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Entretien

David Zwirner : « La France croit davantage en son avenir »

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Faut-il y voir un signe de l’attractivité renouvelée de la capitale ? C’est à Paris que ce géant du marché de l’art new-yorkais, également installé à Londres et Hong Kong, ouvre sa première galerie d’Europe continentale. Explications.
David Zwirner dans son bureau de New-York
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David Zwirner dans son bureau de New-York

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© Photo Jason Schmidt / Courtesy David Zwirner, New York-Londres-Hong Kong-Paris

Quel rapport entretenez-vous avec Paris ?

J’ai grandi à Cologne où mon père dirigeait une galerie renommée et très connectée au marché de l’art parisien. Dès mon enfance, je m’y suis donc rendu souvent. Quand j’ai ouvert ma propre galerie aux États-Unis, en 1993, j’ai beaucoup voyagé en Europe et à Paris, où nombre d’artistes que je défendais, comme Luc Tuymans ou Franz West, ont été exposés. Je m’y suis promené pour me renseigner sur la scène artistique car j’essayais de constituer un groupe d’artistes à représenter. J’ai aussi énormément fréquenté le Louvre, qui est mon musée préféré.

« Avoir un pied en Europe nous a permis de nous développer de façon très satisfaisante. »

Pourquoi ouvrez-vous une galerie à Paris ? Est-ce à cause du Brexit ?

Nous avons ouvert une galerie à Londres, il y a six ans. Avoir un pied en Europe nous a permis de nous développer de façon très satisfaisante. Cependant, quand le Brexit est devenu une réalité, j’ai accéléré mes recherches d’un espace à Paris afin de renforcer l’impact de la galerie londonienne et de m’adresser à davantage de conservateurs et collectionneurs européens. Je me suis véritablement décidé quand Hélène Nguyen-Ban et Victoire de Pourtalès m’ont annoncé que la galerie VNH allait fermer et m’ont demandé si cela m’intéresserait de reprendre leur espace. Il est très beau, très central, proche du musée Picasso, du Centre Pompidou et de galeries d’art importantes. On s’y sent comme dans un centre d’art visuel. J’aime aussi le fait qu’une galerie soit au rez-de-chaussée et possède une lumière naturelle. De plus, cet endroit est lié à Yvon Lambert, qui y a développé l’une des plus exigeantes programmations artistiques en France.

Vous avez la réputation d’aimer l’architecture, d’avoir l’intention d’ouvrir une galerie à Chelsea avec Renzo Piano en 2020. Avez-vous demandé à un architecte de réaménager l’espace ?

Oui et non. J’ai confié à mon amie Annabelle Selldorf, qui, jusqu’à présent, a aménagé mes autres galeries, la rénovation de cet espace. Comme j’avais hâte d’ouvrir, ses interventions ont été très légères. Nous avons fluidifié les circulations et rafraîchi le décor en améliorant l’éclairage. Il y aura, sans doute, un acte II, mais Annabelle m’a suggéré d’engager un architecte local pour nous aider, car nous devons nous conformer aux normes de la ville de Paris. Nous y travaillerons, sans doute, l’été prochain.

Vous allez inaugurer la galerie en exposant Raymond Pettibon. Pourquoi cet artiste et cet intitulé d’exposition : « Frenchette » ?

J’espérais que vous pourriez me l’expliquer. Je pense que le mot ne signifie rien en particulier mais veut certainement dire quelque chose, peut-être en lien avec la sexualité, ce qui ne m’étonnerait pas. C’est Raymond qui m’a dit un matin que le titre définitif serait « Frenchette ». Raymond Pettibon est fortement lié à ma galerie : je l’expose depuis près de vingt-cinq ans. Il me semble qu’il est l’une des voix essentielles de l’art américain, un immense artiste visuel mais également un commentateur de la culture contemporaine, des zones d’ombre de notre société, un artiste éminemment politique et qui a des racines parisiennes très profondes – il compte ici de nombreux admirateurs et collectionneurs. En parallèle, il a été sollicité par Kim Jones, directeur artistique de Dior Homme, pour collaborer à la collection automne-hiver 2019. Cela n’était pas planifié, mais j’aime l’idée d’inaugurer la galerie à Paris avec un artiste qui travaille avec une société et des talents locaux.

Raymond Pettibon, No Title (The Rainmaker)
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Raymond Pettibon, No Title (The Rainmaker), 2019

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Feutre sur papier • © Raymond Pettibon / Courtesy David Zwirner New York- Londres-Hong Kong-Paris

Que pensez-vous du marché de l’art en France, et de la Fiac en particulier ?

Nous avons été présents à la Fiac ces dix dernières années. Ce n’était pas au départ le meilleur événement artistique au monde mais incontestablement le plus beau, dans l’écrin somptueux du Grand Palais. Cependant, les affaires y sont devenues plus florissantes ces trois dernières années. Les choses évoluent favorablement désormais. Nous sommes également heureux de voir se développer des centres d’art tels que la fondation Louis Vuitton, qui a donné une énergie nouvelle à la ville. Et l’année prochaine, la collection François Pinault à la Bourse de Commerce donnera encore plus d’attrait à Paris, qui possède déjà les musées les plus extraordinaires mais également des lieux incroyables dédiés à l’art contemporain. Tout cela inspire les collectionneurs et joue un rôle primordial sur le marché de l’art en France.

En avril 2018, vous étiez le premier à dire que, dans le but d’aider les petites galeries, les grandes devraient payer plus cher leur présence dans les foires. Pourtant, certains craignent aujourd’hui votre arrivée à Paris. Qu’en pensez-vous ?

Ma galerie principale se trouve à New York, où la concurrence est la plus féroce. Or, cela aide le marché. Les galeries qui produisent un travail intéressant attirent toujours plus de clientèle. Il me semble au contraire que notre présence à Paris aura un effet positif car nous arrivons avec une liste de collectionneurs qui viendront nous voir, certes, mais visiteront aussi d’autres galeries. C’est de cette façon que le monde de l’art fonctionne : plus il s’élargit, plus il devient fort. Particulièrement dans une ville comme Paris, où une grosse partie du marché est internationale. Ces galeries dont vous parlez n’ont donc aucun souci à se faire.

« L’esprit français me paraît plus optimiste qu’auparavant, et très pro-européen. Je suis aussi un Européen convaincu. »

Vous représentez 40 artistes mais plus aucun Français, après en avoir eu deux. Pourquoi ?

Nous ne discriminons ni l’âge ni la nationalité. Il y a de nombreux pays dont je ne présente pas d’artistes, cela n’a rien d’exceptionnel. Concernant Adel Abdessemed auquel vous faites référence, nous avions pour but de le faire connaître aux États-Unis. Mais nous n’avons pas su l’aider et nous nous sommes séparés, après avoir eu plaisir à représenter ce merveilleux artiste. Quant à Yan Pei-Ming, j’ai toujours pensé que notre collaboration serait brève. Mais il est évident que dans les années à venir nous collaborerons avec d’autres artistes français. Être au bon endroit au bon moment est essentiel. Il me semble que le moment que j’ai choisi pour m’installer à Paris est le bon.

Comment définiriez-vous « l’esprit français »?

L’esprit français me paraît plus optimiste qu’auparavant, et très pro-européen. Je suis aussi un Européen convaincu. Plus nous dispensons de la culture, plus nous en produisons et la partageons avec un large public, plus nous contribuons à faire comprendre que l’avenir n’est pas dans le nationalisme mais dans l’ouverture des frontières et dans les échanges. Je pense arriver dans un pays qui croit davantage en son avenir. Et j’ai très hâte d’y être.

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Fiac 2019

Du 17 octobre 2019 au 20 octobre 2019

www.fiac.com

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Raymond Pettibon Frenchette

Du 16 octobre 2019 au 23 novembre 2019

www.davidzwirner.com

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