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Musée Yves Saint Laurent

Yves Saint Laurent et le goût de l’Asie

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Pour cette première exposition temporaire depuis l’ouverture du musée Yves Saint Laurent en octobre 2017, c’est en Asie que le visiteur est transporté. Une Asie rêvée, revisitée et transfigurée à travers l’œil du couturier français.
Vue de l’exposition “L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent” section La Chine Impériale
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Vue de l’exposition “L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent” section La Chine Impériale

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© Yves Saint Laurent / photo Thierry Ollivier

« J’ai abordé tous les pays par le rêve. Il me suffit de regarder un très beau livre sur l’Inde pour dessiner comme si j’y avais été. C’est le rôle de l’imaginaire. » Yves Saint Laurent n’est jamais allé en Inde. Et pourtant, c’est un pays qu’il a honoré et magnifié dans son travail, tout comme la Chine et le Japon. Amateur d’art et lecteur éclairé, le couturier n’a eu de cesse de s’inspirer de l’Asie à travers objets et livres pour en faire la source vive de son inspiration. Telle une éponge, il compose sa propre Asie, imaginaire et fantasmée, grâce à des auteurs et des compositeurs eux-mêmes influencés par l’Orient : Giacomo Puccini, Marguerite Duras, Pierre Loti… Le cinéma hollywoodien le nourrit également à travers les figures de Rita Hayworth en Elsa Bannister dans La Dame de Shanghai ou de Gene Tierney dans The Shanghai Gesture. Au fil des collections, il livre une vision toute personnelle des traditions vestimentaires. Car si le couturier voyageait peu, en-dehors du Maroc, il a su se plonger au cœur des coutumes locales pour en retranscrire, loin des clichés, sa propre réalité.

Vue de l’exposition « L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent »
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Vue de l’exposition « L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent »

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© Yves Saint Laurent / photo Thierry Ollivier

Une particularité qui n’a pas échappé à Aurélie Samuel, directrice du musée Yves Saint Laurent et commissaire de l’exposition, qui a travaillé pendant près de quinze ans pour le musée Guimet : « C’est lors de mes recherches sur le costume de théâtre japonais que j’ai découvert à quel point Yves Saint Laurent s’était intéressé à l’Asie. J’ai réalisé qu’il y avait matière à approfondir tant il a eu une démarche artistique comparable à celle d’un peintre ou d’un sculpteur. Chez lui, la mode n’était pas un simple art appliqué. » En faisant dialoguer une cinquantaine d’objets d’art asiatiques et costumes traditionnels avec les créations d’Yves Saint Laurent, l’exposition, divisée en cinq chapitres – la Chine impériale, la Chine florale, l’Inde, le Japon et Opium –, rend ainsi compte du processus créatif inédit du couturier, qui va au-delà d’une simple approche esthétique. Ce dernier s’est en effet imprégné de ces contrées lointaines, qu’il a étudiées méticuleusement pour mener son art vers de nouveaux horizons.

Des paradis perdus

De la Chine, il reprend par exemple des éléments décoratifs d’une paire de vases de sa collection, des dragons or sur fond bleu, pour les apposer sur un ensemble du soir. « Cette veste n’existe pas en Chine, mais les motifs sont chinois, précise Aurélie Samuel. Il fait une sorte de synthèse de différents types d’inspiration qui l’entourent. Plusieurs niveaux de lecture sont possibles : parfois il s’agit de la forme, d’autres fois le motif ou encore la technique. C’est sa Chine à lui qu’il a retracée dans sa tête à partir de connaissances réelles. » Il fait référence notamment aux vêtements amples et aux bottes caractéristiques d’un haut rang social, ou emploie de façon récurrente les motifs floraux qui incarnent, en Extrême-Orient, cette nature éphémère et fugitive à laquelle le taoïsme est particulièrement sensible. Un répertoire iconographique qui donne lieu chez le couturier à une interprétation très vive de la couleur.

Vue de l’exposition “L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent” section L’Inde
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Vue de l’exposition “L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent” section L’Inde

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© Yves Saint Laurent / photo Thierry Ollivier

De l’Inde, il détourne le vestiaire masculin traditionnel pour créer des pièces féminines et élégantes ponctuées de turbans, bijoux ou tuniques longues. En 1969, il propose sa version occidentalisée du pyjama, « pae » « jamah », ou littéralement « vêtement de jambes ». Plus tard, il fait défiler plusieurs robes qui ne sont autre que des réinterprétations raffinées du sari, costume drapé des femmes indiennes par excellence. « L’Inde est présente dans toute la carrière d’Yves Saint Laurent. Il y fait référence avec une grande subtilité », ajoute Aurélie Samuel. Kirat Young, l’une de ses mannequins fétiches d’origine indienne, qui a rejoint la maison en 1976, sera également une grande référence pour le couturier.

Du Japon, il explore, près de trente ans après sa découverte du pays, le kimono sous le signe de la fluidité des lignes et du mouvement, en lui donnant l’allure d’un somptueux manteau du soir. « Peut-être parce que c’est le pays qu’il connaissait le mieux – il le visita dès 1963 –, il a eu une vision beaucoup plus littérale du Japon, assez proche de l’original », explique Aurélie Samuel.

Vue de l’exposition « L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent » section Opium
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Vue de l’exposition « L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent » section Opium

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© Yves Saint Laurent / photo Thierry Ollivier

Enfin, les amateurs de parfum ne seront pas déçus, puisque l’exposition revient sur les coulisses de la création d’Opium, cette fragrance qui a fait scandale dès son lancement, tant par son évocation que par sa campagne particulièrement subversive. Lancée en octobre 1977, quelques semaines après le défilé de la collection chinoise, c’est une œuvre d’art totale, un concentré de succès que signe ici Yves Saint Laurent. « Il maquette le dossier de presse avec l’agence MAFIA, dessine les décors pour la soirée de lancement à New York, invente pour le flacon un plastique à effet laqué et un jus or évoquant les volutes de l’opium. » Probablement sa plus belle publicité…

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L'Asie rêvée d'Yves Saint Laurent

Du 2 octobre 2018 au 27 janvier 2019

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