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Le projet de « place-jardin » de Philippe Prost et Bruel-Delmar choisi pour le réaménagement de la place de la Concorde

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Philippe Prost, architecte / AAPP, Projet de la place de la Concorde, Paris
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Philippe Prost, architecte / AAPP, Projet de la place de la Concorde, Paris, 2025

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© Jeudi Wang / © Adagp Paris 2025

On la pensait immuable depuis son réaménagement au XIXe siècle. Avec sa vaste étendue pavée au centre de laquelle s’élance l’obélisque de Louxor, la place de la Concorde – joyau du patrimoine urbain parisien inauguré en 1772 et classé au patrimoine mondial de l’UNESCO – va pourtant bientôt subir une grande transformation.

Ce jeudi 27 mars, la mairie de Paris et le ministère de la Culture ont en effet annoncé que l’architecte Philippe Prost (né en 1959) et l’atelier de paysagisme Bruel-Delmar avaient remporté à la quasi-unanimité l’appel à projets lancé pour la réaménager, et dévoilé leurs plans visant à la métamorphoser en « place-jardin ».

Une place verte

Sur ses 7,56 hectares, 2,8 seront végétalisés grâce à la création de vastes pelouses et en retrouvant les anciens fossés, permettant de réduire la température au sol de 8,5 degrés.

« Transformer ce vaste rond-point automobile en un espace apaisé, piétonnisé et végétalisé » : tel est l’axe principal du projet de rénovation défendu par la Ville, d’un coût situé entre 36 et 38 millions d’euros. Face aux premières images de préfiguration en vue aérienne, c’est en effet ce qui saute aux yeux : la plus grande place de Paris va devenir très verte. Sur ses 7,56 hectares, 2,8 seront végétalisés grâce à la création de vastes pelouses et en retrouvant les anciens fossés qui avaient été comblés, permettant de réduire la température au sol de 8,5 degrés en été. Plus de 66 % de sa surface totale seront dédiés aux piétons, et des pistes cyclables installées, tandis que les tunnels au sud et à l’ouest de la place seront fermés, ce qui rendra impossible aux voitures de rejoindre la voie Georges-Pompidou depuis l’avenue des Champs-Élysées. Date de lancement des travaux envisagée : fin 2025 – début 2026.

Une proposition « sobre » au terme d’un an de réflexions

Cette transformation était déjà dans les tuyaux depuis plus d’un an. En mars 2024, Anne Hidalgo, maire de Paris, avait créé dans ce but la « Commission Concorde », composée d’un ensemble d’experts et d’un collège de grands voisins (sous la direction de l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon et de Ann-José Arlot) chargé de proposer des recommandations concernant le futur de la place. À l’automne 2024, la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) avait validé le réaménagement selon ces préceptes. Cinq projets de cinq équipes candidates avaient alors été sélectionnés. L’architecte Philippe Prost, connu notamment pour sa réhabilitation de l’hôtel de la Monnaie en 2011–2017, a été choisi pour la « sobriété » de sa proposition.

Place de la Concorde : vue aérienne existante à gauche et vue du futur projet de Philippe Prost à droite
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Place de la Concorde : vue aérienne existante à gauche et vue du futur projet de Philippe Prost à droite, 2025

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© Christophe Jacquet APUR / Ville de Paris - © Jeudi Wang / © Adagp Paris 2025

Depuis le début de l’année 2025, la mairie prépare déjà les passants à voir la place de la Concorde autrement, par le biais d’une installation expérimentale : celle de nombreux palmiers en pots, qui entourent l’obélisque de Louxor, transformant la place en paysage aux connotations égyptiennes. Une initiative instagrammable mais très critiquée par les défenseurs de l’épure minérale historique de la place. Le projet final a également ses détracteurs qui rappellent que la place, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, ne devrait légalement pas voir son esthétique modifiée.

Les nombreux visages de la place de la Concorde

Ce projet est « pensé comme vertueux au point de vue écologique et patrimonial » rétorque la Ville de Paris, qui souligne que la place a connu de nombreuses transformations au fil de son histoire, et que certains éléments du projet de modification actuel seraient en quelque sorte un retour à un état antérieur du lieu. Au XVIIIe siècle, « avant le bitume et les pavés, il y avait des fossés » servant de « jardins profonds de cinq mètres où étaient cultivés des arbres fruitiers », qui avaient été rebouchés en 1854 « suite à de trop nombreux accidents et chutes », indique-t-elle.

Cette place royale où Louis XVI et Marie-Antoinette furent guillotinés durant la Révolution française, a été transformée au XIXe siècle selon la volonté du roi Louis-Philippe, avec l’érection de l’obélisque et son réaménagement en 1836–1846 par l’architecte Jacques-Ignace Hittorff, qui l’encadra de statues, la borda de lampadaires et y installa ses deux fontaines en fonte célébrant le génie naval français ; lui donnant ainsi son aspect actuel, d’un classicisme très minéral et « nu », mais empreint d’une grande majesté.

La Ville, qui a restauré l’obélisque en 2022 puis les deux fontaines en 2023, et prévoit de faire de même avec les guérites et balustrades, veut montrer qu’elle travaille tout autant à la modification de la place qu’à sa préservation patrimoniale. Une vision que certains voient comme une contradiction absurde et scandaleuse, d’autres comme un compromis équilibré entre conservatisme et nouveauté.

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