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C’est LA question qui revient en boucle sur les salons étudiants consacrés aux formations artistiques ou lors des journées portes ouvertes des écoles d’art et de design : que doit-on mettre dans un book ? Ce document, souvent numérique, qui sert à présenter ses créations personnelles joue en effet un rôle décisif lors des phases de présélection des futurs étudiants, notamment via Parcoursup, et sert ensuite de support lors de l’entretien d’admission.
Car pas besoin d’un bon bulletin scolaire pour intégrer une école d’art ou de design : la pratique artistique et la sensibilité des candidats l’emportent sur tout le reste. « Le portfolio est essentiel. Il permet de rassembler les premières expérimentations, même les premières tentatives, quel que soit le médium ou la pratique », explique Nawal Bakouri, directrice de l’École supérieure d’art et de design Toulon Provence Méditerranée (ESADTPM). Bien plus qu’une simple compilation de créations personnelles ou qu’un bilan de compétences, le portfolio est une porte d’entrée sur la démarche artistique des candidats.
Il n’existe pas de book type.
« Pour nous, c’est une première rencontre – et non une finalité dans une procédure d’admission –, à partir de laquelle on se dit : ‘Est-ce qu’on a envie de rencontrer cette personne ? Est-ce qu’on passe à l’étape suivante ?’ En quelques secondes, le portfolio doit susciter le désir d’en savoir plus sur le candidat », détaille Tiphanie Dragaut-Lupescu, directrice des études et de l’international de l’École supérieure d’art et design Le Havre-Rouen (ESADHAR). Alors, concrètement, comment s’y prendre ? On vous dit tout en six points clés.
Illustrations de Thomas Sutter pour Beaux Arts Magazine, 2025
© Théophile Sutter / agence Karine Garnier pour Beaux Arts Magazine.
Afin de mettre toutes les chances de son côté, il est conseillé en premier lieu de bien cerner les particularités et les attentes des établissements visés : chaque portfolio doit en effet être adapté à l’école d’art où l’on postule. Pour cela, le mieux est de consulter les sites Internet des établissements pour découvrir les orientations pédagogiques de chacun, en complément des informations disponibles sur Parcoursup, et de participer aux journées portes ouvertes. En matière de portfolio, chaque école impose ses exigences : format, contenu, nombre de pages…
Des critères qui doivent être scrupuleusement respectés sous peine d’élimination. L’École des beaux-arts de Lyon (ENSBA) demande ainsi un dossier numérique de 15 pages maximum et 50 Mo, en précisant qu’il doit être « le moins scolaire et le moins académique possible ». Comprendre : pas de croquis de modèles vivants ou de pochades d’observation ni de mangas.
De son côté, l’ENSAD de Dijon souhaite un portfolio de 5 Mo maximum composé de réponses à quatre questions tenant lieu de lettre de motivation, accompagné d’une dizaine de travaux personnels légendés (lieu, contexte, date, matériaux…). Quant à l’école privée Émile Cohl (Lyon et Angoulême), elle demande un portfolio de dessins personnels « pour mesurer le niveau du candidat et sa justesse. Cela permet d’évaluer si ce dernier fait preuve d’une bonne perception de l’anatomie, de l’environnement et des différentes perspectives et volumes. » Autant d’écoles, autant de formats et de spécificités à prendre en compte.
Pour aborder sereinement l’exercice, il est essentiel d’organiser son travail et d’adopter les bons réflexes. « Les lycéens doivent surtout comprendre qu’un portfolio, ça se prépare, cela demande du temps et de la réflexion », insiste Lionel Dax, directeur des études de Prép’art. Pour éviter de se laisser déborder, un conseil : tenir un tableau Excel regroupant les dates des épreuves d’admissibilité (qui souvent se télescopent) et les attentes des écoles visées.
Elham Akian, coordinatrice de la classe préparatoire aux études supérieures d’art du lycée Rosa Parks, à Montgeron, en banlieue parisienne, en convient : « Pour ne pas stresser, il faut anticiper et documenter son travail régulièrement. Je conseille ainsi à mes étudiants de créer en début d’année une sorte de dossier-fichier numérique géant avec une à deux pages par production, soigneusement maquetté. Ensuite, au moment de la phase de candidature, ils n’auront qu’à piocher dedans et adapter leur portfolio aux spécificités et aux demandes de chaque école. »
Illustrations de Thomas Sutter pour Beaux Arts Magazine, 2025
© Théophile Sutter / agence Karine Garnier pour Beaux Arts Magazine.
La première chose que recherche une école d’art chez un candidat, c’est la « personnalité ». « Nous ne voulons pas des dossiers parfaits. Le principal critère d’appréciation, c’est la curiosité et l’engagement du candidat, son regard singulier sur le monde et non sa virtuosité ou son niveau en dessin. J’ai vu des portfolios très beaux visuellement mais qui n’avaient aucune consistance, aucun contenu », affirme Tiphanie Dragaut-Lupescu. Nawal Bakouri précise : « On n’attend pas d’un portfolio qu’il présente des œuvres finalisées mais qu’il reflète une curiosité exprimée dans une pratique. Ce qui est intéressant, ce sont des gens qui ont osé un acte. »
Cet équilibre entre sincérité et prise de risque se retrouve dans le parcours de Sidonie Gicquel- Gillard, étudiante en 1re année aux Arts déco à Paris (ENSAD) : « Mon premier portfolio, je l’ai fait à l’aveugle. J’étais pressée par le temps, je ne savais absolument pas quoi faire car je n’avais pas pris l’option arts plastiques au lycée. Du coup, j’ai classé mon travail par catégorie : gravure, sculpture, etc. Résultat, j’ai été recalée. Après ça, j’ai suivi un stage de portfolio à Prép’art Paris, puis j’ai enchaîné avec une année de prépa. C’est là que j’ai compris que l’important, c’était la construction, le rythme, l’enchaînement des pages. J’ai donc commencé mon book avec une œuvre qui me tient à cœur : un pastel pleine page. Ensuite, j’ai ajouté un travail sur le moulage, puis des essais en graphisme, un peu de photo et même de la vidéo, avec des captures d’écran et des liens. Pour les Arts déco, j’ai axé davantage sur la scénographie, et pour l’École d’art et de design d’Amiens, sur le graphisme. Au final, j’ai été admise dans les deux écoles. Mon portfolio était assez engagé, politiquement parlant. Certains m’ont dit que c’était risqué, mais ça a fonctionné. Au fond, il faut se faire confiance, être honnête et rester fidèle à son univers et à sa personnalité. »
La variété des pratiques et des techniques, la richesse des références sont des atouts majeurs. « Dessins, peintures, sculptures, cahiers de recherche, photographies, textes, productions vidéo ou numériques, danse, son… Tout est bon, tant que cela illustre la créativité, la curiosité et l’engagement du candidat. Il faut faire part d’un cheminement, même si cela semble raté », note l’artiste Anthony Musso, directeur délégué de la classe préparatoire des Beaux-Arts de Lyon.
Car parfois le processus créatif est bien plus intéressant que le résultat et témoigne d’une prise de risque et d’une posture singulière. Croquis préparatoires, recherches ou projets inachevés peuvent ainsi être intégrés pour montrer sa démarche, en gardant à l’esprit qu’il n’existe pas de book type. « L’important est d’être sincère et de se concentrer sur les choses où l’on se sent à l’aise. Pas la peine de montrer de la photo si on n’en fait pas », précise Caroline d’Auria, directrice des études de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne (ESADSE).
Illustrations de Thomas Sutter pour Beaux Arts Magazine, 2025
© Théophile Sutter / agence Karine Garnier pour Beaux Arts Magazine.
Sobriété, lisibilité et qualité des visuels sont les éléments clés d’un bon portfolio. Caroline d’Auria insiste : « Surtout pas d’effets graphiques intempestifs. On voit parfois des choses terrifiantes. Je conseille une page par projet, légendée et illustrée de façon lisible, de sorte que quelqu’un qui ne connaît pas le candidat puisse comprendre en deux mots de quoi il s’agit. » Le dossier est aussi une narration, une façon d’organiser des éléments disparates, d’où l’importance de soigner le rythme de la mise en page.
« On dit souvent que dans un entretien les cinq premières secondes sont déterminantes, rappelle Elham Akian, mais c’est vrai aussi pour un portfolio. Je recommande de commencer par une production très percutante, de poursuivre avec des travaux plus anecdotiques et de conclure sur une pièce marquante qui laissera une forte impression au jury. Autre conseil : décentrer les images pour gagner en dynamisme et intégrer différents angles de vue. Enfin, utiliser la même typo pour l’ensemble du dossier. » Pour les vidéos, bien vérifier que le lien fonctionne et qu’il est accessible à tous. Pour pallier tous problèmes techniques, intégrer des captures d’écran, à la manière d’un storyboard. Et ne pas oublier d’enregistrer le portfolio avec le nom, le prénom et le numéro de candidat Parcoursup.
Hormis les quelques écueils déjà évoqués plus haut (le non-respect des consignes de l’école d’art, les dossiers trop académiques, les dessins trop techniques), il reste quelques faux pas à éviter absolument pour ne pas se faire recaler :
• La « monoculture » artistique : « Il vaut mieux multiplier les essais plastiques ou visuels pour se différencier. À moins qu’il y ait une véritable singularité dans cette monoculture », souligne Nathalie Pierron, directrice adjointe des Beaux-Arts de Lyon.
• Trop en montrer au risque de noyer le lecteur. Optez pour une sélection soignée et des notes d’intention claires et concises. Exit les textes trop longs, les remerciements et les sommaires.
• Des visuels trop petits : « Il est important de donner à chaque création l’espace nécessaire pour qu’elle puisse être appréciée dans son intégralité. Il ne faut pas hésiter à mettre une belle image plutôt que 24 petites », explique Elham Akian.
• Le copier-coller : les projets personnels et l’originalité sont de mise. Le portfolio doit être unique et révéler l’univers du candidat.
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