Bruno Le Maire lors d’une rencontre avec la Fédération bancaire française en février 2024. Rachida Dati sortant de l’Élysée le 28 février 2024
© Mael Garnier / Sipa. © Jacques Witt / Sipa
Aussitôt annoncée, aussitôt annulée. Le 27 septembre 2023, l’ex-ministre de la Culture Rima Abdul Malak déclarait fièrement avoir obtenu une hausse de 6 % du budget de la Culture pour 2024, qui lui aurait permis d’atteindre un niveau historique. Mais, le 18 février, le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a annoncé sur TF1 qu’en raison d’une croissance moins forte que prévu attendue en 2024 (1 % au lieu de 1,4 %), le gouvernement se voyait contraint de réaliser 10 milliards d’euros d’économies réparties sur l’ensemble des ministères…
Sans surprise, le ministère de la Culture figure parmi les plus touchés par cette coupe détaillée dans un décret du 21 février : finalement, le budget de la Culture hors audiovisuel public annoncé pour 2024 par Rima Abdul Malak (4 466 millions d’euros) accuse une baisse de 4,5 %, en se voyant retirer 201 millions d’euros (soit 83 % des 241 millions supplémentaires annoncés en septembre) d’autorisations d’engagement et de crédits de paiement. Par rapport à l’année dernière, le budget de la Culture (4 225 millions en 2023) n’augmente donc en définitive que de 1 %, au lieu des 6 % prévus en septembre.
Les programmes les plus sévèrement touchés par ce rétropédalage seront ceux dédiés au patrimoine (100 millions en moins) et à la création (96 millions en moins). Seule bonne nouvelle, celui consacré à la transmission des savoirs et à la démocratisation de la culture, qui comprend le pass Culture, ne subira aucune baisse.
Stéphane Séjourné, Bruno Le Maire et Rachida Dati quittant l’Élysée le 27 février 2024
© Ludovic Marin / Afp
La nouvelle ministre de la Culture Rachida Dati ne s’est toujours pas exprimée clairement sur ce changement radical et ses effets concrets sur les projets qu’elle avait annoncés pour 2024, tels son grand plan pour la culture en zone rurale et la préservation (par le biais d’un démantèlement et d’une reconstruction quelques mètres plus loin) du pavillon des Sources de l’Institut Curie. « Je vais m’appuyer sur la réserve de précaution qui consiste à mettre des crédits de côté tous les ans et à les utiliser en cas d’imprévu » a-t-elle cependant déclaré le 29 janvier, assurant qu’elle soutiendrait en particulier le spectacle vivant, plus touché que les autres secteurs.
Ce revirement et ce flou inquiètent les acteurs du secteur culturel, qui craignent de devoir annuler de nombreux projets et recrutements. « C’est l’emploi qui va directement être attaqué », a dénoncé Nicolas Dubourg, président du Syndicat des entreprises artistiques et culturelles, dans une lettre ouverte adressée aux parlementaires le 27 février. « Les services publics de ce pays sont en train de disparaître. L’école, l’hôpital, la culture. Tout ça est en train d’être cassé », a-t-il déploré, avant d’annoncer sa décision de contacter les « organisations de tous les secteurs du service public » afin de « réfléchir » à des « actions communes » pour remédier à cette reculade générale.
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