Article réservé aux abonnés

Le Lieu unique

Voyage à Nantes aux pays du manga

Par

Publié le , mis à jour le
Pour la première fois dans l’histoire du 9e art, une exposition établit des correspondances entre tous les territoires de la bande dessinée asiatique. Dans le cadre de la programmation du Voyage à Nantes, le Lieu unique donne à voir avec « Mangasia » la partie immergée de l’iceberg manga.
Hu Kao, Swimsuits of 1934
voir toutes les images

Hu Kao, Swimsuits of 1934, 1934

i

© Collection privée

Définir une généalogie géographique du manga ressemble à une gageure : « Manga », qui signifie « image dérisoire », est le terme approprié pour parler de la bande dessinée japonaise. En Asie, on parle de « manhua » pour la bande dessinée chinoise, de « manhwa » pour la bande dessinée coréenne, de « komika » aux Philippines… Le spécialiste anglais Paul Gravett, auteur de 1001 BD qu’il faut avoir lues dans sa vie (éd. Flammarion), a choisi d’intituler son expo nantaise « Mangasia » pour désigner « toutes les formes de bandes dessinées produites en Asie, alimentées par un ensemble de traditions artistiques, de tendances actuelles, de structures politiques et sociales, de croyances et de folklores. »

L’apparente homogénéité phonétique des dénominations de la bande dessinée en Asie et de ses structures esthétiques communes cache en réalité des disparités parfois complexes. Dans « Mangasia », par exemple, figurent des planches de Peter van Dongen, un dessinateur néerlandais d’origine indonésienne qui pratique le même genre de ligne claire que celle de Hergé dans Tintin. Van Dongen a d’ailleurs réalisé en partie un album de Blake & Mortimer qui sortira en novembre prochain, soit la quintessence de l’esthétique franco-belge ! Reste que l’idée de Paul Gravett est déclinée de façon brillante.

Ide Chikae, Seven People On Mu Mainland
voir toutes les images

Ide Chikae, Seven People On Mu Mainland

i

© Ide Chikae

Il s’agit de faire découvrir au public non pas l’importance de la bande dessinée japonaise, puisqu’elle est aujourd’hui avérée, mais les cousinages entre l’art séquentiel nippon, plus que centenaire, et une sélection d’œuvres provenant d’une vingtaine de pays de l’Asie de l’Est, du Sud-Est et du Sud : « Nous ne nous aventurerons pas plus à l’ouest que le Pakistan et, au nord, que la Mongolie et l’extrême nord du Japon, précise l’avant-propos du catalogue, ce qui représente tout de même une zone colossale. » Du coup, à Nantes, on peut s’écraser le nez sur des dizaines de planches originales en provenance du Japon, bien sûr, mais aussi de Chine, de Corée, d’Inde, de Malaisie, des Philippines, de Taiwan, Hong Kong… jusqu’au Timor oriental ou encore la Mongolie. L’opportunité de se confronter à tant d’originaux de si lointaine provenance ne se renouvellera pas de sitôt. Pour cela, plusieurs sections : « Fable et folklore », « Recréer et revisiter le passé », « Contes et conteurs », « Censures et sensibilités », « Mangasia et multimédia ».

Hokusai, The House of Broken Plates
voir toutes les images

Hokusai, The House of Broken Plates, 1831–1832

i

Gravure sur bois • © Musée Guimet / RMN Grand Palais, Paris

Certaines pièces sont très anciennes. Ainsi des fameux ukiyo-e du maître Hokusai qui, contrairement à une idée reçue, n’a pas plus inventé le mot manga qu’il ne s’intéressa à la bande dessinée datant des années 1930. L’expo dévoile aussi de charmants dessins en couleur du dessinateur Zhang Guangyu, produits en 1945 pour illustrer Le Roi singe, grand classique de la littérature chinoise. En s’entourant des meilleurs spécialistes de tous ces différents territoires, Paul Gravett a réussi à faire de ces disparités esthétiques et géographiques une force. Il est par exemple diablement excitant de confronter le travail graphique des designers chinois du studio Modern Sketch dans le Shanghai des années 1930, pétri d’influence occidentale, avec des comic books thaïlandais un poil plus tardifs et proches des récits de super-héros américains. Un peu plus loin, des illustrations de Captain Harlock – plus connu chez nous sous le nom d’Albator ! – du mangaka Leiji Matsumoto, achèvent de nous persuader que la culture de la BD, à l’aube du XXIe siècle, s’est définitivement mondialisée. Manga ou pas.

Arrow

Mangasia – Merveilles de la bande dessinée d’Asie

Du 30 juin 2018 au 16 septembre 2018
Ce parcours, qui fait partie de la programmation du Voyage à Nantes, rassemble quelque 200 albums et 300 planches originales, sortant pour la plupart pour la première fois de leur pays.

Arrow

Mangasia - Le guide de la bande dessinée asiatique

Paul Gravett

Arrow

Le Voyage à Nantes 2018

Du 30 juin 2018 au 26 août 2018
Joli programme pour s’évader cet été ! Avec Philippe Ramette place du Bouffay, Daniel Firman au théâtre Graslin, Michel Blazy place Royale ou sur l’île de Nantes, Céleste Boursier-Mougenot.

www.levoyageanantes.fr

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi