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Toulon

5 très jeunes talents du dessin contemporain repérés dans les écoles d’art

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Publié le , mis à jour le
Ils ont tous moins de 25 ans. Réunis par l’excellente revue de dessin The Drawer pour son dernier numéro, la trentaine de dessinateurs exposés cet hiver à l’Hôtel des Arts de Toulon ouvrent une fenêtre sur la riche production du dessin dans les écoles d’art aujourd’hui. Petit aperçu en cinq coups de cœur.

« Comment se porte le dessin dans les écoles d’art aujourd’hui ? » Ainsi se sont interrogées deux expertes du genre, les fondatrices de la revue The Drawer Barbara Soyer et Sophie Toulouse, en réfléchissant à leur 24e numéro. Pour celui-ci, elles ont reçu des dizaines de dossiers de jeunes pousses, la plupart inscrites en dernière année dans différentes écoles d’art en France ou tout juste diplômées. Bilan ? « Les feuilles des dessinateurs de moins de 25 ans n’ont rien à envier à celles de leurs aînés. »

Une trentaine a été sélectionnée, à la fois pour les pages de la revue et pour une grande exposition collective à l’Hôtel des Arts de Toulon, coorganisée par la Villa Noailles. De quoi donner un bel aperçu de ce qui préoccupe la jeune génération, soulignent-elles encore : « Largement autobiographiques, les dessins des jeunes artistes apparaissent comme des tentatives de tisser des liens entre ielles et le monde, donnant à leur histoire personnelle une portée collective et curative, conjuratrice des malheurs et des violences de l’époque. » Généreux, ambitieux, sensible, l’ensemble révèle quelques talents à surveiller de près…

Marguerite Canguilhem : la chair de l’image

Marguerite Canguilhem, Trip to Munich #1, #3, #2
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Marguerite Canguilhem, Trip to Munich #1, #3, #2, 2021–2022

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Huile, encre, glycérine sur papier • dimensions variables • Photo Luc Bertrand

Ce sont des images d’une grande densité dont la chair apparaît à vif, comme un corps écorché. Leur secret ? Elles sont réalisées grâce à la technique d’impression pourtant simple du monotype, précise la jeune Marguerite Canguilhem (née en 2000), tout juste sortie de l’École nationale des arts visuels de La Cambre à Bruxelles. « Elle me permet de dessiner par ajout, enlèvement, déplacement de matière avec tous types d’instruments sur une grande vitre. » Ce procédé offre la possibilité à la jeune artiste d’opérer un puissant travail sur la texture de l’image, dont le résultat est extrêmement énigmatique. Car si l’on voit apparaître deux enfants devant un paysage de palmiers, un groupe d’amis dans une voiture ou encore une conviviale scène de famille, l’impression est pourtant infiniment plus complexe, plus troublante. Dérangeante même, comme si l’artiste retirait la première couche d’une image de bonheur pour en révéler les ombres, les anfractuosités effrayantes – terriblement impressionnant.

Léonie My Linh Campion : écritures de mémoire

Léonie My Linh Campion, Confession 0
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Léonie My Linh Campion, Confession 0, 2024

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Crayon de papier sur papier quadrillé • 29,7 x 42 cm chaque • Photo Luc Bertrand

« Le dessin est le moyen le plus juste que j’ai trouvé pour m’exprimer ; les mots m’ont toujours fait défaut. » Née en 2000, Léonie My Linh Campion a étudié le design graphique à l’École des arts décoratifs de Paris et détonne dans le paysage à l’Hôtel des Arts. Là où certains explorent le très grand format d’installation (Azad Eurdekian), le sculptural (Gabrielle Alexandre) ou les couleurs vives (Simon Thouément), la jeune femme expose un travail ténu, infime – quelques feuilles quadrillées sur lesquelles elle a tracé au crayon à papier une poignée de mots, des extraits de conversations et des reproductions partielles de photos prises avec son téléphone, « effacées à la gomme ou volontairement altérées ». Un travail subtil – auquel les images rendent difficilement hommage – qui porte sur la fragilité du souvenir, sur la mémoire et son délitement.

Cléo Robert : une douceur trompeuse

Cléo Robert, Série de mouchoirs
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Cléo Robert, Série de mouchoirs, 2023-…

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Acrylique sur coton • 80 × 80 cm chaque • Photo Luc Bertrand

Des visages poupins aux teintes de chair, des yeux fermés résumés en une fine ligne courbe, des cheveux bleus, roses, violets : voilà ce que l’on peut voir dans l’univers de Cléo Robert (née en 2001), qui dessine à l’acrylique sur de grands mouchoirs blancs. Il y a aussi des gros plans sur des chaussures, des baskets, des Crocs, motifs empruntés à une vie peuplée de produits et de signes de la culture populaire. Le tout est nimbé d’une brume acidulée, irréelle, et compose un autoportrait singulier : « Dans mes peintures, explique la jeune femme formée à l’École européenne supérieure d’art de Bretagne, je me représente les yeux fermés, je m’inscris à l’aide d’aplats de couleurs pastel sur des toiles. Mon image devient un support dont je ne suis pas réellement le sujet. » Si ses yeux sont fermés, c’est « à la fois signe de confiance et de refus : un refus de voir, de participer ». Entre douceur et gravité, entre soi et le monde, Cléo Robert niche un travail délicat, teinté de mélancolie, qui témoigne d’une féminité hantée.

Zadig Robin : l’été sans fin

Zadig Robin, Sans titre et Sans titre
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Zadig Robin, Sans titre et Sans titre, 2024

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Au premier plan : peinture sur lanières en PVC, structure en métal, 360 × 205 cm. Au fond : mural in situ, peinture noire, 9 × 3,5 m • Photo Luc Bertrand

Deux images se superposent – l’une s’étendant sur des lanières transparentes de PVC orange, l’autre peinte directement sur le mur ; immense fresque aux lignes noires. Toutes deux interfèrent, et créent une œuvre troublante, alors même que Zadig Robin (né en 2001) dessine des contours clairs, lisibles, sans fioritures. Ses motifs : un homme torse nu, un ventilateur, des chaises de jardin, une voiture au coffre ouvert devant la mer. Un univers sexy, sans esbroufe, sensuel, narratif. Le jeune homme, diplômé de l’École supérieure d’art et de design Marseille-Méditerranée, explique sa quête d’un « été sans fin, toujours en mouvement, vers des destinations paradisiaques, symbolisant un profond désir de liberté ». Dans cette recherche, le dessin lui apparaît comme un compagnon de choix, synonyme d’une « évasion totale, une immersion dans un autre monde où on peut créer ce qu’on souhaite voir ».

Elise Weber : scènes d’intérieur

Elise Weber, Réveils et Sans titre
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Elise Weber, Réveils et Sans titre, 2023

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Huile sur papier • Dimensions variables

Lorsque Barbara Soyer et Sophie Toulouse ont examiné les candidatures pour leur 24e numéro, elles ont constaté avec surprise que « la révolution numérique semble n’avoir pas eu lieu dans toutes les écoles d’art », les jeunes artistes utilisant pour la plupart des moyens d’expression classiques. L’observation est intéressante, d’autant plus lorsqu’elle va de pair avec une expression de l’intimité, comme chez Elise Weber (née en 2000). La jeune femme montre ici une série d’huiles sur papier qui mettent en scène ses amis dans des positions de repos, un livre à la main, la tête posée sur l’accoudoir d’un canapé. Des scènes volées à la vie quotidienne, qui racontent un épuisement autant qu’un besoin de repli, de distance vis-à-vis du monde extérieur. « Le dessin est une façon de prélever des fragments de temps », appuie celle qui parle aussi de « ce qui se passe sur la feuille » comme d’un « théâtre silencieux ». Formée aux Arts décoratifs de Paris, la jeune artiste travaille avec le temps pour soi, la tranquillité, le laisser-aller – à mille lieues d’un scroll effréné sur les réseaux sociaux, donc.

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The Drawer. Une nouvelle génération du dessin

Du 6 décembre 2024 au 1 février 2025

hda-tpm.fr

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