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L'ÉDITO DE FABRICE BOUSTEAU

Dormir au musée : une fausse bonne idée ?

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Publié le , mis à jour le

Devant le musée d’Histoire naturelle de Londres, trois fois par an, à 20 heures, une centaine d’hommes et de femmes en pyjama font la queue avec leur sac de couchage !

Pour 256 €, incluant un dîner au restaurant du musée, ils viennent profiter d’une multitude d’activités et surtout du privilège de dormir sur place, par terre où ils le souhaitent, à côté d’un dinosaure ou d’une girafe, jusqu’au matin, 7 heures.

11 expériences lancées par Airbnb

Le 1er mai dernier, la plateforme de réservation de logements Airbnb a présenté 11 expériences intitulées « Iconiques », qui permettent de dormir dans des lieux inouïs, comme dans la maison Purple Rain du musicien pop Prince et surtout au musée d’Orsay, dans une chambre créée spécialement par le designer Mathieu Lehanneur (qui a par ailleurs imaginé la torche des JO de 2024) derrière l’horloge de cette ancienne gare, avec un accès à la collection impressionniste.

L’emblématique Salon de l’Horloge du musée d’Orsay, transformé en chambre luxueuse par le designer Mathieu Lehanneur
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L’emblématique Salon de l’Horloge du musée d’Orsay, transformé en chambre luxueuse par le designer Mathieu Lehanneur, 2024

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De la terrasse du musée, vous assisterez à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques sur la Seine • © Frederik Vercruysse

Et ce sera gratuit car seules quelques places seront disponibles, sur réservation (à partir du 21 mai), les invités étant choisis sur lettre de motivation ! En 2019, le Louvre, via la même plateforme, avait également invité deux chanceux à un apéritif devant la Joconde, à un dîner avec la Vénus de Milo et à une nuit sous la pyramide de Pei.

Favoriser la démocratisation culturelle

Couverture du livre intitulé « Nu avec Picasso » d’Enki Bilal
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Couverture du livre intitulé « Nu avec Picasso » d’Enki Bilal

Si ces opérations s’apparentent à de gigantesques coups de com et ne favorisent pas vraiment la démocratisation culturelle, elles témoignent du fantasme de la vie secrète des musées et des œuvres, une fois la nuit tombée. La maison d’édition Stock a ainsi lancé en 2018 sa collection « Ma nuit au musée » où elle invite des écrivains installés dans l’établissement et la salle de leur choix, munis d’un lit de camp, d’une torche, de papier, d’un crayon, à laisser libre cours à leur inspiration, du crépuscule à l’aube.

Une quinzaine de ces livres expériences ont déjà été publiés : celui d’Enki Bilal, qui a dormi nu au musée Picasso, de Leïla Slimani faisant face aux spectres de Venise à la Punta della Dogana ou encore d’Éric Chevillard au Muséum national d’histoire naturelle, à Paris. Des récits qui tous oscillent entre fiction et question intime et qui révèlent combien les œuvres d’art sont des muses infinies.

« Comment dort-on, au pied de la statue la plus célèbre du monde ? Bien ? Mal ? Pas du tout. »

Jakuta Alikavazovic

Comme l’écrit l’autrice Jakuta Alikavazovic, qui a mis son lit au pied de la Vénus de Milo : « Comment dort-on, au pied de la statue la plus célèbre du monde ? Bien ? Mal ? Pas du tout. On ne dort pas du tout au pied de la statue la plus célèbre au monde. » Des nuits si particulières et si rares que l’on aimerait que les musées prennent davantage soin de nos jours, en limitant parfois la jauge d’accueil, afin que l’on puisse voir les œuvres de nos deux yeux, pas avec un visiteur ou un téléphone portable qui nous en cache la vue.

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