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Grand déballage d’art brut en 5 expos

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Publié le , mis à jour le
Si le projet de grand musée d’art brut qui devait ouvrir à Hauterives a été abandonné, que les amateurs se consolent car, cet hiver, fleurissent dans l’Hexagone diverses manifestations dédiées à ce pan singulier de l’art théorisé en 1947 par Jean Dubuffet et englobant les productions de malades psychiatriques, de médiums et d’autodidactes « indemnes de culture artistique ». Voyage, en cinq expos, aux confins de la création.

1. L’art-thérapie avant la lettre au musée Victor Hugo

Pourquoi présenter des créations de malades mentaux dans l’appartement parisien qu’occupa Victor Hugo entre 1832 et 1846 ? Parce que l’artiste fut lui-même confronté à la maladie mentale de son frère Eugène et de sa fille Adèle. Ce faisant, le musée poursuit son exploration des territoires qui s’ouvrirent en périphérie du champ artistique à la fin du XIXe siècle et qui passionnèrent Hugo. Y sont actuellement présentées 200 œuvres ayant appartenu à quatre des premières collections psychiatriques, constituées entre 1840 et les années 1920 : d’abord celle fondée par le docteur Brown au sein du Crichton Royal Hospital en Écosse, puis celle rassemblée à l’asile de Villejuif par le docteur Auguste Marie, présentée dans son « petit musée de la folie ». Suivent une série de productions créées dans la clinique suisse de la Waldau, ainsi que plusieurs pièces importantes provenant de l’hôpital psychiatrique de Heidelberg – matière première des Expressions de la folie d’Hans Prinzhorn, ouvrage clé dans la constitution des avant-gardes. L’occasion rare de se confronter à des créations extraordinaires et émouvantes, dont celles désormais célèbres d’Émile Josome Hodinos, August Natterer et Adolf Wölfli, entre autres.

Le Voyageur français, Sans titre
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Le Voyageur français, Sans titre, entre 1902 et 1905

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Aquarelle sur papier • © Coll. de l’Art Brut, Lausanne / Photo Claude Bornand

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La folie en tête, aux racines de l’art brut

Du 16 novembre 2017 au 18 mars 2018

2. Fulgurances du pays du Soleil-Levant

Depuis sa création, le bien nommé Lieu Unique de Nantes se distingue par son audace en matière de programmation artistique. Pour l’heure, il nous dévoile 900 productions de 42 créateurs souffrant de troubles psychiques. Réalisée en partenariat avec deux associations sociales nippones (Glow, Aiseikai), la Cité des Congrès et le CHU de Nantes, cette exposition est baptisée « Komorebi », terme qui désigne la lumière du soleil filtrant à travers les feuilles des arbres et, métaphoriquement, la lumière intérieure traversant les fêlures. Variées dans leurs formes, styles et matériaux, ces productions authentiques – faites de recyclage, de détournements et d’obsessions, chargées de mystère et d’éphémère –, qui ne nous sont a priori pas adressées, nous entraînent dans un voyage intérieur, par effet de ricochet. L’œuvre d’êtres visionnaires, bâtisseurs de l’impossible, dont on aurait tort de se priver.

Kenichi Yamazaki, Sans titre
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Kenichi Yamazaki, Sans titre, sans date

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Feutre et crayon de couleur sur papier millimétré • 18 × 26 cm • Coll. Borderless Art Museum NO-MA, Ōmihachiman

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Koromebi - Art brut japonais

Du 22 octobre 2017 au 14 janvier 2018

3. Éruptions balkaniques

Poursuivant sa mission d’interroger les notions d’art brut et d’art singulier, la joyeuse Halle Saint-Pierre se focalise cette fois sur les travaux d’une vingtaine d’artistes originaires des Balkans ayant œuvré au cours des soixante dernières années. Selon Martine Lusardy, directrice de la Halle Saint-Pierre et commissaire de l’exposition, « TURBULENCES est la métaphore d’expériences intimes mises en images, en émotions et en réflexions », dans une région où l’art brut émerge doucement mais sûrement. De ces « visionnaires indépendants et autonomes au sens littéral du terme, tels que les désigne Nina Krstic (conservatrice du musée d’Art Naïf et Marginal de Jagodina en Serbie), artistes qui créent en dehors de tout cliché, soumis uniquement au diktat propre de leur conscience, sans expérience de la culture dominante », on peut entrevoir les songes et les cauchemars, les réflexions et les sentiments. On en sort effrayé, interloqué, hypnotisé ou ému aux larmes, mais jamais indifférent !

Vojislav Jakic, Dessin Meurtrier
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Vojislav Jakic, Dessin Meurtrier, 1973

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Techniques mixtes sur papier • 622 x 312 cm • Coll. Musée National de Kraljevo

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Turbulences dans les Balkans

Du 7 septembre 2017 au 31 juillet 2018

4. Les mondes flamboyants d’Anselme Boix-Vives

La première exposition muséale monographique consacrée à l’œuvre foisonnante d’Anselme Boix-Vives vient d’ouvrir à Chambéry. L’occasion idéale pour s’immerger dans le monde coloré de ce peintre né en 1899 dans une famille très pauvre de la province de Castellón en Espagne, immigré en France à l’âge de 18 ans. 80 œuvres ont été triées sur le volet parmi les plus de 2 400 que le créateur autodidacte, qui n’a jamais été scolarisé, a peintes de juillet 1962 à juillet 1969, les sept dernières années de sa vie. Poussé par son fils Michel et inspiré par le téléviseur toujours allumé, dans sa cuisine, Anselme composa d’incroyables paysages, des scènes oniriques et tourmentées peuplées de monstres, mais également de Kennedy assassiné et des effigies du pape Jean XXIII. De son vivant déjà, ses peintures séduisirent André Breton et quelques galeristes clairvoyants. À Chambéry, on découvre également le premier manifeste pour la paix mondiale et les divers « plans de paix universels » élaborés entre 1955 et 1961 par ce primeur qui avait fait fortune en Tarentaise (Brides-les-Bains, Moûtiers et Courchevel), en toute simplicité.

Anselme Boix-Vives, Grand animal noir
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Anselme Boix-Vives, Grand animal noir, 1967

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Huile sur carton • © Alain Margaron

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Anselme Boix-Vives

Du 25 novembre 2017 au 11 mars 2018

5. La maison des arts brut, singulier & autres

À la suite du décès du relieur montpelliérain Fernand Michel en 1999, ses fils ont décidé d’ouvrir sa maison et son atelier au public afin qu’il découvre l’univers fantasque de leur « artiste zingueur » de père. Depuis lors, les collections de l’atelier-musée n’ont cessé de s’enrichir, au point que ce lieu dédié à l’art brut et singulier a dû fermer entre 2009 et 2016 pour s’agrandir. Y sont désormais présentées quelque 750 pièces de 250 créateurs rattachés à l’art brut, à l’art singulier, à la figuration libre, au Folk Art, à l’Art Outsider et au Mailing Art. Ce mois-ci, on peut aussi y admirer les boîtes-théâtres magiques de Paul Duchein, un pharmacien à la retraite de Montauban : d’étonnants univers en miniature mêlant collages et assemblages d’objets de récupération destinés à « faire naître un petit sentiment poétique dans un espace clos », du souhait de leur créateur – fenêtres ouvertes sur des songes baptisées la Chambre d’Ariane, le Reliquaire de haute mer, la Princesse de Pétra, la Dame Blanche ou l’Île aux trésors.

Paul Duchein, L’Île au trésor
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Paul Duchein, L’Île au trésor, 2008

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Technique mixte, boîte peint enrichi d’objet en volume • 60 × 40 cm • © DR

Retrouvez dans l’Encyclo : Art brut Jean Dubuffet

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