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Des résidents des Amandiers en promenade dans le quartier de Ménilmontant, au bras de deux membres du personnel
© Maurine Tric
À deux pas du boulevard de Ménilmontant, la maison de retraite Les Amandiers s’est installée dans une petite rue calme, où bistrot de quartier, école primaire et terrain de sport côtoient de grandes fresques de street art. L’ambiance y est tout sauf vieillissante – et c’est précisément ce qui a inspiré l’équipe de cette maison du groupe Korian, mastodonte européen des EHPAD (Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes). Car, depuis un peu plus de deux ans, elle est la seule du groupe à posséder une véritable commission culturelle et artistique, qui propose un programme dense à ses résidents.
« Nous voulions être à l’image du quartier, en tenant compte à la fois de la mixité sociale et de l’intérêt pour l’art. »
Richard Michel, directeur de l’EHPAD
Richard Michel, son souriant directeur, introduit le propos en nous parlant de ce « terrain favorable », en plein cœur du 20e arrondissement : « Nous voulions être à l’image du quartier, qui est un environnement très riche, en tenant compte à la fois de la mixité sociale et de l’intérêt pour l’art ». C’est en effet ici que vivent et travaillent les jeunes artistes de la capitale (par exemple à la Villa Belleville, un établissement de la Ville de Paris qui accueille les artistes sans ateliers), ici aussi que les branchés n’ont pas encore totalement chassé les populations populaires (« Je ne suis pas sûr que dans le 16ème arrondissement, bien plus homogène, notre mission serait possible ») – selon bien des sources, le dernier arrondissement de Paris serait depuis quelques années le premier en termes de qualité de vie.
L’une des équipes de jour de l’EHPAD Korian, Les Amandiers, devant une fresque de street art, rue des Cendriers
© Maurine Tric
De fin de vie, plutôt, car les Amandiers ne sont plus tout jeunes : la moyenne d’âge y est de 86 ans, et nombre de pensionnaires sont atteints de maladies graves. Pas de quoi décourager Richard Michel, optimiste quant à l’efficacité des rendez-vous culturels de son EHPAD : « Près de la moitié de nos résidents s’intéressent au moins à quelque chose ! ». Bien sûr, chaque pensionnaire a ses goûts, ses affinités. C’est pourquoi il est important, nous explique-t-il, de « multiplier les disciplines ». Un coup d’œil au programme de la semaine nous en fournit l’exemple : lundi, c’est cinéma, avec le Pas si bête réalisé par André Berthomieu en 1946 ; mardi, quiz sur la France ; jeudi, club lecture ; et vendredi, musicothérapie.
Des résidents, accompagnés de Sabrina Marcelli, animatrice, et d’une stagiaire, sortant du conservatoire municipal du XXe arrondissement Georges Bizet, l’un des partenaires artistiques de l’EHPAD Korian Les Amandiers
© Maurine Tric
Ici, « la culture se frotte volontiers au ludique et au thérapeutique », poursuit le directeur. Un format adapté, donc, pour plus d’efficacité : « À l’épreuve des faits, les personnes âgées sont beaucoup plus ouvertes qu’on ne le croit ». De nombreuses portes s’ouvrent alors, sur des collaborations avec les écoles primaires pour faire dialoguer les générations, ou sur des partenariats pour accueillir des expositions, que le public peut venir visiter gratuitement. L’invitation au prochain récital de piano donné par le pianiste Stéphane Haran précise d’ailleurs que « les familles et proches des résidents sont cordialement invités ». Le monde peut donc pénétrer à l’intérieur de la maison de retraite, qui apparaît poreuse et permet les échanges, les respirations.
C’est d’ailleurs quelque chose qu’Alberte, 88 ans, goûte de plus en plus. Nous recevant gentiment dans la pièce où elle vit depuis un an et demi, elle apprécie aussi bien de « pouvoir décorer sa chambre » avec des aquarelles peintes par ses proches, que d’assister à quelques concerts avec sa fille, voisine de la maison de retraite. Très solitaire, Alberte avoue tout de même que les activités culturelles programmées par Les Amandiers l’aident à dialoguer avec les autres pensionnaires : « Il faut quand même parler », sourit-elle. Les expositions ? « Je ne participe pas, car c’est souvent de l’art moderne ; or, moi, je suis plutôt classique. » Par contre, le pianiste d’il y a quinze jours (Fabrice Eulry)… « Une merveille ! »
Projection cinématographique en Cinémascope, suivi d’un débat, avec un cinéphile passionné Hugues Alexandre, à l’EHPAD Korian Les Amandiers
© Maurine Tric
Multiplier les pistes de rencontres, fussent-elles réelles ou culturelles, pour entretenir la curiosité.
C’est le principal atout de cette programmation : « On voit des personnes très isolées s’ouvrir aux autres », reprend le directeur en prenant l’exemple d’Alberte. Aussi, l’homme fourmille d’idées pour faire naître toujours plus de connexions… Certaines particulièrement excentriques : « Je vais faire venir un artiste-tatoueur pour toute une famille ! ». On s’étonne : comment ça ? Il explique, l’œil gourmand, avoir voulu unir une grand-mère à ses enfants et petits-enfants en leur suggérant de tous accueillir un petit tatouage, au même motif. Et ils ont dit oui !
Débat animé sur les romans de la rentrée à la libraire Libre Ère
© Maurine Tric
Rien ne semble donc pouvoir arrêter ce directeur à l’enthousiasme et au franc-parler détonants. Il a organisé entre ces murs une master class avec la comédienne Colette Roumanoff, des lectures de contes haïtiens, a permis l’accueil d’un tournage avec Isabelle Huppert (certains résidents y ont été figurants !), a accueilli les élèves du conservatoire Georges Bizet pour une soirée poétique, a organisé un atelier de sculpture… Il connaît bien ses résidents, encourage untel à participer à des concours de nouvelles, lit les poèmes d’un autre… En sortant de la maison de retraite, on s’arrête un instant à la librairie toute proche, Libre Ère, avec qui l’EHPAD organise des conférences, des signatures et des lectures, et le libraire abonde : « Oui, les résidents sont très réceptifs ! Parfois, ils viennent, on les aide à choisir, mais souvent ils savent exactement ce qu’ils veulent et sont très précis ».
Prochain projet : l’apprentissage du street art. « Ils vont aller graffer », nous glisse le directeur, hilare, avant de nous raconter la fois où il a organisé un speed dating dans le restaurant de la maison de retraite. On s’écarte un peu du sujet, pensons-nous, mais il continue : « Il ne faut pas avoir d’hésitation, ni de critères de jugement », mais multiplier les pistes de rencontres, fussent-elles réelles ou culturelles, pour entretenir la curiosité. Alors, bilan, l’art et la culture aident-ils à vieillir ? « Vous savez, une fois, un grand dépendant m’a dit que tout ce qu’on faisait permettait de « voyager sans se déplacer ». Voilà. » Qui sait, les EHPAD pourraient bien devenir des lieux de vie comme les autres !
Maison de Retraite Korian Les Amandiers
5-7, rue des Cendriers, 75020 Paris
En savoir plus : https://www.korian.fr/maison-retraite/ehpad-korian-les-amandiers-paris-75020
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