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Grand peintre de l’École italienne du premier quart du XVIe siècle, mélodiste de la couleur, Antonio Allegri dit Le Corrège (vers 1489–1534) est considéré comme un précurseur dans l’expression de la grâce féminine que cultiveront les artistes du XVIIIe siècle. Distant de l’héritage classique, Le Corrège est aussi novateur à son époque en vertu de son naturalisme. Pour autant, il n’abandonne pas l’idéal et accentue la courbe des corps et la sensualité des postures, sans jamais verser dans la vulgarité. Peintre des liaisons adultères de Jupiter, l’artiste aborde les fantaisies de l’amour avec modération, et les scènes religieuses avec un œil profane. Stendhal était l’un de ses grands admirateurs.
Le Corrège, gravure du XIXème siècle.
© Costa / Leemage.
« Personne n’offre mieux que lui cette beauté, que l’on appelle idéale, qui se trouve rarement dans la nature. » Alexandre Lenoir
De son nom de baptême Antonio Allegri, Le Corrège a pris pour nom d’artiste celui de son village natal, Corregio. Il est originaire de la région de Parme. Les archives manquent pour bien situer son enfance et ses débuts. Toujours est-il que, contrairement à une légende tenace qui le présenta comme très pauvre, il semble avoir grandi dans une famille relativement aisée et que l’amour de l’art lui vint d’un oncle qui exerçait le métier de peintre.
En 1511, Le Corrège s’établit à Mantoue (après un passage à Modène) et aurait travaillé pour la cour d’Isabelle d’Este. Il côtoie un milieu princier et profite de son mécénat. Six ans plus tard, le jeune artiste entreprend sans doute un séjour à Rome, mais revient et se fixe à Parme vers 1519.
Le Corrège réalise ses décors à fresque en prenant pour modèle Andrea Mantegna, dont il avait admiré les œuvres à Mantoue. Il travaille tant pour des commanditaires privés que pour l’Église, et conçoit d’importants décors pour la cathédrale de Parme.
La carrière du Corrège se déroule donc à la fin de la Renaissance. Il subit l’influence des grands maîtres que furent Michel-Ange, Raphaël et Léonard de Vinci. À ce dernier, il emprunte la technique du sfumato, qui consiste à opérer des transitions subtiles entre les couleurs et à atténuer les effets de lumière. La palette de l’artiste reste dans la clarté, et sa touche rend l’atmosphère quasiment palpable. Le Corrège n’est pas baroque, mais les historiens de l’art le présentent couramment comme un annonciateur de ce mouvement.
Mort à 40 ans, sa disparition si précoce serait due – à en croire Giorgio Vasari – à une insolation, alors que l’artiste souhaitait retourner dans son village natal.
Le Corrège, Vénus et l’Amour découverts par un satyre, dit autrefois Jupiter et Antiope, 1524–1527
Huile sur toile • 188 × 125 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Photo Josse / Bridgeman.
Vénus et l’Amour découverts par un satyre, 1524–1527
Acquise par Louis XIV en 1665, cette œuvre met en scène une Vénus endormie, au corps particulièrement souple et gracieux. Accompagnée de l’Amour, elle est découverte par un satyre qui jouit de la vue splendide sur sa nudité innocente. Il s’agit d’une allégorie de l’amour terrestre, qui selon l’imaginaire de la Renaissance humaniste se situe entre l’amour céleste et l’amour bestial. Des thèmes également traités par de nombreux artistes, dont Titien.
Le Corrège, Assomption de la Vierge, 1526–1530
Peinture à la fresque • 11 × 12 m • Dôme de la cathédrale de Parme • © Electa / Leemage.
Assomption de la Vierge, 1526–1530
« Elle est moelleuse et recherchée, comme un tableau de chevalet », dit Antoine Coypel devant la coupole ornée des fresques du Corrège. Dès le XVIIe siècle, l’artiste exerce une influence sur les peintres français qui lui vouent un véritable culte. Il n’aura fallu que quatre années au Corrège pour peindre cet immense décor en trompe-l’œil présentant la Vierge dans une envolée lyrique accompagnée d’anges et de saints. On perçoit ici combien Le Corrège annonce la sensibilité baroque.
Le Corrège, Jupiter et Io, 1531–1532
Huile sur toile • 163,5 × 70,5 cm • Coll. Kunsthistorisches Museum, Vienne • © FineArtImages / Leemage.
Jupiter et Io, 1531–1532
Cette toile, la plus célèbre du Corrège, représente une étreinte surnaturelle entre Jupiter, métamorphosé en nuage, et la belle Io. L’œuvre faisait partie d’un ensemble destiné aux appartements privés du duc de Mantoue. Il s’agit d’un thème érotique subtilement traité. La nuée fantastique est d’une telle virtuosité qu’elle semble emporter le corps de la prêtresse dans une extase divine. Plus tard, Jupiter transformera la jeune femme en génisse blanche pour lui épargner les foudres de Junon.
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