Ce masque, vendu 150€ sur une brocante, a été estimé entre 30 000 et 400 000€
© Pascal Guyot / Afp
Ses anciens propriétaires, un couple de retraités âgés de 88 et 81 ans, s’en mordent les doigts : le masque africain en bois sculpté, qu’ils pensaient sans grande valeur et avaient cédé à un brocanteur pour 150 euros en 2021, était en réalité un trésor qui, quelques mois plus tard, s’est arraché à 4,2 millions d’euros aux enchères. Tous deux attaquent désormais leur acheteur en justice en demandant l’annulation de la vente. Leur argument ? Le professionnel aurait profité de leur ignorance en leur cachant la valeur réelle de l’objet…
Le couple, qui avait trouvé le masque en faisant du tri dans sa résidence secondaire du Gard, savait seulement qu’il avait appartenu à un aïeul, ancien gouverneur colonial en Afrique. Six mois après l’avoir vendu pour une bouchée de pain, ils découvrent par hasard dans le journal qu’un « rarissime masque du XIXe siècle, apanage d’une société secrète du peuple Fang au Gabon », est mis aux enchères deux jours plus tard à Montpellier. La photo ne laisse aucun doute : il s’agit bien du leur !
Masque Fang « Ngil » lors de la vente à Montpellier le 26 mars 2022
© Pascal Guyot / Afp
Cet objet aux lignes frappantes, de celles qui ont inspiré Picasso et Modigliani, et dont il n’existerait qu’une dizaine d’équivalents dans le monde, était utilisé dans les villages du Gabon pour débusquer les fauteurs de troubles lors de cérémonies rituelles. Le catalogue de la salle de vente précise qu’il a été « collecté vers 1917« , « probablement au Gabon », « par le gouverneur colonial français René-Victor Edward Maurice Fournier (1873–1931) ». Le 26 mars 2022, jour de la vente, des Gabonais protestent dans la salle, réclamant sa restitution à son pays d’origine. Mais le marteau tombe : le masque est adjugé pour 4,2 millions d’euros !
Le cas n’est pas évident : le brocanteur s’est-il rendu coupable de tromperie, ou a-t-il simplement fait une bonne affaire ? Frédéric Mansat Jaffré, l’avocat des plaignants, compte s’appuyer sur un précédent : le tableau Olympos et Marsyas de Nicolas Poussin, acquis à bas prix par le Louvre en 1968 sous une attribution erronée, puis rendu à ses propriétaires par les musées de France à l’issue d’un long procès. Un article du Code civil stipule en effet que « l’erreur » du vendeur peut être invoquée pour entraîner la nullité d’un contrat de propriété. L’affaire sera plaidée le 31 octobre devant le tribunal judiciaire d’Alès (Gard), qui pourrait décider d’un partage plus équitable du produit de la vente. En attendant, les comptes bancaires du brocanteur restent bloqués.
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