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Centre Pompidou-Metz

Comment les artistes remettent la créativité au cœur de l’éducation

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En 1921, le premier congrès pour l’éducation nouvelle concrétise un élan révolutionnaire : refonder l’éducation, en valorisant la créativité et l’autonomie des jeunes têtes. Très vite, les artistes s’en mêlent : influençant ou influencés par ces nouveaux pédagogues, ils invitent la créativité sur les bancs de l’école et interrogent la transmission du savoir. Le Centre Pompidou-Metz revient sur plusieurs décennies d’expérimentations.

1. Apprendre du collectif, par Bazon Brock

Bazon Brock, Performance La ligne de Hambourg
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Bazon Brock, Performance La ligne de Hambourg, 18 décembre 1959

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© Hundertwasser

Comment devient-on artiste ? Surtout pas en restant à l’école, s’indigne Friedensreich Hundertwasser face à ses élèves en 1959 à Hambourg : « alors, s’il vous plaît, rentrez chez vous ! Par ailleurs, je ne peux rien vous apprendre, car je suis ici pour peindre, et il est interdit de m’imiter. » À ce professeur singulier, qui enseigne parfois pieds nus, la tête couverte d’une toque en fourrure, le jeune Bazon Brock (né en 1936) propose d’aller plus loin avec une œuvre collective : la réalisation d’une ligne continue sur des murs de l’école, par des étudiants se relayant nuit et jour. Débutée le 18 décembre 1959, la performance dure presque 48 heures, avant d’être interrompue par le recteur… Très investi, Bazon Brock déclarera : « Tandis que nous nous concentrions sur la réalisation collective de la grande Ligne, nous voulions transmettre aux participants ce message : c’est précisément par une individualité extrêmement développée que nous sommes capables de coopérer. » Un avis désormais partagé par les étudiants de l’école d’art de Metz, qui ont reproduit la performance et l’œuvre au sein de l’exposition !

2. Désapprendre avec Robert Filliou, « génie sans talent »

L’école n’apprendrait-elle à ses élèves qu’à rentrer dans un moule et à s’éloigner d’eux-mêmes ? C’est en tout cas l’avis de Robert Filliou (1926–1987), « génie sans talent » selon ses propres dires qui a dédié sa vie à une redéfinition radicale du rôle de l’artiste et de l’art dans la société. Très intéressé par les pédagogies expérimentales, Filliou inscrit sa fille dans la célèbre école de Célestin Freinet à Vence – qui prône l’expression libre des enfants et l’éducation comme moyen d’émancipation –, et se consacre à un ouvrage de pédagogie intitulé Enseigner et apprendre. Arts Vivants, qu’il co-écrit en 1967 avec quelques artistes et leurs enfants, dont Joseph Beuys, John Cage, Dorothy Iannone ou Allan Kaprow. « Ce qu’il y a de plus important à communiquer aux enfants, c’est l’utilisation créative des loisirs, écrit-il notamment. Les artistes peuvent participer à cette recherche. En tant que promoteurs de la créativité, ils y gagneront une plus grande maîtrise de leur environnement et échapperont au ghetto dans lequel la société les enferme : n’être que des fournisseurs de distractions utilitaires ou de valeurs snobs pour la classe privilégiée. » Dont acte.

Allan Kaprow et Herbert Kohl, Other Ways Project
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Allan Kaprow et Herbert Kohl, Other Ways Project, 1969

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© ADAGP, Paris, 2022 / Centre Pompidou Metz

3. Lutter contre l’illettrisme : Jonathas de Andrade

Apprendre à lire, tout en ouvrant les yeux sur le monde et en devenant conscient de ses injustices. L’idée a séduit Jonathas de Andrade (né en 1982), auteur d’Educaçao para adultos (2010), une série d’imagiers associant un mot et une image – par exemple, le mot « União » (« union ») illustré par la photographie de quatre hommes soulevant une lourde charge. Jonathas a pour ce projet travaillé auprès de femmes illettrées, avec qui il a identifié les mots qui leur seront utiles au quotidien… Et créé ces duos mots-images qui en disent long, sortes de « commentaires en sourdine des urgences de la région », explique Valentina Ulisse dans le catalogue : « La réadaptation du matériel éducatif sert la volonté de décoder et de comprendre la société. » Pour ce projet mi-pédagogique mi-plastique, l’artiste s’est inspiré de Paulo Freire, un compatriote pédagogue célèbre pour avoir mis en pratique une alphabétisation militante qui permet aux illettrés d’apprendre à lire tout en devenant conscient de leur oppression pour mieux s’en émanciper. « Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde » (Pédagogie des opprimés, 1968).

Jonathas de Andrade, Educação para adultos
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Jonathas de Andrade, Educação para adultos, 2010

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© ADAGP, Paris, 2022 / Centre Pompidou Metz

4. Le programme féministe de Judy Chicago et Miriam Schapiro

Fresno Feminist Art Program, Cal State, Fresno, Couverture du catalogue Womanhouse avec Judy Chicago et Miriam Schapiro
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Fresno Feminist Art Program, Cal State, Fresno, Couverture du catalogue Womanhouse avec Judy Chicago et Miriam Schapiro, 1972

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Photo courtesy Though the Flower Archives, Penn State University Archives

Californie, 1970. Constatant le manque d’assurance et d’ambition des jeunes femmes artistes face aux « institutions à prédominance masculine », l’artiste Judy Chicago (née en 1939) crée le Feminist Art Program au sein de l’université de Fresno – l’un des premiers du genre. Dès l’année suivante, elle développe l’affaire avec Miriam Schapiro (1923–2015) à Los Angeles ; on y discute en cercle, questionne les normes de genre et engage les réflexions sur les pistes de la déconstruction. En 1972, les deux plasticiennes imaginent avec leurs étudiantes le projet de la Womanhouse et revisitent une maison abandonnée en y défiant, via moult performances et décors de faux seins, d’œufs au plat, de protections menstruelles et de rouges à lèvres, l’assignation à la séduction et aux tâches domestiques. Explosif ! Et fécond, puisque de nombreux projets alternatifs suivront, comme le centre pédagogique Women’s Building ou le Feminist Studio Workshop.

5. Les excursions voyageuses de Richard Demarco

Richard Demarco, lors de l’exposition « Artist rooms » de Joseph Beuys, Édimbourg
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Richard Demarco, lors de l’exposition « Artist rooms » de Joseph Beuys, Édimbourg, 2016

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© Pako Mera / Alamy Stock Photo / Hemis

« Tentative d’introduire les artistes à l’énergie des lieux, à la fois historiques et préhistoriques, qui révèlent la nature créative de l’Humanité à un degré peu connu dans notre monde de l’art contemporain », le programme Edinburgh Arts invite ses étudiants au voyage et à la marche. À l’origine, il y a l’artiste Richard Demarco (né en 1930), furieux d’évoluer dans un monde qui produit « des bateaux de plaisance plutôt que des bateaux de pêche ». Entre 1972 et 1981, l’Écossais organise chaque année le Voyage d’art d’Édimbourg, escapade estivale réunissant étudiants et artistes (Joseph Beuys reviendra huit fois !). L’idée ? Permettre à chacun de se reconnecter à la nature, à ses énergies et à sa spiritualité, pour produire des objets ayant un usage réel, répondant à un besoin. Un pèlerinage primitif durant lequel les « participants découvrent de nouvelles voies d’action créative autodéterminée, fondées sur des rencontres et des échanges avec des lieux, des personnes, des objets et des événements », explique l’autrice Samia Durand. On fait nos bagages ?

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L'art d'apprendre. Une école des créateurs

Du 5 février 2022 au 29 août 2022

www.centrepompidou-metz.fr

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