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Jean Cotelle, Vue des parterres du Trianon de marbre avec Zéphyr et Flore endormie, 1688-1693
Huile sur toile • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • © Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Jean Cotelle, Vue des parterres du Trianon de marbre avec Zéphyr et Flore endormie, 1688-1693
Un décor de théâtre
Toutes verticales et de mêmes dimensions, les peintures de bosquets de Jean Cotelle comportent toujours un monde terrestre et un monde céleste, avec un ou plusieurs personnages. Encadrée par un arc de feuillage soutenu par un treillage, cette peinture ressemble à un charmant décor de théâtre… De quoi rappeler que le divertissement et la mise en scène du pouvoir sont la vocation première des bosquets du roi !
Huile sur toile • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • © Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Jean Cotelle, Vue des parterres du Trianon de marbre avec Zéphyr et Flore endormie (détail), 1688-1693
Le paradis du roi
Au centre du tableau, l’artiste reproduit minutieusement, avec une perspective digne de l’architecture, une allée rectiligne bordée de parterres symétriques et de deux rangées d’arbres taillés. Topographique et documentaire, la peinture de bosquets a pour but de restituer dans les moindres détails l’ordre idyllique et la fraîcheur enchanteresse de ces petits jardins aménagés avec art par l’architecte jardinier André Le Nôtre. Dédiés au plaisir de Louis XIV et de sa cour, ces cabinets de verdure et leurs représentations peintes soulignent le pouvoir du roi, le dieu créateur de son propre paradis !
Huile sur toile • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • © Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Jean Cotelle, Vue des parterres du Trianon de marbre avec Zéphyr et Flore endormie (détail), 1688-1693
Fines fleurs
Miniaturiste de formation, Jean Cotelle reproduit avec finesse les fleurs des parterres et leurs coloris, restituant chaque pétale au pinceau fin sur fond vert sombre. Influencé par son séjour de cinq ans en Italie, il s’inspire notamment du raffinement floral de Sandro Botticelli (Le Printemps, 1478–1482). Sa minutie fait écho au travail de fourmi des jardiniers du roi qui doivent tous les jours surprendre le monarque avec de nouvelles compositions visuelles et odorantes – un labeur rappelé par le râteau et la pelle disposés à gauche devant l’un des parterres… qui, à l’occasion de l’exposition présentée au Trianon, ont été refleuris d’après ce même tableau avec notamment des cosmos, des lys, des mufliers et 1 200 delphiniums !
Huile sur toile • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • © Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Jean Cotelle, Vue des parterres du Trianon de marbre avec Zéphyr et Flore endormie (détail), 1688-1693
Glorieuses fontaines
Symboles d’harmonie, de raffinement, d’abondance et de vie, les fontaines constituent souvent l’élément central de ces jardins où la nature se plie à une géométrie artificielle tout agrémentée de statues, bassins, tonnelles, faux oiseaux et autres artefacts. Roi de la démesure, Louis XIV raffolait de ces jets d’eau s’élançant vers le ciel comme pour fêter sa gloire. Acheminée à grands frais par des hydrauliciens depuis l’étang de Clagny et les méandres de la Bièvre, l’eau jaillissait des fontaines lors de somptueux spectacles musicaux…
Huile sur toile • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • © Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Jean Cotelle, Vue des parterres du Trianon de marbre avec Zéphyr et Flore endormie (détail), 1688-1693
Palais de marbre rose
Au fond du jardin s’alignent les colonnades du péristyle du Grand Trianon… où cette peinture est justement exposée et pour lequel elle a été réalisée ! Érigé dans le domaine de Versailles mais à l’écart de l’agitation de la cour du roi, cet harmonieux palais horizontal en marbre rose et porphyre, de style italien, fut commandé par Louis XIV à l’architecte Jules Hardouin-Mansart en 1687.
Huile sur toile • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • © Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Jean Cotelle, Vue des parterres du Trianon de marbre avec Zéphyr et Flore endormie (détails), 1688-1693
Zéphyr ailé et nymphe endormie
Volant dans le ciel bleu, ce jeune homme aux ailes de papillon n’est autre que Zéphyr, dieu du vent. Chez Cotelle, qui s’inspire du peintre bolonais Francesco Albani, les dieux et les déesses permettent d’incarner les sentiments délicieux provoqués par la visite de ces bosquets, sortes de parenthèses hors du temps et de la réalité. Ici Zéphyr reste suspendu dans les airs parce qu’il ne peut détourner son regard de Flore, la belle nymphe endormie sous un drap bleu. Entre érotisme et pudeur, cette rencontre amoureuse restitue bien l’atmosphère galante des bosquets où les couples se retrouvaient à l’abri des regards.
Huile sur toile • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • © Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Jean Cotelle, Vue des parterres du Trianon de marbre avec Zéphyr et Flore endormie (détail), 1688-1693
Sous l’œil des Grâces
Sur la gauche, deux des demoiselles de compagnie de Flore – font-elles partie des trois Heures (divinités de la nature, gardiennes des portes de l’Olympe et présidant au cycle de la végétation) ou des trois Grâces (incarnant la grâce et la beauté) ? – montrent Zéphyr du doigt. « Il la regarde, je le vois ! » semble dire l’une d’elles.
Huile sur toile • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • © Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Jean Cotelle, Vue des parterres du Trianon de marbre avec Zéphyr et Flore endormie (détail), 1688-1693
La sieste des anges
Délestés de leurs arcs et de leurs carquois, deux adorables puttis (petits anges symboles de l’amour témoignant de l’influence italienne chez Cotelle) se sont assoupis aux pieds de la nymphe, annonçant le dénouement amoureux de la rencontre. Car Zéphyr, tombé sous le charme de la jeune femme, ne va pas tarder à l’enlever et à l’épouser !
Huile sur toile • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • © Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Jean Cotelle, Vue des parterres du Trianon de marbre avec Zéphyr et Flore endormie (détail), 1688-1693
Offrandes printanières
L’une des compagnes de Flore, imitée un peu plus loin par un angelot, apporte à la nymphe des fleurs fraîchement cueillies. Selon le texte des Fastes d’Ovide, dont le peintre s’est inspiré, en épousant Flore, Zéphyr lui a donné la jeunesse éternelle et en a fait la souveraine des fleurs et des jardins. Associée à la fraîcheur du printemps et à la jeunesse, la déesse était célébrée en avril-mai par les Romains lors des Floralia, fêtes libertines arrosées de vin et de guirlandes de fleurs.
Huile sur toile • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • © Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Jean Cotelle, Vue des parterres du Trianon de marbre avec Zéphyr et Flore endormie (détail), 1688-1693
Nature morte
En associant une corbeille de fleurs à plusieurs objets précieux, Jean Cotelle a placé au premier plan une nature morte, genre très en vogue à l’époque. À droite, un gros arrosoir en or souligne le luxe extrême de Versailles. Le tout évoque plusieurs genres picturaux du XVIIe siècle : cabinets d’amateur (le commanditaire pose avec ses biens pour montrer son goût et sa richesse), allégories des cinq sens, vanités des biens terrestres. Sauf qu’ici, en ces lieux où les dieux et le pouvoir du Roi-Soleil se rencontrent, tout semble être promis à une jeunesse éternelle !
Huile sur toile • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • © Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Jean Cotelle. Des jardins et des dieux
Du 12 juin 2018 au 16 septembre 2018
Grand Trianon de Versailles • 78000 Versailles
www.chateauversailles.fr
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Une commande royale
En 1687, pour orner une galerie du Grand Trianon de Versailles, le Roi-Soleil commande à Jean Cotelle un ensemble de 21 tableaux qui, aujourd’hui restaurés, ont retrouvé leur lieu d’origine. L’artiste s’y démarque de la peinture de bosquets traditionnelle, genre réaliste développé à partir des années 1660, en remplaçant, par des figures mythologiques ou littéraires, les habituels courtisans en promenade…