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Zdzisław Beksiński, Sans titre
© Historical Museum in Sanok / Zdzisław Beksiński
C’est à Sanok, en pleine campagne polonaise, au cœur des montagnes Bieszczady, que naît Zdzisław Beksiński en 1929. Durant la Seconde Guerre mondiale, lui, enfant, et ses parents sont témoins d’atrocités commises par les nazis dans cette petite commune. Des images indélébiles qui joueront certainement (même s’il n’en parlera jamais et restera très secret sur l’origine et le sens de ses œuvres) un rôle déterminant dans le caractère sombre de son art, hanté par des squelettes, des ruines et des corps décharnés… À cela s’ajouteront les années d’après-guerre, marquées par l’asservissement de la Pologne au stalinisme, qui nourriront également son univers torturé par la solitude, l’absurdité et le désespoir, inspiré d’écrivains comme Kafka et Beckett.
Portrait de Zdzisław Beksiński
© Historical Museum in Sanok / Zdzisław Beksiński
Repéré par le directeur du musée Guggenheim de New York, qui lui propose une bourse d’études de six mois aux États-Unis, le peintre décline l’offre. Quitter son pays natal serait incompatible avec sa recherche artistique ! Admis à l’Académie des beaux-arts, il choisit finalement, sur les conseils de son père, d’étudier plutôt l’architecture à l’Université polytechnique de Cracovie. Peu passionné par la discipline, il retourne à Sanok pour y travailler quelques années à mi-temps en tant que designer de carrosseries d’autobus. Ses prototypes, trop modernes, sont refusés.
En parallèle, l’artiste pratique la photographie, le photomontage, la sculpture et le dessin. Ses clichés expérimentaux, où règnent visages déformés, paysages ravagés et poupées cauchemardesques à la Hans Bellmer, sont déjà inquiétants. Mais son univers s’assombrit encore plus lorsqu’il se jette à corps perdu dans la peinture figurative…
Zdzisław Beksiński, Sans titre
© Historical Museum in Sanok / Zdzisław Beksiński
Bâtiments envahis de plantes vénéneuses, cathédrales post-apocalyptiques, paysages lugubres, zombies hagards, squelettes, pierres tombales, figures menaçantes s’avançant dans des cimetières plongés dans la brume… Toujours sans titres, ses tableaux se révèlent effrayants. Leur univers fantastique se mêle à une facture très réaliste qui accentue le frisson. Perfectionniste, l’artiste reproduit en effet minutieusement les textures, qu’il s’agisse de la pierre, des végétaux ou de la peau, fignolant chaque tendon, veine et os du corps humain avec un pinceau virtuose…
Zdzisław Beksiński, Sans titre
© Historical Museum in Sanok / Zdzisław Beksiński
Organisée à Varsovie en 1964, sa première grande exposition de peintures est un succès : toutes ses toiles sont vendues. En 1977, il quitte Sanok pour s’installer à Varsovie avec sa femme et son fils dans un grand immeuble moderne à la périphérie de la ville. Sa mère et celle de son épouse vivent également dans l’appartement. Dans les années 1980, son travail devient connu à l’international.
Mais Beksiński est un personnage étrange. Avant de quitter Sanok, il brûle un certain nombre de ses tableaux dans l’arrière-cour de sa maison. Presque toujours cloîtré chez lui, ce grand mélomane, qui vit entouré de disques, n’a jamais quitté la Pologne, n’a jamais pris l’avion, ni assisté aux vernissages de ses expositions. Durant vingt-huit ans, il enregistre sur magnétophone puis en vidéo toute la vie de sa famille, fournissant une précieuse base documentaire au réalisateur Jan P. Matuszyński pour son film The Last Family (2016), qui plonge le spectateur dans l’intimité de ce foyer proche de la folie. D’apparence joyeuse et très porté sur l’humour noir, l’artiste donne beaucoup d’interviews, mais ces dernières ne permettent pas d’élucider sa peinture : on ne sait jamais s’il est sérieux ou ironique, notamment lorsqu’il avoue de terribles fantasmes de violences…
Et si ses œuvres imprégnées de noirceur n’étaient pas seulement des symptômes de ses névroses ? Et si elles avaient jeté une malédiction sur sa famille ? C’est ce que pensent de nombreux Polonais, persuadés que les Beksiński sont maudits et que cette situation découle des peintures morbides de l’artiste. Car de terribles tragédies n’ont cessé de s’abattre sur lui à partir des années 1990. Sa belle-mère, d’abord, qui vivait sous son toit, décède. Puis son épouse Zofia, dont il est très épris, meurt d’une rupture d’anévrisme en s’effondrant sans vie sur le sol de sa cuisine – scène que le peintre découvre et enregistre avec sa caméra… Un an plus tard, la veille de Noël 1999, son fils Tomasz (né en 1958) – un présentateur radio reconnu, atteint de dépression et survivant d’un terrible crash d’avion – se suicide après plusieurs tentatives.
Zdzisław Beksiński, Sans titre
© Historical Museum in Sanok / Zdzisław Beksiński
Mais l’horreur ne s’arrête pas là. Le 21 février 2005, trois jours avant son anniversaire, Beksiński lui-même est retrouvé mort assassiné de 17 coups de couteau. Le coupable est vite démasqué : il s’agit du fils de son homme à tout faire, Robert Kupiec, 20 ans, assisté d’un garçon de 17 ans, Łukasz Kupiec. Le premier est condamné à vingt-cinq ans d’emprisonnement, le second à cinq années de réclusion pour complicité. Mais pourquoi cet acte ? Selon les dires du meurtrier, l’artiste aurait simplement refusé de lui prêter de l’argent. Après le meurtre, les deux hommes ont volé deux appareils photo et une centaine de disques CD, sans toucher aux toiles…
Aussi violent qu’incompréhensible, ce crime apparaît terriblement en phase avec l’obsession du peintre pour la mort et son absurdité tragique. Sa dernière œuvre, à peine sèche au moment du drame, représente une plaque de métal carrée, rouillée et rongée par le temps, affichant deux plis qui dessinent une croix en son centre. Un présage annonçant celle qui ornera bientôt sa tombe ? De quoi être tenté de se lancer dans une enquête paranormale. Ou de s’en abstenir afin de rester à l’abri de toute malédiction…
Le plus grand ensemble d’œuvres de Beksiński se trouve au musée Historique de Sanok, qui présente également une reconstitution de l’atelier de son appartement de Varsovie.
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