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La Turquie interdit une exposition d’art sur la transidentité

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Affiche de l’exposition “Turn and See Back: Revisiting Trans Revolutions in Turkey”
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Affiche de l’exposition “Turn and See Back: Revisiting Trans Revolutions in Turkey”

Elle « incitait le public à la haine ». C’est le motif donné par les autorités turques pour justifier son interdiction d’une exposition explorant l’art et l’histoire de la communauté transgenre en Turquie, qui a été fermée de force par la police le 11 juillet.

Intitulée « Turn and See Back », cette exposition se donnait pour but de « revisiter les révolutions trans en Turquie » au Depo Istanbul, centre d’art à but non lucratif installé dans le cœur historique de la capitale. Ce lieu était déjà dans le viseur du gouvernement : son fondateur, le philanthrope Osman Kavala, est en prison depuis 2017, accusé par le gouvernement turc d’avoir aidé à financer des groupes terroristes et soutenu le coup d’État militaire raté de 2016.

Durant ses deux semaines de présentation, des centaines de visiteurs ont pu y découvrir des photographies, des œuvres en néon, d’anciennes bannières de la Pride, le fanzine trans Lubunya, ou encore une salle rendant hommage à une centaine de personnes transsexuelles assassinées ou s’étant suicidées depuis 1980 en Turquie.

Une politique de plus en plus répressive à l’égard de la communauté LGBTQIA+

Cet événement s’inscrit dans le cadre d’une politique de plus en plus répressive à l’égard de la communauté LGBTQIA+. En 2016, le président turc Recept Tayyip Erdoğan avait violemment réprimé une manifestation LGBT à Istanbul, et annoncé l’interdiction de la Pride afin de « préserver l’ordre public ».

Vue de l’exposition « Turn and See Back: Revisiting Trans Revolutions in Turkey » au Depo Istanbul en juillet 2024
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Vue de l’exposition « Turn and See Back: Revisiting Trans Revolutions in Turkey » au Depo Istanbul en juillet 2024

Au pouvoir depuis près de 10 ans, Erdoğan est connu pour son conservatisme religieux. Le chef d’État, qui a notamment déclaré que « les femmes ne peuvent être considérées comme les égales des hommes », révisé les manuels scolaires à l’aune du Coran, et reconverti la basilique Sainte-Sophie (pourtant au patrimoine mondial de l’UNESCO) en mosquée interdite aux étrangers et aux non-musulmans, décrit l’homosexualité et la transidentité comme des « déviances » « incompatibles avec les valeurs sociales, religieuses et familiales » du pays. Ni le mariage homosexuel, ni la cohabitation des couples LGBTQIA+ ne sont reconnus en Turquie, tandis que les opérations de changement de sexe, en théorie légales, sont empêchées dans les faits.

Radicalisation et déshumanisation

Vue de l’exposition « Turn and See Back: Revisiting Trans Revolutions in Turkey » au Depo Istanbul en juillet 2024
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Vue de l’exposition « Turn and See Back: Revisiting Trans Revolutions in Turkey » au Depo Istanbul en juillet 2024

La position d’Erdoğan sur la question s’est « radicalisée ces dernières années » en adoptant « une approche déshumanisante et criminelle » de la communauté LGBTQIA+, soulignait l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) dans un rapport de janvier 2023. Les organisations internationales observent en effet en Turquie une « augmentation des discours de haine et des campagnes de dénigrement contre les personnes LGBTQIA+ de la part des représentants de l’État et des médias », ainsi que des « violences et du harcèlement de la part de la police ». Vus comme une réponse excusable à une « provocation », les meurtres de femmes lesbiennes ou transgenres sont en général impunis en Turquie, qui possède le taux le plus élevé de meurtres de personnes transgenres en Europe.

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