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Décryptage

Crise des réfugiés : quand l’art se mobilise

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Publié le , mis à jour le
Ventes aux enchères, festivals, ateliers de création… Ces derniers mois, les initiatives artistiques en faveur de l’accueil des réfugiés se sont multipliées. Dernier cas en date : le festival « Welcome », au Musée national de l’histoire de l’immigration jusqu’au 24 novembre. L’occasion de souligner, et de saluer, un élan de solidarité dans le monde de l’art.
Rirkrit Tiravanija, Untitled 2017 (we dream under the same sky, new york times, january 26, 2017)
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Rirkrit Tiravanija, Untitled 2017 (we dream under the same sky, new york times, january 26, 2017), 2017

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Œuvre mise en vente lors de la vente de charité, « We dream under the same sky », organisée par le Palais de Tokyo en septembre 2017 en faveur des réfugiés.

Peinture à la main sur papier journal • 228,6 x 185,4 cm • Courtesy Rirkrit Tiravanija et galerie Chantal Crousel, Paris / Photo Florian Kleinefenn

Qui a dit que l’art était déconnecté des réalités ? Alejandro Iñarritu, Bissane Al Charif, Yannis Behrakis, Bouchra Khalili, Kader Attia, Zineb Sedira… Tous sont artistes et rendent compte dans leur travail de l’expérience du déracinement, combattent les préjugés à l’égard des réfugiés tout en souhaitant alerter la population. Évidemment, certains verront là des œuvres bercées de bonnes intentions, mais n’ayant d’existence que pour les populations privilégiées qui fréquentent les musées et, finalement, n’aidant concrètement en rien l’amélioration des conditions de vie des réfugiés. Peut-être n’auront-ils pas complètement tort…

Pourtant, les images, omniprésentes dans notre quotidien, façonnent inévitablement notre regard sur le monde et, parfois même, poussent à l’action. Leur pouvoir dans l’évolution des mentalités est indéniable, d’autant que certains projets engagés s’exposent dans l’espace public et sont fréquemment relayés par les médias, à l’instar de ceux du street artist Banksy et de l’artiste dissident chinois Ai Weiwei. Début octobre, ce dernier disséminait dans New York près de 300 œuvres, des portraits de réfugiés et des sculptures monumentales questionnant la notion de frontière.

Ai Weiwei, Circle Fence
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Ai Weiwei, Circle Fence, 2017

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Clôture posée à New York autour de l’Unisphère de Flushing Meadows-Corona Park • © Frank Franklin II / AP / SIPA

Au même moment, et à l’autre bout du monde, la ville de Montluçon accueillait une manifestation artistique ponctuée d’installations et de performances. L’une d’elles, Speed Telling, mettait en scène des habitants immigrés, chacun assorti d’une table et d’une chaise, racontant dans la rue à qui voulait bien les entendre leur parcours migratoire. Pour Carole Thibaut, directrice du théâtre des Îlets à l’origine du projet, il s’agissait de « susciter des rencontres entre des Montluçonnais, immigrés des anciennes générations, et des nouveaux arrivants ». Au-delà des discours et des représentations de la crise migratoire, le monde de l’art prouve aussi qu’il sait passer à l’action. Certaines initiatives citoyennes ne se contentent d’ailleurs plus seulement d’attirer l’attention sur le drame des réfugiés mais prennent la mesure de l’urgence de la situation, tentant d’avoir un impact, direct et positif, sur les conditions de vie de ceux-ci.

Mona Hatoum, Afghan (red and orange)
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Mona Hatoum, Afghan (red and orange), 2008

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Œuvre mise en vente lors de la vente de charité, « We dream under the same sky », organisée par le Palais de Tokyo en septembre 2017 en faveur des réfugiés.

Laine • 107 x 180 cm • Courtesy Mona Hatoum et galerie Chantal Crousel, Paris / Photo Florian Kleinefenn

Cet automne, deux initiatives françaises sont à retenir. Mi-septembre, le Palais de Tokyo organisait « We dream under the same sky  » (« Nous rêvons sous le même ciel »), une série d’événements de sensibilisation aux enjeux des réfugiés et une vente aux enchères caritative. Encore une façon pour le milieu culturel de se donner bonne conscience ? Il faudrait plutôt y voir une mobilisation sincère et, avant tout, efficace. 26 pointures de l’art contemporain, dont Cindy Sherman, Mona Hatoum ou encore Wolfgang Tillmans, ont fait don d’une de leurs œuvres. 1,9 millions d’euros ont été levés, soit près de quatre fois le montant que l’État reverse chaque année aux cinq associations bénéficiaires sélectionnées pour la manifestation, parmi lesquelles Thot, une école de français, et La Cimade, accompagnant les migrants dans leur accès aux droits.

Vue d’un des espaces de « L’Atelier des artistes en exil »
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Vue d’un des espaces de « L’Atelier des artistes en exil », 2017

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© Medhat Soody

Au lendemain de la clôture de l’événement, au 102 rue des Poissonniers à Paris, L’Atelier des artistes en exil voyait le jour. Un espace de 1000 mètres carrés, composé d’ateliers, de studios de répétition, d’enregistrement et d’espaces partagés, est mis à la disposition des créateurs demandeurs d’asiles et réfugiés. L’association compte aujourd’hui près de 150 adhérents.

Babi Badalov, Refugee Refused
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Babi Badalov, Refugee Refused, 2016

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Œuvre présentée au festival « Welcome! » au musée de l’Histoire de l’Immigration.

Encre sur papier • 29,7 × 21 cm • © Nicolas Brasseur / Courtesy Galerie Jérôme Poggi, Paris

Ils ont fui la Syrie, le Cameroun, la Somalie ou encore l’Afghanistan, et pratiquent tous les arts. « On cherche aussi à répondre aux besoins des individus en leur apportant une assistance administrative, juridique ou psychologique. Car beaucoup ici ont vécu des choses très dures », précise Judith Depaule, metteuse en scène et co-fondatrice du lieu. Cette dernière préparait alors « Visions d’exil », une manifestation pluridisciplinaire qui, dans le cadre du festival « Welcome » du Musée de l’histoire de l’immigration, proposait des débats, concerts, spectacles et ateliers du 10 au 18 novembre autour des questions d’exil et des artistes réfugiés. À l’image des acteurs engagés du champ culturel, Judith Depaule agit avec ambition et réalisme. Plus encore, elle démontre que ce sont bien les initiatives émanant de tout un chacun, dans la société civile, qui contribuent à changer le monde.

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L’Atelier des artistes en exil

102 Rue des Poissonniers, 75018 Paris

http://aa-e.org/fr/

Retrouvez dans l’Encyclo : Cindy Sherman

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