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Mannequins en backstage lors du défilé de la collection Printemps-Été, 1992
© Prosper Assouline
« Cette collection Printemps-Été 1992 revêt tout un tas d’anecdotes. C’est la première fois que Azzedine Alaïa fait défiler ses mannequins dans ce lieu dont il vient de faire l’acquisition pour y loger ses ateliers et qui héberge aujourd’hui sa galerie » raconte Olivier Saillard, commissaire de l’exposition. « De plus, lors des travaux, le couturier a découvert que Mademoiselle Jeanne-Antoinette Poisson, future Madame de Pompadour, avait vécu dans cet ancien hôtel des évêques de Beauvais. Cette femme d’autorité, favorite de Louis XV, qui a gravi les échelons sociaux pour se hisser à la cour, l’a tout de suite inspiré. » Vestes architecturées, jupes bordées de broderie anglaise, décolletés à balconnets, ceintures dentelées aux allures de corset… c’est en effet ici un hommage revu et corrigé aux fastes du XVIIIe siècle. Et en particulier à la marquise de Pompadour, figure de mode avant l’heure. Car Azzedine Alaïa a toujours admiré les femmes libres, amenées à forcer le destin comme cette roturière devenue une puissante femme de cour.
Vue de l’exposition « Azzedine Alaïa. L’Alchimie secrète d’une collection », 2018
© Andrea Aversa
Celui qui portait une grande attention au noir et au blanc, gage d’intemporalité, révèle ici ses talents de coloriste à travers un festival de rose satin, de rouge framboise, de bleus pâle et marine. « Il y a un côté très sorbet, comme des fruits qui seraient écrasés sur les robes. Azzedine Alaïa privilégiait l’uni, le monochrome car, selon lui, un vêtement sans imprimés ne vieillissait pas » précise Olivier Saillard. Avec ses 115 silhouettes à la taille marquée et la poitrine rehaussée, ce monumental défilé a également ancré le style Alaïa et démontré son sens aigu de la coupe. « Il savait travailler tous les types de tissus et était à l’aise autant avec le flou que le tailleur. » On retrouve ainsi du cuir perforé – sa signature par excellence –, de la broderie anglaise très fraîche et féminine mais aussi beaucoup de chemises blanches.
Azzedine Alaïa, Collection Printemps-Éte, 1992
© Prosper Assouline
Le créateur d’origine tunisienne était en effet passionné par ce vêtement ordinaire dont il a étudié les variations dans l’histoire du costume. « On a sélectionné 41 modèles pour cette exposition en prenant soin de garder ceux qui représentaient le mieux chaque chapitre de cette collection très hétéroclite ». De la grande chemise rayée estivale à la micro-jupe plissée avec jupon en broderie anglaise en passant par la robe en maille trompe-l’œil, les courbes sont à l’honneur et font rimer élégance avec sensualité. « Ça se passe entre le buste, les cuisses, les hanches, la chute des reins, comme une sculpture de déesse » renchérit Olivier Saillard. Des vêtements qui vibrent sous les gestes rieurs et dansants des mannequins stars des années 1990 comme Christy Turlington ou Naomi Campbell, rappelant cette époque révolue. Une époque où l’on s’amusait à porter des vêtements et où l’on souriait à pleines dents sur les catwalks.
L’alchimie secrète d’une collection
Du 2 juillet 2018 au 6 janvier 2019
Galerie Alaïa • 18, rue de la Verrerie • 75004 Paris
www.alaia.fr
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