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Figure internationale de l’art contemporain, la plasticienne Annette Messager (née en 1943) est une collectionneuse, glaneuse, bricoleuse… Elle emploie diverses techniques comme la photographie, le dessin ou la couture pour jouer avec les émotions des spectateurs, et plus encore déjouer la réalité, la norme, le tabou. De ses travaux intimistes des années 1970 aux grandes installations des années 2000, l’artiste manie la diversité des matériaux et des symboliques, mobilisant des références à l’art populaire, à l’enfance, à l’univers du genre féminin qu’elle déconstruit au travers d’une œuvre autofictionnelle. Représentante de la France à la Biennale de Venise en 2005, où elle obtient le Lion d’or, Messager brode, assemble, dispose, interrogeant sans cesse les frontières entre art et bricolage, entre réalité et fantasme, entre le genre féminin et les mythes qui l’entourent.
Portrait d’Annette Messager
© Atelier A.Messager
« Être une artiste signifie guérir continuellement ses propres blessures, et en même temps les exposer sans cesse. »
Annette Messager est née en 1943 dans le Pas-de-Calais. Son père lui fait découvrir l’art populaire (notamment religieux) et l’art brut de Jean Dubuffet. En 1962, elle entre à l’École des arts décoratifs de Paris. Le surréalisme et le pop art figurent alors parmi ses influences. Annette Messager interrompt ses études à la veille des événements de mai 1968.
Dès les années 1970, elle crée dans le petit atelier de son appartement des objets dérivés des arts populaires et collectionne en même temps des images. De ces pratiques interdépendantes naissent les 56 « Albums-collections » comprenant des coupures de presse, des photographies, des dictons ou encore des petites annonces. Nourries de fragments du quotidien, ses premières œuvres intimistes explorent les mythes de l’univers féminin.
Cette expression est utilisée pour la première fois par Harald Szeemann, commissaire de la Documenta 5, en 1972. Par la suite, elle est appelée à réunir des artistes tels que Messager, Christian Boltanski (son époux), Jean Le Gac ou Sophie Calle qui font de l’intime un matériau de création par la voie de l’autofiction, du récit. L’œuvre de Messager se présente comme féministe, s’appropriant des techniques associées à l’univers de la domesticité (la broderie, les travaux à l’aiguille…) et les clichés associés à la femme dans le but de les subvertir. L’enfance tient une grande place dans son œuvre, conviant poupées, peluches et filets dans ses créations, qu’elle détourne et assemble au service d’une symbolique ouverte, parfois ludique, parfois inquiétante et ironique. C’est en 1973 qu’a lieu sa première exposition personnelle, à Munich.
Progressivement, son œuvre atteint une audience internationale. Pratiquant le genre hybride de l’installation, Messager déploie ses œuvres sur les murs autant qu’au sol. Faire des cartes de France, réalisé en 2000 et acquis pas le LaM en 2006, qui reproduit une carte de l’Hexagone à l’aide de morceaux de peluches, de cordes, de fils et de pointes, en offre un bel exemple. Derrière les apparences, ses installations mêlant dessins, photos, écrits, jouets, objets trouvés, oiseaux empaillés, broderies, questionnent tour à tour la condition des femmes, les souvenirs parfois cruels de l’enfance, la folie ou l’obsession. Elles attirent autant qu’elles repoussent ou inquiètent.
En 2005, Annette Messager est récompensée par un Lion d’or à la Biennale de Venise. Deux ans plus tard, en 2007, le Centre Pompidou lui consacre une grande exposition. Son œuvre est exposée à travers le monde entier, tant en Europe, aux États-Unis qu’en Asie. En 2016, l’artiste reçoit au Japon le prix Praemium Imperial dans la catégorie sculpture.
Annette Messager, Les Enfants aux yeux rayés, mes dessins d’enfant, 1971–1972
Encre sur tirages gélatino-argentiques et dessins • Coll. musée d’art moderne de la ville de Paris • © Adagp, Paris 2024 / © GrandPalais Rmn
Cette œuvre, qui appartient à la série des « Albums-collections » des années 1970, fit couler beaucoup d’encre. Il s’agit d’une série de photos d’enfants dont l’artiste a rayé les yeux au stylo à bille. Annette Messager déconstruit le mythe adossé à la maternité, questionnant l’injonction faite aux femmes par la société d’être génitrice et protectrice. Ces photos de bébés aux yeux rayés peuvent pousser le spectateur au malaise, évoquant l’angoisse, le rejet, la négation. Il en résulte une certaine forme de violence symbolique.
Annette Messager, Mes vœux, 1989
Epreuves gélatino-argentiques • Coll. Centre Pompidou, Mnam, Paris • © Adagp, Paris 2024
Cette installation se compose de 263 photographies suspendues au mur et rassemblées jusqu’à former un objet visuel compact qui peut évoquer un ex-voto. Ces photographies représentent des détails de corps, en noir et blanc, comme des fragments d’identité. Comme à son habitude, Annette Messager travaille suivant le principe de la série ou du cycle. Cette œuvre, qui appartient à la série « Mes vœux », interroge la représentation humaine, la mimêsis, le reflet, l’identité fragmentée et morcelée.
Annette Messager, Casino, 2005
Installation sur trois salles, Biennale de Venise • © Adagp, Paris 2024
Annette Messager présente en 2005 dans le pavillon français de la Biennale de Venise un environnement piégeant le visiteur dans un rêve. Elle y noyait le visiteur dans la couleur rouge et dans une pénombre striée de lumières où parvienne des sons étranges. Des traversins de la première salle au Pinocchio désarticulé qui gît dans la dernière, Casino convoque tout à la fois le jeu et le capharnaüm. L’artiste propose au spectateur de migrer entre les métaphores et les allégories, les références littéraires et psychanalytiques.
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