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Le grand ethnologue et muséologue Georges-Henri Rivière identifie dès 1946 l’hôtel de Gadagne, prestigieux édifice Renaissance du Vieux Lyon, comme le lieu le plus à même d’accueillir un musée de la marionnette en France. Créé en 1808 par le Lyonnais Laurent Mourguet, Guignol n’est-il pas la plus célèbre marionnette de notre histoire nationale ? Sans omettre la richesse des collections historiques de la cité des Gaules, avant même de bénéficier de dépôts nationaux et de dons importants… Département du musée d’histoire de la ville jusqu’en 1998, devenu musée des marionnettes du monde en 2009, le musée des arts de la marionnette (Mam) a ouvert à l’automne 2017. Mêlant rideaux de scène, toiles de fond, fils et projecteurs, la scénographie s’inspire du monde du spectacle vivant. Immersif et ludique, le parcours retrace, en quatre temps et dix salles l’histoire de cet art et invite à en découvrir les coulisses. Et ce dès l’âge de 18 mois.
Le musée des Arts de la Marionnette de Lyon
© Gilles Aymard
Que sont les marionnettes ? D’où viennent-elles ? À quoi servent-elles ? Et comment se jouent-elles ? Mises sur le devant de la scène, elles révèlent leur rôle culturel et social de première importance. Fort du constat selon lequel « l’art de la marionnette est un langage en mouvement perpétuel » et de la volonté affichée du directeur du Mam, Xavier de la Selle, de vouloir « présenter un portrait vivant de la marionnette en résonance avec le présent de la création », « l’exposition ne peut plus être permanente et figée : le musée des arts de la marionnette est entraîné dans une virevolte incessante, en présentant régulièrement des spectacles d’aujourd’hui, des marionnettes du bout du monde et des objets d’ici ». Comme ce sera le cas tous les quatre ans, la scénographie vient d’être renouvelée de manière à refléter au mieux la diversité de cet univers. Placée sous le sceau de la nouveauté, cette première « virevolte » se décline en 110 objets, 17 vidéos, 14 compagnies et 4 musées partenaires. Le parcours reste, lui, en revanche inchangé, et les questions qui le façonnent toujours aussi pertinentes.
« Un objet qui s’anime avec la main du manipulateur sous le regard du spectateur » à en croire Xavier de la Selle. Ce que l’on découvre dans les trois premières salles aux murs bleu outremer plongées dans la pénombre. Plus de la moitié des marionnettes présentées en ouverture ont été changées, faisant une place inédite au théâtre traditionnel de papier et aux marionnettes à clavier des crèches d’Aix-en-Provence. Dévolue à la mise en mouvement des marionnettes, la deuxième salle s’est enrichie de trois témoignages vidéo, portant du coup à six les confidences de marionnettistes (Michel Laubu, François Lazaro, Camille Trouvé, Christophe Croës, Renaud Herbin et Gabriel Hermand-Priquet) sur leur manière de donner vie à leur figurine.
Première salle du musée des Arts de la Marionnette de Lyon
© MAM Gadagne / Photo Muriel Chaulet, 2022
Petite enclave à l’intérieur d’une salle lumineuse, jaune et blanche, la bien nommée « caverne des origines » donne un aperçu de la généalogie de la marionnette sur les cinq continents. Parmi les objets anciens sélectionnés pour questionner « ce qui fait marionnette », des statuettes et figurines articulées de l’Antiquité au XVIe siècle, un bâton de danse océanien récemment acquis et bien sûr le Guignol original de Laurent Mourguet (1808). Un peu plus loin, la star des marionnettes lyonnaises arbore un sourire coquin dans la version modelée très récemment par Philippe Gabet pour le théâtre M. A., qui a repris la direction du théâtre Le Guignol en 2017.
Troisième salle du musée des Arts de la Marionnette de Lyon
© MAM Gadagne / Photo Philippe Somnolet, 2022
« À rire ou à protester, à contester », selon Claire Déglise, chargée d’exposition du Mam. Car à qui sait – bien – les regarder, les marionnettes racontent le monde, et de multiples façons. Divertissantes ou parodiques, objets éducatifs, outils de propagande ou instruments de marketing, elles sont partout, tout le temps. « De l’humour jusqu’aux sujets sombres comme l’immigration », précise la chargée des publics famille, Bénédicte Auriault, car comme le résume Claire Déglise, « la marionnette, c’est vraiment un outil social et politique fabuleux ! » La compagnie Papierthéâtre évoque l’exil, tandis que l’association Djarama de la Sénégalaise Patricia Gomis parle du statut de la femme… L’association ArtThérapie fait elle collaborer patients, marionnettistes et psychothérapeutes. Autres nouveaux venus dans ces espaces vermillon, Eliott le dragon et Le Cas Pucine, ou encore la compagnie Mercimonchou qui s’adresse au très jeune public.
La dernière création de la Compagnie Papierthéâtre : Foyer, 2021
© MAM-Gadagne / Muriel Chaulet, 2022
Pour le savoir, rien de mieux que de s’y essayer ! Dans une ambiance jaune citron vivifiante, « L’apprenti » est organisé pour que tout un chacun puisse manipuler des matières, des costumes et différents types de marionnettes démontables. D’autres, spécialement conçues par les compagnies Arktel, M.A. et Émilie Valentin, peuvent prendre vie au sein du castelet prévu à cet effet. Les coulisses du théâtre de marionnettes sont ouvertes et les secrets de création marionnettique confiés, pour le plaisir du partage. Essence d’un art vivant, plus vivant que jamais.
Castelet, petit théâtre de marionnettes
© MAM Gadagne / Sabine Serrad
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