Article proposé par Exponaute

La fresque monumentale de Keith Haring © Hôpital Necker – Enfants Malades, 2017
En 1987, peu après l’exécution de sa fresque monumentale à Paris, l’artiste américain Keith Haring notait avec bonheur dans son journal intime : « J’ai réalisé cette peinture pour amuser les enfants malades de l’hôpital, ceux qui s’y trouvent aujourd’hui et ceux qui y entreront dans le futur. » Soulagé et heureux de sa réalisation, l’artiste venait de passer en effet plusieurs jours à peindre les murs d’un imposant escalier extérieur accroché à une aile de l’hôpital Necker pour enfants malades, dans le XVe arrondissement de la capitale.
Avec l’aide de son petit ami Juan Rivera, l’artiste avait réalisé cette fresque bigarrée et imposante en étant suspendu au bout d’une grue ! Car les dimensions de l’œuvre donnent indéniablement le tournis : 27 m de hauteur sur 13 m de largeur ! Et pourtant, malgré sa taille phénoménale, l’œuvre n’a été réalisée qu’en seulement trois jours, le duo d’artistes ayant peint les 28, 29 avril et 5 mai 1987.

© Keith Haring Foundation – Jérôme de Noirmont
La fresque aux couleurs franches et animées, baptisée « Tower », a été restaurée et dévoilée au grand public dans le courant de la première semaine de septembre. On pourrait presque parler de renaissance, quand on connaît son parcours quelque peu chaotique. Profondément endommagée par le temps, la météo et la pollution, l’escalier extérieur sur lequel l’œuvre s’étale est passé à deux doigts de la démolition pure et simple, à une époque où l’Hôpital Necker commença à réfléchir à son propre plan de rénovations.
Il aura fallu toute l’énergie des galeristes Emmanuelle et Jérôme de Noirmont pour sauver la fresque : ceux-ci-ci ont en effet organisé une levée de fonds en partenariat avec la Fondation Keith Haring pour que la peinture soit sauvée de la destruction. Une fois la somme nécessaire rassemblée, un duo de restaurateurs formé par William Shank et Antonio Rava s’est attelé à la lourde tâche, mais avec toute la confiance de la Fondation.
Les deux amis s’étaient en effet chargés par le passé de la rénovation d’une autre œuvre de Haring, « Tuttomondo » que l’on peut admirer dans la ville de Pise, en Italie. Tuttomondo a été achevé un an seulement avant la mort du peintre américain, décédé du SIDA en 1990 à l’âge de 31 ans seulement.

Keith Haring au Stedelijk Museum d’Asmterdam, en 1986 © Wikimedia Commons
C’est donc un superbe cadeau qu’a offert Keith Haring aux petits pensionnaires de l’hôpital Necker que cette fresque pensée comme un symbole de joie, d’espoir et de fureur de vivre. Ses couleurs pures, franches, semblent s’animer sous les yeux du spectateur dans une symphonie chamarrée et réjouissante, avec ses silhouettes humaines qui paraissent danser autour de l’escalier extérieur.
Avec cette fresque offerte à Necker et ses petits malades, Haring soulignait déjà son engagement philanthropique, engagement qui allait trouver une continuité avec la création de la Keith Haring Foundation, association qui vient en aide aux enfants défavorisés et qui soutient la lutte contre le VIH.
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