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Reine de la métamorphose, la photographe et réalisatrice américaine Cindy Sherman (1954-) est aujourd’hui mondialement reconnue pour ses séries de photographies interrogeant l’image et l’identité des femmes occidentales. Modèle de ses propres photographies depuis plus de quarante ans, l’artiste y change cependant constamment d’identité et ne considère pas ses œuvres comme des autoportraits. Influencée, entre autres, par la publicité, la télévision et les images de magazines féminins, cette artiste unique en son genre a récemment étendu son travail aux réseaux sociaux en s’emparant d’Instagram. Elle a également signé la lettre ouverte #NotSurprised dénonçant les harcèlements et agressions sexuelles dans le monde de l’art.
Cindy Sherman, Untitled # 66, série Rear Screen Projections, 1980
Photographie couleur • 38,9 × 59,5 cm • Collection particulière • © Cindy Sherman
« Bien que je n’aie jamais considéré mon œuvre comme féministe ou comme une déclaration politique, il est certain que tout ce qui s’y trouve a été dessiné à partir de mes observations en tant que femme dans cette culture. »
Benjamine d’une fratrie composée de cinq enfants, Cynthia Morris Sherman a vu le jour le 19 janvier 1954 dans le New Jersey. Peu après sa naissance, sa famille déménage à Huntington (Long Island), où « Cindy » demeure toute sa jeunesse.
Souhaitant étudier l’art, elle entre au Buffalo State College en 1972 et commence à peindre. À l’époque, elle se grime déjà pour incarner différents personnages issus de son imagination et délaisse rapidement la peinture – lui trouvant trop de limites – pour se consacrer à d’autres média, dont la photographie. En 1974, elle co-fonde un centre d’art, The Hallwalls, avec les artistes, rencontrés au Buffalo State College, Roberto Longo, Charles Clough et Nancy Dwyer.
L’année 1977 est charnière pour l’artiste, qui réalise alors les tout premiers clichés de sa série internationalement reconnue : Untitled Film Stills. Sur les 69 photographies en noir et blanc qui la composent, Cindy Sherman incarne tour à tour différents personnages féminins de série B ou de films. Dès cette période, son concept artistique est clairement établi : elle travaille à partir d’un lieu, d’une situation, et se met en scène dans un environnement créé de toutes pièces. Discrète sur sa vie privée, il est difficile de savoir si ses photographies sont inspirées d’événements personnels.
Bien qu’elle ne se revendique pas féministe ou engagée politiquement, Cindy Sherman a maintes fois travaillé à partir des stéréotypes féminins, et sa série Centerfolds (1981) attire l’attention sur les clichés que véhiculent la télévision, le cinéma ou la presse. Elle collabore également avec de nombreux magazines féminins, designers de mode et musiciens dès 1983.
Elle déclenche la polémique au début des années 1990 lorsqu’elle crée Sex Pictures (1992), une série de photographies qui met en scène de manière crue et sexuelle des poupées de plastique, dans une esthétique qui semble inspirée de l’œuvre de Hans Bellmer. Femmes-troncs, démembrées ou réduites à un orifice, ces photographies interrogent et critiquent la manière dont les femmes et leur sexualité continuent d’être représentées dans l’espace public.
En 1997, son film d’horreur et premier long-métrage Office Killer traite également de la place des femmes au sein de la société occidentale.
Adepte de la photographie argentique, Cindy Sherman se lance dans le numérique au début des années 2000 avec sa série Clowns (2003–2004). Vivant avec son temps, l’artiste ne craint pas d’utiliser les nouvelles technologies à sa disposition. L’été dernier, elle a d’ailleurs rendu public son compte Instagram, dévoilant ainsi aux curieux pléthore de selfies retouchés.
En 2012, elle expose au Museum of Modern Art de New York, où elle avait déjà exposé à la fin des années 1990. Des musées tels le Centre Pompidou, le MoMA ou la Tate de Londres possèdent des clichés de l’artiste, qui continue encore à créer.
Cindy Sherman, Untitled Film Still # 3, série Untitled Film Stills, 1977
photographie noir et blanc • 20,3 × 25,4 cm • Courtesy Metro Pictures, New York / © Cindy Sherman
Untitled Film Stills, 1977–1980
Les « Stills », un genre particulier de séries B des années 1950–1960, ont grandement inspiré Cindy Sherman dans la réalisation de cette série de clichés. On l’y voit grimée, incarnant différents personnages féminins de l’American way of life, de la femme au foyer à la power woman rigide, le tout dans un décor très daté. Les 69 photographies en noir et blanc de cette série mettent en lumière les rôles stéréotypés auxquels les actrices du milieu du XXe siècle étaient cantonnées et critiquent, en filigrane, les limites sociales imposées au « deuxième sexe ».
Cindy Sherman, Untitled # 225, série History Portraits / Old Masters, 1990
Photographie couleur • 121,9 × 83,8 cm • The Broad Art Foundation, Santa Monica • © Cindy Sherman
History Portraits/Old Masters, 1988–1990
Incarnant tour à tour une Vierge à l’enfant, un membre du clergé, Salomé tenant la tête coupée de saint Jean-Baptiste ou un notable du XVIIe siècle, Cindy Sherman est méconnaissable dans cette série de photographies en couleurs. Les prothèses qu’elle utilise pour se costumer – faux nez, extension frontale, perruques… – ne sont pas dissimulées par l’artiste, qui interroge, en creux, le caractère artificiel de ce que le public considère, sans se poser de questions, comme des chefs-d’œuvre.
Cindy Sherman, Untitled # 412, série Clowns, 2003
Photographie couleur • 130,2 × 104,6 cm avec cadre • Collection Margaret et Daniel Loeb • © Cindy Sherman
Clowns, 2003–2004
Étranges, les clowns de Cindy Sherman ne laissent pas indifférents. Les couleurs criardes et le maquillage à outrance du visage de la photographe métamorphosée participent à rendre l’atmosphère inquiétante. À l’inverse des personnages censés être drôles et liés à l’univers infantile, les clowns de Cindy Sherman affichent un sourire forcé, presque menaçant. Certains considèrent cette série comme une critique de la société américaine post-attentats du 11 septembre, qui s’efforce de sourire en attendant que l’horreur passe.
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