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Grant Wood, American Gothic, 1930
Huile sur carton • 78 × 65,3 cm • Institut d'art de Chicago • © Google Art Project
Grant Wood, American Gothic (détail), 1930
Un peintre à la maison blanche
C’est sans doute la maison blanche la plus connue des États-Unis, après celle du président américain ! En 1930, Grant Wood, de passage dans la petite ville d’Eldon dans l’Iowa, repère cette bâtisse immaculée d’inspiration médiévale, édifiée à la fin du XIXe siècle. Charmé par son architecture dite « Carpenter gothic », il réalise un premier croquis avant d’imaginer et de peindre le couple idéal qui vivrait entre ses murs. La grande fenêtre du premier étage, toute en longueur, fait écho à la verticalité étonnante de la composition, qui se manifeste jusque dans la posture et la physionomie atypique des deux personnages. Le lieu est aujourd’hui devenu la principale attraction touristique de la ville.
Huile sur carton • 78 × 65,3 cm • Institut d'art de Chicago • © Google Art Project
Grant Wood, American Gothic (détail), 1930
C’est pas la joie, on dirait ?
Un homme et une femme sont plantés face au spectateur, en habits du dimanche (lui porte une veste noire au-dessus de sa salopette, elle arbore son plus beau tablier et un camée). La jeune femme n’est autre que la sœur de l’artiste, alors âgée de trente ans, et l’homme… son dentiste ! Leur posture, comme le regard pénétrant (et captivant) de ce dernier, inspirent la dignité. Leurs traits, finement brossés par le peintre, rappellent la précision des portraits de la nouvelle objectivité, courant en vogue en Allemagne, où le peintre s’est rendu quelques années plus tôt. À travers cette austère représentation, Grant Wood veut livrer une description fidèle de la province américaine et rendre hommage aux pionniers qui l’ont peuplée.
Huile sur carton • 78 × 65,3 cm • Institut d'art de Chicago • © Google Art Project
Grant Wood, American Gothic (détail), 1930
Un modèle patriarcal
Le regard strict et le front haut, les lèvres pincées et les joues creusées : peu sympathique, l’homme a de quoi intimider ! Aussi droit que le manche de sa fourche, il semble défiant, presque inquisiteur. Le peintre l’a placé au premier plan du tableau. Une position de force, valorisante pour ce patriarche qui, semble nous dire l’artiste, domine aussi bien son foyer que sa terre, symbolisée ici par son outil et la grange que l’on devine derrière son épaule.
Huile sur carton • 78 × 65,3 cm • Institut d'art de Chicago • © Google Art Project
Grant Wood, American Gothic (détail), 1930
Un modèle de vertu ?
Légèrement en retrait par rapport au patriarche, se tient la jeune femme blonde au chignon sage (bien que défait). Vêtue d’une austère robe noire à col blanc surmontée d’un camée, elle inspire l’ordre et la vertu. On aperçoit derrière elle des plantes vertes en pot, qui la renvoient à l’univers domestique. Mais si son allure est toute aussi raide que son voisin, elle ne toise pas le spectateur : son regard, presque inquiet ou mélancolique, s’échappe hors du cadre…
Huile sur carton • 78 × 65,3 cm • Institut d'art de Chicago • © Google Art Project
Grant Wood, American Gothic (détail), 1930
Qui s’y frotte…
Alors qu’aux Etats-Unis la mécanisation de l’agriculture est en plein essor, Grant Wood opte ici pour une représentation conservatrice de la ruralité. Au centre de la composition se dresse une fourche à trois dents, tenue d’une main ferme par le fermier, presque comme une menace… À bien y regarder, la peintre a repris ce motif intimidant à divers endroits du tableau : dans les coutures de la salopette de l’homme, les traits de son visage ou encore les boiseries de la fenêtre. Gare à celui qui oserait troubler l’ordre qui régit la vie de ces braves paysans du Midwest !
Huile sur carton • 78 × 65,3 cm • Institut d'art de Chicago • © Google Art Project
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Une icône américaine
S’agit-il d’un couple ? D’un frère et d’une sœur ? D’un père et de sa fille ? Difficile de trancher. Cela n’a pas empêché cet improbable duo – légèrement mal assorti, il faut le dire – de s’imposer comme une icône de l’art américain du XXe siècle. Au point de devenir, près de cent ans plus tard, l’un des tableaux les plus cités et parodiés par la pop culture, notamment au cinéma et à la télévision. Réalisé en 1930, American Gothic est l’œuvre de Grant Wood, peintre régionaliste né dans une famille de quaker, qui a passé toute son enfance dans une ferme de l’Iowa. Davantage inspiré par la peinture flamande que par les avant-gardes qui font alors fureur à New York, il livre avec cette toile le (double) portrait d’une Amérique conservatrice, solidement ancrée dans ses traditions. Une sorte d’image d’Épinal – un poil satirique tout de même – de la vie rurale du Middle West, à laquelle le peintre témoigne ici de son vif attachement.