Portrait de François-Régis Gaudry
© AFP / Photo Joël Saget
« J’ai découvert Le Déjeuner des canotiers d’Auguste Renoir un peu par hasard, je devais avoir autour de 14–15 ans. Je me souviens avoir feuilleté cet énorme bouquin sur l’impressionnisme qui se trouvait sur la table basse du salon, dans la maison familiale. Je suis tombé sur ce tableau qui m’a immédiatement hypnotisé : non seulement parce que je savais qu’il était très connu, mais aussi parce que j’étais impressionné par la scène que je trouvais particulièrement vivante. Il s’en dégage une espèce d’indolence, de gaieté, de convivialité, qui m’a beaucoup marqué.
Ce qui m’attirait, c’était cet art de vivre des bords de Seine, quelques années avant la Belle Époque. Je sentais cette sensualité de fin de déjeuner. Ici, deux mains qui ne sont pas loin l’une de l’autre. Là, le rose aux joues qui montre un état de griserie ou de début d’ivresse. C’était un peu l’image que j’avais de l’art d’être à table à la française : converser, prendre du plaisir, partager avec ses amis… Je viens d’une famille où la table est très importante, avec des grands déjeuners dominicaux : les plats qui défilent, les bouteilles de vin qui se vident. En observant cette scène-là, je me disais : qu’est-ce qu’ils devaient être heureux de vivre à cette époque !
Pierre-Auguste Renoir, Le Déjeuner des canotiers, 1881
Huile sur toile • 130 x 173 cm • Phillips Collection, Washington (Etats-Unis) • © Musée Fournaise, Chatou
« Lorsque Renoir a peint cette toile, entre l’été 1880 et l’hiver 1881, il crevait la dalle. »
Ce tableau a continué de me suivre toute ma vie. Je l’avais même en fond d’écran sur mes premiers ordinateurs. J’ai voulu l’exposer à la Conciergerie dans ‘Paris, capitale de la gastronomie’ dont je suis le co-commissaire. Malheureusement, la Phillips Collection à Washington n’a pas pu nous le prêter. Je ne l’aurais donc jamais vu en vrai. Par contre, je me suis rendu à l’endroit même où Renoir l’a peint.
Le Déjeuner des canotiers a lieu sur le balcon de la maison Fournaise, une célèbre guinguette où le peintre a pris pension plusieurs fois. Quand j’y suis allé, j’avais l’impression d’entrer dans son tableau. Rien ne semblait avoir bougé. On pouvait imaginer Renoir qui posait son chevalet. Il y a aussi quelque chose de très émouvant dans cette toile : lorsque Auguste Renoir l’a peinte, entre l’été 1880 et l’hiver 1881, il crevait la dalle et n’avait pas un sou. À quelques francs près, cette œuvre aurait pu ne jamais exister, alors que c’est pour moi le plus grand tableau de Renoir. »
Paris, capitale de la gastronomie, du Moyen Âge à nos jours
Du 13 avril 2023 au 16 juillet 2023
Conciergerie • 2 Boulevard du Palais • 75001 Paris
www.paris-conciergerie.fr
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