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Entretien

Abd al Malik au musée d’Orsay : « Le Jeune Noir à l’épée nous rappelle l’importance du combat »

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Publié le , mis à jour le
À l’occasion de l’exposition « Le modèle noir – de Géricault à Matisse », le musée d’Orsay reçoit ce week-end Abd al Malik. Le rappeur, poète, slameur et essayiste y présente Le Jeune Noir à l’épée, son nouveau spectacle inspiré par un tableau de Pierre Puvis de Chavannes. Il nous explique pourquoi cette œuvre le touche autant.
Abd Al Malik à Orsay
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Abd Al Malik à Orsay, 2019

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© Photo Fabien Coste

À la fois livre et disque, la dernière proposition artistique d’Abd al Malik, intitulée Le Jeune Noir à l’épée (d’après un tableau de Pierre Puvis de Chavannes de 1850), nous entraîne dans un récit poétique où l’on croise Charles Baudelaire, et d’autres figures littéraires comme Albert Camus, Édouard Glissant, mais aussi Gérard Jouannest, le regretté pianiste de Jacques Brel. C’est aussi un beau livre, empli des toiles de Théodore Chassériau, Édouard Manet, Théodore Géricault… et des photos d’art de Fabien Coste. Le Jeune Noir à l’épée est enfin un spectacle conçu avec le chorégraphe burkinabé Salia Sanou, qui sera joué du 4 au 7 avril au musée d’Orsay. Abd al Malik participe en effet – aux côtés de 100 artistes – à la programmation autour de l’exposition « Le modèle noir – de Géricault à Matisse » actuellement présentée. Rencontre avant sa première.

Dans ce livre-disque vous racontez l’histoire d’un jeune homme noir sorti de prison et de retour dans sa cité HLM. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de croiser cette histoire contemporaine avec le Jeune Noir à l’épée de Pierre Puvis de Chavannes, que l’on voit dans l’exposition sur le modèle noir ?

Ce qui m’a tout de suite bouleversé, c’est le caractère universel du tableau de Pierre Puvis de Chavannes. Nous vivons une époque dangereuse, avec une montée des populismes comme on le voit partout en Europe. Je voulais écrire depuis longtemps un long poème sur l’identité, et ce tableau a été une révélation. Et nous avons là un jeune homme qui parle à tous. Sans se poser de questions, on voit bien le caractère universel de ce qui est représenté. Bien sûr, je suis noir. Mais nous autres artistes, quand nous abordons nos particularismes, nos singularités, c’est pour dire, comme Aimé Césaire, que « c’est un département de l’humanité. » Parler de nous, c’est parler du tout. La couleur n’est qu’un jeu de lumière : c’est ce que nous rappelle ce tableau. Le Jeune Noir à l’épée nous rappelle l’importance du combat.

Pierre Puvis De Chavannes, Jeune Noir à l’épée
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Pierre Puvis De Chavannes, Jeune Noir à l’épée, 1850

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Huile sur toile • 105 × 73 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Photo Musée d’Orsay, dist. RMN-GP / Patrice Schmidt

Dans votre Jeune Noir à l’épée, la poésie tient une large place. De quelles manières infuse-t-elle dans ce récit ?

La littérature infuse de plein de manières. L’histoire que je raconte puise dans la notion de créolité, chère au philosophe Édouard Glissant : finalement, aujourd’hui, le monde est une île. Les croisements qui ont lieu, les rencontres, les métissages qui ont lieu sont souvent des déplacements forcés ou imprévus. Et de cet inattendu naît « la mondialité » dont parle Glissant. C’est aussi ça que j’ai essayé de raconter dans mon Jeune Noir à l’épée. Il y aussi des citations baudelairiennes. J’utilise Les Fleurs du Mal comme des samples qui font écho à l’histoire que je raconte.

L’exposition s’intéresse aux modèles noirs dans sa double acception : ceux qui sont représentés mais aussi ceux qu’on suit, qui inspirent… Quels sont vos propres modèles ?

Ils sont nombreux. Césaire, Glissant, Camus… comptent parmi mes modèles. C’est important d’en avoir pour avoir des repères et se construire. On voit aujourd’hui qu’il y a une véritable crise des modèles. C’est pourquoi je pense que faire le focus sur le modèle noir aujourd’hui, et pouvoir avoir des Noirs en tant que référents, c’est vital pour la jeunesse.

Ce livre-disque, dites-vous, c’est un voyage initiatique… Cela suppose qu’on en ressort transformé ?

Je l’espère ! En tout cas, personnellement, la rencontre avec ce tableau m’a fait évoluer. L’histoire de ce jeune homme noir, c’est une allégorie du cheminement. Celui du personnage et de ces nouvelles générations, dont je fais partie, nées en Europe et dont les racines prennent leurs origines sur le continent africain.

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Le modèle noir, de Géricault à Matisse

Du 26 mars 2019 au 21 juillet 2019

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Spectacle

À l’auditorium du musée d’Orsay

Jeudi 4 avril, vendredi 5 avril et samedi 6 avril à 20 h – Dimanche 7 avril à 16 h

Le célèbre poète, rappeur, slameur et essayiste présente quatre représentations exceptionnelles de son nouveau spectacle Le Jeune Noir à l’épée, conçu avec le chorégraphe burkinabé Salia Sanou et directement inspiré par l’exposition.

Plein tarif : 35 € – Tarif réduit : 30 € – Tarif jeune et solidarité : 8 €

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Livre-disque

Illustré de 40 photographies de Fabien Coste et d’œuvres présentées dans l’exposition. Sur le disque qui accompagne l’ouvrage, on suit le récit du Jeune noir à l’épée à travers 9 titres. Avec les apparitions du rappeur alsacien Matteo Falkone et de la reine du RnB à la française Wallen, ce disque nourri par la poésie de Charles Baudelaire et la philosophie d’Édouard Glissant offre une rencontre entre le hip-hop, la littérature et l’art pictural.

Coédition Présence Africaine, le musée d’Orsay et Flammarion • Sortie le 26 mars 2019  • 144 pages – Nouvel album inclus

Retrouvez dans l’Encyclo : Pierre Puvis de Chavannes

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