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Jean-Baptiste Huynh, INDE – Portrait 33, 2004
© Jean-Baptiste HUYNH
Tout a commencé dans une petite chambre d’étudiant. Déjà très exigeant, alors qu’il n’a pas vingt ans, Jean-Baptiste Huynh s’enferme durant plusieurs mois, voire plusieurs années, pour s’entraîner à saisir les nuances d’un mannequin de bois à l’aide d’un appareil photo et d’une seule source de lumière. « C’était un travail d’étude artisanal rigoureux, très solitaire », se rappelle-t-il avec Gabriel Bauret, commissaire d’exposition et auteur. « Ce qui est particulier, c’est que, depuis trente ans, j’utilise le même appareil, je suis à la même distance du sujet, et j’éclaire toujours avec une seule source. » C’est précisément ce qu’apprécie Gabriel Bauret, qui souligne « cette constance et cette persévérance par rapport à un objectif particulier. » Et si de nouveaux sujets et objets apparaissent au fil des années, « il y a une vraie écriture du portrait qui s’impose, par la lumière, par une posture du sujet photographié, immédiatement perceptible. » Ainsi, dans l’immensité d’une foire telle que Paris Photo, qui se tient sous la verrière du Grand Palais, Jean-Baptiste Huynh fait partie des rares photographes reconnaissables au premier coup d’œil.
Jean-Baptiste Huynh, INTIME INFINI – Diptyque Galaxie-Huyen, 1996
© Jean-Baptiste HUYNH
Son studio – autrement dit quatre-vingt-dix kilos de matériel – tient dans une valise, qu’il nous montre dans un coin de son atelier. « J’ai adapté ma technique, mon écriture photographique, afin d’être indépendant et pouvoir être mobile. » Avec une envie : travailler vite et voyager souvent. « À la seconde où je vois la personne, je la mesure, puis je peux monter mon matériel en quelques minutes. ». Cela va de pair avec un impératif : que la personne l’inspire.
« La photographie est l’histoire d’un instant. »
Gabriel Bauret
C’est pourquoi il fait peu de portraits de commande et choisit régulièrement de partir à l’étranger pour découvrir de nouveaux visages. « La photographie est l’histoire d’un instant », ajoute Gabriel Bauret. « Mais, pour arriver à « l’instant décisif », il faut travailler. Il y a de la technique, un protocole, de la méthode, dont Jean-Baptiste peut s’extraire grâce à un processus très construit qu’il a mis en place. Dans la cérémonie du portrait, si le photographe est encombré de problèmes techniques, il ne sera plus disponible pour mettre en œuvre un vrai dialogue avec son sujet. » Il faut donc oublier la technique pour entrer en communion avec lui. Il y a un côté un peu mystique dans sa manière de concevoir ses portraits. L’artiste fait toujours poser ses modèles debout : « Je travaille sur la verticalité pour les végétaux, pour les objets qui sont toujours en suspension. Je fais de même pour les personnes, car la position verticale modifie le regard, le port de tête, le rapport à l’apesanteur… Ensuite, tout se passe dans les yeux. »
Jean-Baptiste Huynh, JAPON – Portrait 18, 2002
© Jean-Baptiste HUYNH
En isolant le sujet de tout contexte social, il évite les diversions et se concentre sur le langage du visage. Jean-Baptiste Huynh nous montre en exemple son portrait d’Inès de la Fressange réalisé quand il était jeune photographe. Connue pour son sourire et son regard malicieux, elle paraît ici singulièrement sage : « C’est elle, non pas comme mannequin iconique, mais en tant que femme, sereine, profonde, sans tension ; on sent qu’elle partage quelque chose avec moi et avec le spectateur, de l’ordre du calme, de l’authenticité et de l’intemporalité. C’est précisément cette présence noble, sans paraître, que je recherche lorsque je réalise un portrait. »
Jean-Baptiste Huynh, Inès de la Fressange, 1992
© Jean-Baptiste HUYNH
Se pose alors la question du rapport à la personne photographiée : travaille-t-il en silence, pour préserver une forme de concentration ? Non, il parle, explique. Car, pour le modèle, la situation est si particulière, si atypique, ne correspondant à aucune situation similaire dans la vie, que les mots sont très importants. Il arrive même, parfois, que Jean-Baptiste Huynh fasse appel à un interprète lors de ses voyages ou tente d’expliquer le blanc et la lumière à un jeune aveugle, « pour guider le modèle dans sa pose, à la fois physiquement et psychologiquement », explique-t-il. « Pour inviter le sujet à être conscient de ce qu’il peut donner », ajoute Gabriel Bauret, « au-delà de l’inquiétude légitime qu’une séance de pose peut occasionner. La présence doit traverser la technique ». Le style très affirmé et la technique précise des images de Jean-Baptiste Huynh permettent ainsi à chaque modèle, à chaque objet, de révéler ce qu’il a de plus authentique. « Son style sert une vision personnelle de l’humanité », poursuit Gabriel Bauret. Mais « le portrait est aussi un autoportrait : on va chercher dans l’autre ce qui nous fait progresser, ce qui nous fait mieux comprendre certains aspects de la vie. C’est se retrouver humainement dans le regard de l’autre. » Et, dans cette vision très épurée, il s’agit d’être juste.
Jean-Baptiste Huynh est allé au Vietnam, au Japon, en Inde. La première fois au début des années quatre-vingt-dix, avec l’envie de s’imprégner du lieu de ses origines familiales, puis plusieurs fois jusqu’en 2015 : en résultent vingt-cinq années de travail et de fascination pour les traits asiatiques – les yeux étirés, la peau si lisse, les cheveux si noirs. Cette période longue ne se ressent pas au fil des images, puisque Jean-Baptiste Huynh fait attention à ne faire figurer aucun indice social sur ses portraits. Il voyage dans les époques et les pays, toujours avec sa valise de matériel (il a le même appareil depuis trente ans) et, bien sûr, son œil expert.
Jean-Baptiste Huynh, VIETNAM – Portrait 2, 1996
© Jean-Baptiste HUYNH
Car le photographe a l’art et la manière de repérer, dans la foule d’un marché ou l’agitation d’une rue, la personne qui lui inspirera un beau portrait. Il sait voir l’ovale parfait d’un visage, la douceur des traits, la volupté d’une bouche. Alors il l’interpelle, prend la photo dans la foulée, dans un studio bricolé dans un coin, ou quelques jours plus tard : les personnes qu’il aborde doivent lui accorder une confiance absolue pour se laisser convaincre. Elles ne savent pas encore à quel point la séance de pose sera intense. À quel point ce face-à-face supposera un abandon total : pas de sourire, pas de moue, pas de grimace, le moins d’accessoires et de vêtements possible. Juste le fond noir, la lumière – et alors peut s’opérer le miracle photographique, le moment délicat où le visage se transforme en objet photographique.
Infinis d’Asie – Jean-Baptiste Huynh
Du 20 février 2019 au 20 mai 2019
Musée national des arts asiatiques – Guimet • 6, place d'Iéna • 75116 Paris
www.guimet.fr
À voir
Dans le prolongement de l’exposition « Infinis d’Asie » au Musée Guimet, Le Shangri-La Hotel, Paris, expose onze œuvres du photographe Jean-Baptiste Huynh du 20 février au 20 mai 2019.
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