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Aux murs de la maison qui abrite La Source à La Guéroulde, sont accrochés les dessins d’enfants sur le thème du paysage idéal.
© Maïlys Celeux-Lanval
C’est d’abord une histoire triste : celle d’une famille pauvre, qui n’avait nulle part où dormir, et aperçue par Gérard Garouste dans le froid glacial d’une gare. Frappé par cette vision, le peintre eut envie de faire un geste, à la hauteur ce qu’il pouvait et, surtout, de ce qu’il savait faire. En échangeant avec la famille puis avec leur référent social, il eut l’idée de faire de la création artistique un moteur de vie, d’entrain et de désir. Ainsi est née, en 1991, l’association La Source, qui « favorise l’éveil et la créativité des enfants et des jeunes issus de milieux défavorisés socialement et/ou géographiquement ».
Le coup de génie de La Source, c’est d’avancer main dans la main avec des travailleurs issus du champ social, tout en invitant des artistes professionnels à venir partager leur savoir-faire. Rien n’est laissé au hasard : à La Guéroulde, premier site en dur ouvert dans l’Eure en 1994 (depuis, l’association s’est implantée dans dix départements partout en France), les 2500 enfants accueillis chaque année sont encadrés par Chloé et Lucas, éducateurs spécialisés, Christelle, professeure des écoles, et Blandine, la directrice – qui, jusqu’à peu, accompagnait les familles victimes de violences. « J’avais visité La Source il y a quelques années… J’avais tellement envie d’y obtenir un poste ! », nous confie-t-elle, joyeuse, sur la route entre la gare de Verneuil-sur-Avre et le site.
La maison qui abrite La Source à La Guéroulde, sur le site d’une ancienne usine. C’est ici que les enfants, les artistes et les animateurs déjeunent, dînent et dorment.
© La Source
Deux ateliers sont destinés aux artistes, accueillis gracieusement en résidence contre des ateliers animés tous les mercredis et durant les vacances scolaires.
Ici, La Source s’est installée dans une ancienne usine : les enfants, les artistes et les animateurs déjeunent, dînent et dorment dans la (grande) maison du patron, joliment aménagée (tous les murs sont recouverts de dessins !), et travaillent dans les grands bâtiments industriels voisins, autrefois dédiés à la fabrique de casseroles. Coup de chance, les grandes verrières sont orientées au nord – la lumière idéale pour créer, douce et constante. Deux ateliers sont destinés aux artistes, accueillis gracieusement en résidence contre des ateliers animés tous les mercredis et durant les vacances scolaires (jours réservés aux enfants bénéficiant d’un suivi particulier – les scolaires viennent eux les lundi, mardi, jeudi et vendredi, et sont alors accueillis par d’autres artistes invités). Au fond, une grande salle digne d’un véritable centre d’art présente les différents projets réalisés – avec une scénographe, une photographe, des plasticiens…
Atelier des mercredis animé par l’artiste Lucie Lefèvre.
© La Source
Tout le monde met la main à la pâte, et l’artiste souligne les qualités de chacun. « Les couleurs s’accordent bien ! Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous vous êtes entendus tous ensemble, et ça, c’est le plus difficile. »
Le jour de notre venue, troisième jour d’une semaine de création, la mosaïste Solène Léglise guide des élèves de CM1/CM2 dans la création d’une grande fresque, divisée en carrés pour que les enfants puissent travailler en petits groupes – et ces carrés seront amovibles, faisant de l’œuvre un grand jeu de taquin. Le thème ? « Un paysage idéal », qui a d’abord inspiré des dessins très colorés aux enfants [ill. en une], et se retrouve organisé désormais dans de beaux arcs-en-ciel. Tout le monde met la main à la pâte, et l’artiste souligne les qualités de chacun. « Les couleurs s’accordent bien ! Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous vous êtes entendus tous ensemble, et ça, c’est le plus difficile. » Une jeune fille vient la voir, soucieuse : un tesson rose est mal collé. « Dans l’art, il n’y pas de bêtises, pas d’erreur », la rassure-t-elle, avant de questionner : « C’est quoi, au final, remettre dans le bon sens ? ».
Atelier de mosaïque dans l’atelier situé dans l’ancienne usine de casserole.
© Maïlys Celeux-Lanval
Ici, les créations ont du sens et révèlent des réalités : à l’extérieur de l’ancienne usine, un grand mur est peint de mille motifs qui s’accordent, comme un puzzle. Il a été réalisé « par deux groupes venus de cités ennemies, nous raconte Blandine Rautureau, mais à la fin, on ne pouvait plus dire qui venait d’où, tant ils étaient mêlés ! ». Dans le grand parc, des sculptures monumentales réalisées par des adolescents accueillent le public, qui peut venir déjeuner sur la pelouse aux beaux jours. Il y a aussi un potager en permaculture, un lieu dédié aux forgerons – un collectif vient régulièrement enseigner l’art du métal aux collégiens –, des petites œuvres qui poussent entre les buissons… Rapidement, on perçoit le sens du thème « Paysage idéal », qui animait tout à l’heure nos petits mosaïstes !
Mais le meilleur moment pour visiter La Source est sans aucun doute le mois de septembre, qui accueille chaque année la grande exposition des projets réalisés par les jeunes en difficulté avec les artistes en résidence. Un grand vernissage est alors organisé, l’après-midi du premier samedi. Gérard Garouste, qui vit à quinze minutes de La Guéroulde, passe et discute avec les mômes, les questionne sur leur inspiration, leur technique. « Les parents sont étonnés ! Ils nous disent : « Si vous saviez ce que mon fils fait à la maison… », mais ils sont tellement fiers », nous raconte Christelle Bodier, qui travaille ici depuis huit ans en tant que professeure des écoles mise à disposition. À cela s’ajoutent, tous les vendredis, les vernissages (avec un petit pot !) des œuvres réalisées par les scolaires accueillis durant la semaine.
Enfant accueillie lors d’un atelier
© La Source
Dans ce territoire rural en difficulté sociale et culturelle, La Source tient lieu d’exception, de petit point de lumière dans un horizon oublié.
Une question nous titille : ouverte depuis près de trente ans, La Source a-t-elle donné naissance à des carrières d’artistes professionnels ? Pour le moment, non. « Mais il y a des enfants qui se révèlent », souffle Christelle : par exemple, ce petit garçon qui a découvert la broderie à La Source et qui en a fait sa passion. Et puis, il y a bien sûr la fierté, commune à tous les enfants, de se sentir valorisé à travers des projets beaux, aboutis, réussis. Grâce aux moyens mis en œuvre, d’abord, soutenus par l’ADAGP (société qui gère les droits des auteurs dans les arts graphiques et plastiques) et par certains dons (la marque Petit Bateau fournit des matériaux textiles). La Guéroulde a de grands ateliers et du beau matériel, invite des artistes de tous les domaines (peinture, cinéma d’animation, céramique, gravure, sculpture…), possède également une salle de théâtre pour présenter des créations de troupes de passage – aussi, et ce n’est pas accessoire, deux minibus, pour aller chercher les enfants dont les parents ne sont pas motorisés. Car ici, dans ce territoire rural en difficulté sociale et culturelle, La Source tient lieu d’exception, de petit point de lumière dans un horizon oublié.
La Source - La Guéroulde
Prochaine exposition à partir du 12 septembre 2020, pour un mois, ouvert au public le samedi.
https://www.associationlasource.fr/la-gueroulde
1, rue de la Poultière, 27160 La Guéroulde
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