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Palais de Tokyo

Wolinski, le roi des cons trône au Palais de Tokyo

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Publié le , mis à jour le
Rois des cons ? Et pas que ! Le Palais de Tokyo rend hommage au célèbre dessinateur de presse en dévoilant une face méconnue de son œuvre : où l’on découvre un artiste minimal, incisif et poétique aux questions existentielles. À la vie !
Georges Wolinski, Oui Non
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Georges Wolinski, Oui Non, non daté

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Dessin • © Palais de Tokyo, Paris

La bibliographie de Georges Wolinski est pléthorique. Des dizaines de livres publiés depuis les années 1960 dont la plupart sont aujourd’hui indisponibles. « Un bon livre est un livre épuisé », avait coutume de dire Gaston Gallimard avec ironie. Et il en aura fait, des bons livres de dessins et de bandes dessinées, Georges Wolinski, depuis Je vous aime jusqu’à Georges le Tueur en passant par Monsieur Paul à Cuba voire l’incunable la Reine des pommes, adapté du roman de Chester Himes avec la collaboration de Melvin van Peebles. Son esthétique de dessinateur de presse, déclinée dans de nombreux magazines et de nombreux quotidiens – l’Humanité, Paris Match, le Journal du dimanche, le Nouvel Observateur et, bien sûr, Hara-Kiri et Charlie Hebdo – est identifiable au point que n’importe quel française ou n’importe quel français est capable de reconnaître son minimalisme.

Pour autant, et malgré la grande exposition que lui a consacrée la Bibliothèque nationale de France en 2012, l’œuvre de Wolinski reste mal connue. De son vivant, Georges Wolinski, qui travaillait d’abord et avant tout pour la presse, n’aura pas toujours bénéficié des meilleurs travaux d’édition. En outre, peu d’exégètes se sont penchés sur son travail. Par exemple, de nombreux spécialistes ignorent que Wolinski, à travers son personnage dessiné emblématique et récurrent, est un parent de l’autobiographie voire de l’autofiction en bande dessinée.

Georges Wolinski, Symboles
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Georges Wolinski, Symboles, non daté

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Dessin • © Palais de Tokyo, Paris

On connaît surtout son apport indéniable à l’histoire du 9e art à travers son travail de rédacteur en chef de Charlie Mensuel dans les années 1970, mais peu savent que Wolinski fut un précurseur du carnet de voyage dessiné, un genre qui a fait florès depuis, mais qu’il emprunta dès le milieu des années 1960 avec Jean-Jacques Pauvert. Politiquement, on lui reprocha parfois son manque d’engagement. À considérer certains dessins subversifs rééditées ces jours-ci chez Hoëbeke dans le cadre de l’édition des douze numéros de l’Enragé publiés à partir de Mai 68, on ne peut que s’inscrire en faux.

Georges Wolinski, Salut Dieu
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Georges Wolinski, Salut Dieu, non daté

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Dessin • © Palais de Tokyo, Paris

Wolinski était philosophe. Et l’exposition « Georges Wolinski », organisée au Palais de Tokyo, à Paris, sous le commissariat subtil de Rebecca Lamarche-Vadel, le montre très finement. Non pas l’égal de Roger Pol-Droit, bien sûr, mais bien en penseur dilettante drôle et subtil, auteur de nombreux aphorismes visuels dont la particularité est de mêler texte et dessin, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Ainsi de cette image où son inévitable personnage, souriant comme il se doit, après avoir exécuté au trait de jolies arabesques, décline verticalement le fil de sa pensée jusqu’à un ballon – une bulle de pensée ? – où est inscrite la mention suivante : « Salut, Dieu ».

Wolinski se posait de nombreuses questions sur la vie, la mort, l’amour et le désir… Une autre de ses séries est à ce propos édifiante. Il s’agit de ces dessins où son double de papier, perché sur une falaise, interroge des éléments déclinants. Une partie des archives du dessinateur, conservée amoureusement par Maryse Wolinski, fait également état de textes manuscrits, comme des haïkus semi-graphiques, à la pensée paradoxale et audacieuse. Dans les sous-sols du palais de Tokyo, sont rassemblés une soixantaine de dessins et de planches de bandes dessinées à la liberté plastique singulière. Ce florilège esthétique provient du fonds Georges Wolinski déposé à la Bibliothèque nationale de France. Les provenances éditoriales ont toutes été identifiées, ce qui constitue une prouesse. Ne manque plus qu’une publication, un livret ou un catalogue pour parfaire l’histoire.

Georges Wolinski, Falaise
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Georges Wolinski, Falaise, non daté

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Dessin • © Palais de Tokyo, Paris

Certains dessins sont remarquables, comme cette illustration en couleur sur laquelle un bonhomme interroge une marguerite : « Répète-le si tu es une fleur ». Et celle-ci de répondre : « Con ». Pour autant, la plupart des pièces exposées sont des feuilles de rien, des morceaux de papier machine un peu déchirés sur les bords et encadrés dans leur jus. S’y déclinent à l’encre de Chine les circonvolutions d’une pensée psychomagique. L’exposition est accrochée sur les murs gris du Palais de Tokyo tandis que, dans les salles voisines, d’autres œuvres d’artistes contemporains comme Neïl Beloufa, Nina Chanel Abney, Kader Attia et Jean-Jacques Lebel sont présentées. Des petits bouts de papier sans autre prétention que de distraire au milieu d’installations conceptuelles ? L’idée aurait sans doute fait sourire Georges Wolinski. Le Pays beau, un film réalisé avec Michel Boschet sorti en 1972, est également projeté. Amour, humour, bonheur, beauté… L’époque en a tellement besoin.

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Georges Wolinski

Du 13 avril 2018 au 13 mai 2018

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