvertes de paillettes, les formes sont plus que jamais éclatées et l’homme encore et toujours aux abonnés absents. Pourtant, « on sait que quelque chose s’est passé, qu’il y a eu un avant », insiste Élodie Bernard. Des jours heureux et insouciants, qui renaissent à travers Quelque part dans l’Aude, un dimanche matin de Lucas Vidal, une photographie d’un groupe d’amis, gravée sur de l’émail, ou l’installation de Guilhem Roubichou, qui recrée, à partir de terre et de macadam récupérés sur un chantier non loin de la fondation, l’odeur de l’orage et de la pluie. Autant d’empreintes visuelles et olfactives, de fossiles, de ce qui a existé.

Loin de tout fatalisme, les artistes convoqués ici font acte de résilience. Dans son film Ça va être la nuit, tourné dans un stade désert (image cruellement prémonitoire), Clara Thomine déplore qu’« ici, comme vous pouvez le voir, il ne se passe rien » avant d’inviter le spectateur, face caméra, à tenter d’imaginer « des trucs » pour contrer l’ennui. François Prost ressuscite, à travers sa série de photographies aux allures de fête endormie, les clubs aux abords des routes de province tandis que, non loin, la boule disco de Nelson Pernisco, en bout de course, continue de tourner inlassablement sur elle-même, comme le symbole d’un jusqu’au-boutisme anti-fataliste et pro-teuf.

À gauche : Thomas Wattebled, « Chagrin », 2019. À droite : Marek Kvetan, « Private party III », 2011
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À gauche : Thomas Wattebled, « Chagrin », 2019. À droite : Marek Kvetan, « Private party III », 2011

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Zinc, pompe à eau, eau / Photographie, tirage C-print 1/5 • 160 x 150 x 150 cm / 50 x 60 cm • © Fondation du doute / Photo Thierry Bourgoin

Et puis, finalement, l’homme fait peu à peu sa réapparition. Sans trop se mouiller toutefois. Dans cette seconde salle où trône au centre une fontaine enfermée dans son sarcophage d’acier (geste d’un romantisme assumé et bienvenu de Thomas Wattebled), la solitude l’emporte. Mais une « solitude joyeuse », précise Élodie Bernard, qui a choisi ici pour les cimaises un vert fluo presque éblouissant, comme un fond vert sur lequel chacun peut se sentir libre de projeter ses envies pour l’après. On retrouve la présence réconfortante de Xénia Lucie Laffely [ill. en une] dont les immenses portraits brodés et cryptés de symboles, telles des icônes cosmiques aux couleurs éclatantes, réchauffent l’espace et le cœur. Marek Kvetan et ses confettis mélancoliques [ill. ci-dessus à droite] nous l’affirment : une autre fête est possible, et Bertrand Dezoteux, lui, nous invite à explorer d’autres mondes aux confins de l’absurde. Le mot de la fin revient à un autre poète de la Beat Generation, John Giorno, disparu il y a tout juste un an et dont l’impertinence manque déjà cruellement. « The world just make me laugh » : la phrase sonne comme une épitaphe joyeusement désinvolte. Et permet de mieux envisager l’après, dans un grand éclat de rire.

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AFTERPARTY

Du 26 septembre 2020 au 29 novembre 2020

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