Article réservé aux abonnés

NEW YORK

Avec Kent Monkman, le Met à la conquête d’un nouveau monde ?

Par • le
Kent Monkman, Welcoming The Newcomers
voir toutes les images

Kent Monkman, Welcoming The Newcomers, 2019

i

Acrylique sur toile • 335.28 x 670.6 cm • © Kent Monkman

À New York, le Metropolitan Museum of Art lance un pavé dans la mare : et si l’on abordait l’histoire nord-américaine sous un angle différent ? Le musée encyclopédique que l’on ne présente plus a en effet commandé deux peintures monumentales à Kent Monkman (né en 1965), artiste canadien d’ascendance amérindienne (un peuple nommé les Cris), pour orner deux murs de son Grand Hall, de part et d’autre de l’entrée principale. Monkman, connu pour ses œuvres provocantes qui explorent des thèmes sensibles tels la colonisation, la sexualité, la perte et la résilience, revisite ici le rapport entre les autochtones du continent nord-américain et ceux qui l’ont colonisé.

Kent Monkman, Resurgence Of The People
voir toutes les images

Kent Monkman, Resurgence Of The People, 2019

i

Acrylique sur toile • 335.28 × 670.6 cm • © Kent Monkman

mistikôsiwak (Wooden Boat People) est une œuvre en deux volets : l’une nous montre l’accueil d’hommes et femmes hagards par une foule indigène sur les rivages du « Nouveau Monde ». L’autre figure, sur une embarcation de fortune, un groupe de ces mêmes indigènes et nouveaux venus portant secours à d’autres individus au bord de la noyade, le tout sous le regard impitoyable d’hommes blancs armés occupant ce qui semble être le dernier lopin de terre ferme du continent. Dans les deux cas, Monkman fait apparaître en première ligne son flamboyant alter ego gender fluid, Miss Chief Eagle Testickle, avatar d’un futur ayant dépassé les débats sur l’identité raciale ou genrée. Loin de présenter la population autochtone comme victime des horreurs passées, il semble la mettre aux commandes de son destin.

mistikôsiwak s’inscrit dans le nouveau programme de commande du Met, qui invite des artistes contemporains à dialoguer avec la collection et l’architecture du musée. Les deux fresques gigantesques de 67 mètres sur 33 regorgent en effet de références à des peintures historiques, de Titien à Gustave Courbet en passant par Pierre Paul Rubens et Eugène Delacroix, et conversent aussi dans le Grand Hall de l’institution avec des statues antiques. À l’extérieur, les niches de la façade néoclassique du musée accueillent depuis septembre dernier les magnifiques caryatides de bronze de l’artiste américaine d’origine kényane Wangechi Mutu : quatre femmes sculpturales parées d’ornements et symboles issus de coutumes africaines interpellent les passants sur les questions de représentation des minorités. À l’aube de son 150e anniversaire, le Met veut plus que jamais tenir sa place dans les débats contemporains. Une nouvelle page d’histoire semble s’écrire : Miss Chief Eagle Testickle guidant le peuple ?

Arrow

Commande du Grand Hall : Kent Monkman, "mistikôsiwak (Wooden Boat People)"

Du 19 décembre 2019 au 9 avril 2020

www.metmuseum.org

Kent Monkman, Vue de l’installation “Mistikôsiwak (Wooden Boat People)” pour la commande du Grand Hall, 2019

i

© The Metropolitan Museum Of Art / photo : Anna Marie Kellen

Kent Monkman, “Welcoming the Newcomers” pour la commande du Grand Hall, 2019

i

The Metropolitan Museum of Art • ©The Metropolitan Museum of Art / photo : Anna-Marie Kellen

Kent Monkman, “Resurgence Of The People” pour la commande du Gran hall, 2019

i

© The Metropolitan Museum Of Art / photo : Anna Marie Kellen

Portrait de Kent Monkman, 2019

i

© The Metropolitan Museum Of Art / photo : Eileen Travell

Kent Monkman, Resurgence Of The People, 2019

i

Acrylique sur toile • 335.28 x 670.6 cm • © Kent Monkman

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi