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Prune Nourry, L’Amazone érogène, 2020
Bois, plume, laiton • 126 cm • Prune Nourry • © Le Bon Marché Rive Gauche
La phrase est aussi célèbre que son auteur : « Un jour, tous les grands magasins deviendront des musées et tous les musées deviendront des grands magasins. » Andy Warhol, visionnaire, l’avait prédit. Les centres commerciaux, voulant devenir des lieux de vie où l’on se balade entre amis pour passer des heures entières, ne pouvaient que se métamorphoser et multiplier les appâts. À Paris, Beaugrenelle, le Bon Marché ou encore les galeries Lafayette ont fait depuis des années place à l’art contemporain, et attirent les plus grands noms : Xavier Veilhan, Ai Weiwei, Felice Varini… Et si certains regardaient jusqu’ici d’un œil sceptique ces mariages fastueux entre art et produits, force est de constater qu’aujourd’hui, pour voir un peu d’art alors que les musées sont obligés d’hiberner, il faut se rendre au Bon Marché découvrir la dernière carte blanche offerte à Prune Nourry.
Prune Nourry, L’Amazone érogène, dessin préparatoire, 2020
Dessin • Prune Nourry • © Prune Nourry Studio
Le cadre est somptueux, et l’œuvre, intitulée L’Amazone érogène, ne l’est pas moins : une nuée de flèches se dirigent tout droit vers un sein en forme de cible, et un arc immense se tend au-dessus du rayon cosmétiques. L’idée ? S’inspirer de la figure guerrière des amazones et évoquer le combat contre le cancer du sein, que l’artiste a connu il y a peu. « Les deux contraintes des cartes blanches sont la suspension et le blanc », nous décrit-elle par mail, et souligne sa chance d’exposer dans un moment aussi difficile. L’artiste complète : « C’est paradoxal que ce soit les magasins qui restent ouverts et deviennent les lieux où on peut rencontrer l’art. C’est dans cette situation paradoxale que se fait mon exposition, elle-même faite de paradoxes. L’Amazone érogène est entre Éros et Thanatos, la vie et la mort, puisqu’on peut voir cette nuée de flèches comme une attaque de la maladie vers le sein, ou comme une nuée de spermatozoïdes vers un ovule ! »
L’art exposé dans les magasins serait donc source de vie : on aime à le croire, surtout en découvrant des initiatives telles que celle de la Chambre de commerce et d’industrie à Metz, qui a invité le jeune Virgile Bordin à s’emparer des vitrines de commerces ayant fermé à cause de la crise sanitaire. Au téléphone, le street artiste nous explique avoir immédiatement aimé cette envie de « dynamiser le centre-ville pour donner un bol d’air frais à ces commerces, et dédramatiser, balayer le négatif, laisser place à la magie ». Il a aussi dû travailler très vite : douze œuvres ont été produites, imprimées et collées en trois semaines après une commande en novembre, pour sauver décembre et célébrer la réouverture des commerces.
Exposition d’œuvres dans les commerces de Montpellier dans le cadre de l’opération “Essentiel” initiée par le MO.CO. À gauche : les œuvres de l’artiste montpelliéraine Charlette Knoll exposées dans la boutique “Bisous Skateboards”. À droite : Bruno Chaussignand et l’artiste Agathe David devant les œuvres exposées chez l’opticien “O Mil’yeux”, 2020
© MO.CO
« Cette frustration nous a donné envie d’intervenir là où le public pouvait venir. »
Nicolas Bourriaud
La rapidité des délais est un passage obligé de cette période soumise aux incertitudes, et se retrouve dans la mise en place de la programmation Essentiel du MO.CO. de Montpellier. Nicolas Bourriaud, directeur de l’institution, a songé à cette série d’expositions dans les boutiques du centre-ville en apprenant que le 15 décembre ne signerait pas la réouverture des musées : « Cette frustration nous a donné envie d’intervenir là où le public pouvait venir. » En travaillant de « manière conviviale » avec ses curateurs, des noms d’artistes ont émergé, de magasins aussi (notamment issus d’un comité de soutien lancé en octobre par les commerçants montpelliérains, le MO.CO. étant critiqué par la municipalité pour ses chiffres de fréquentation). En quelques jours seulement, l’idée est devenue réalité et une dizaine d’artistes de la région ont pu exposer dans autant de boutiques. Parmi eux, la plasticienne Fanny Gillequin nous confie : « on en a besoin ; on fait avec ce qu’on a, et c’est super d’être un peu soutenu ! »
Affiche de l’exposition « Rouge abyssal, profondeur d’une couleur » du collectif *clarté organisée dans six vitrines de Bordeaux, 2020
© Collectif Clarté
À Bordeaux, le mot « soutien » revient dans la bouche de Marie Houssay, étudiante en quatrième années à l’ICART et dont le collectif *clarté vient d’inaugurer une exposition dans six vitrines de la ville. « Il y a des cafés et des restaurants qui ne peuvent pas ouvrir et qui font du take-away : c’était intéressant pour eux que les gens viennent les voir. » Lassés des projets en ligne, les cinq curateurs, qui ont entre 20 et 23 ans, ont organisé en quelques semaines une exposition sur le thème « Rouge abyssal » en lançant un appel à projets. Résultat ? Une projection d’œuvres vidéo pour le week-end inaugural des 9 et 10 janvier dans un garage ouvert au public, une exposition de deux semaines en magasins et un finissage en performances, dans le même garage. Cartels explicatifs, QR codes qui mènent à une carte recensant toutes les boutiques : ils ont tout prévu !
Vitrine de la brasserie hub réalisée à quatre mains par les artistes Nikonografik et Resco à Roubaix, 2020
Graphisme • Photo © Nicolas Boulogne
Visibles de la rue, les vitrines seraient donc les lieux d’exposition favoris du moment : à Roubaix, douze artistes des ateliers RemyCo travaillent à investir depuis décembre les vitrines de cinquante commerces, pour une exposition qui durera jusqu’à l’été. Là encore, il s’agit d’unir deux forces blessées – les artistes en manque de travail et les commerçants mal lotis – pour redonner à chacun visibilité et perspectives. Et qui sait : comme l’espère Fanny Gillequin à Montpellier, « des gens qui ne sont pas intéressés par les galeries ou les musées pourront se retrouver face à des œuvres qui peut-être les toucheront… C’est une bonne expérience pour tout le monde ». La démocratisation culturelle en pleine crise sanitaire : enfin une nouvelle réjouissante !
Prune Nourry - L’Amazone érogène
Du 9 janvier 2021 au 21 février 2021
Le Bon Marché Rive Gauche • 24, rue de Sèvres • 75007 Paris
www.lebonmarche.com
Virgile Bordin à Metz
Jusqu’à fin janvier dans le centre-ville de Metz.
Metz • Place de la Comédie • 57000 Metz
metz.fr
"Essentiel" à Montpellier
Du 18 décembre 2020 au 23 janvier 2021
Luminaires Boudard (32 Rue Foch) : https://www.luminaires-boudard.fr/
W – Ville & Vélo (41 Boulevard de Strasbourg) : https://www.double-v.org/
Au Premier (43 Boulevard du Jeu de Paume 1er étage) : https://au-premier.business.site/
Bisous Skateboards (20 Boulevard du Jeu de Paume) : https://bisousskateboards.com/
Pomme de Reinette et Pomme d’Api (33 Rue de l’Aiguillerie) : https://www.facebook.com/jeuxjouetsmontpellier/
Manifest (1 Boulevard du Jeu de Paume) : https://manifeststore.com/fr/
O Mil’yeux (1 Rue en Rouan) : https://www.omilyeux.com/
Regal (10 boulevard Ledru Rollin) : https://www.regal-boutique.fr/
Chaussures Agret (9 Place Alexandre Laissac)
Pourquoi Pas ? (8 Place du Millénaire)
Rouge abyssal - Profondeurs d’une couleur
Du 9 janvier 2021 au 24 janvier 2021
Garage au 57bis boulevard du Boulevard du Président Wilson, 33000 Bordeaux.
Roubaix
De décembre 2020 à l’été 2021
Dans cinquante magasins en ville.
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