Le sarcophage en bois de Ramsès II au musée égyptien du Caire
© Marc Dozier / hemis
La découverte est de taille : le sarcophage du célèbre pharaon Ramsès II (né en 1304 avant notre ère et mort nonagénaire après un règne de 66 ans) vient d’être identifié par un spécialiste français !
Enseignant-chercheur en égyptologie à la Sorbonne, le Sarthois Frédéric Payraudeau a en effet réussi à déchiffrer des inscriptions présentes sur un grand fragment en pierre, qui était resté illisible depuis sa découverte il y a quinze ans…
En 2009, un morceau de granite mesurant 1,70 mètre et épais de 8 centimètres – quasiment un pan latéral entier de sarcophage – avait été découvert par l’archéologue égyptien Ayman Damrani dans le sol d’un monastère copte de la région d’Abydos, au centre de l’Égypte.
L’objet était couvert d’inscriptions superposées qui indiquaient qu’il avait été utilisé plusieurs fois. Mais Damrani et son collègue américain Kevin Cahail n’avaient pas réussi à déchiffrer le nom de la personne pour qui il avait servi la première fois, celui-ci étant recouvert par celui d’un deuxième occupant, Menkhéperrê, grand prêtre d’Amon à Thèbes de 1045 à 992 avant J.-C. Leur étude, publiée en 2017, indiquait seulement qu’il s’agissait probablement d’un prince, au vu de la qualité du sarcophage…
Long côté du sarcophage de granit (mesurant 1,70 mètre de long) identifié comme celui de Ramsès II
© Kevin Cahail
Intrigué, l’égyptologue Frédéric Payraudeau a décidé d’enquêter. En étudiant des photographies de l’objet avec diverses variations d’éclairage, ainsi que des images 3D, il a d’abord remarqué que les dessins présents sur le fragment étaient liés au Livre des Portes, texte célèbre qui n’est présent que sur les sarcophages royaux à l’époque de Ramsès. Habitué à lire les hiéroglyphes, il a finalement réussi à déchiffrer le premier nom, qui n’était autre que le nom de couronnement de Ramsès II ! Le précieux fragment, aujourd’hui conservé dans un entrepôt à Abydos, devrait donc bientôt trouver une nouvelle place dans un musée, peut-être dans la vallée des Rois.
Frédéric Payraudeau travaillant sur la tombe du pharaon Osorkon II (vers 850 avant J.-C.) à Tanis
Photo Mission française des fouilles de Tanis
Pour leur protection, les corps des rois d’Égypte antique étaient placés dans plusieurs cercueils et sarcophages, emboîtés telles des poupées russes. La tombe de Ramsès II ayant été pillée à la fin de l’Antiquité dans la vallée des Rois, seule sa momie, exposée au musée de la Civilisation égyptienne du Caire, et son cercueil en bois peint, présenté en 2023 dans l’exposition « Ramsès et l’or des pharaons » à La Villette, avaient été retrouvés. Son rutilant cercueil d’or, dans lequel s’emboîtait ce cercueil de bois, avait disparu, tout comme le sarcophage en albâtre qui les contenait, et le lourd sarcophage en granite (désormais identifié) qui enveloppait l’ensemble.
Si elle peut sembler étrange aujourd’hui, la pratique du recyclage de sarcophages et de tombes était monnaie courante dans l’Égypte antique. Les rois et personnes haut placées réemployaient en effet souvent du mobilier funéraire, soit pour usurper le prestige du premier défunt, soit pour des raisons économiques, en cas de crise ou de pénurie de matériaux. Il a par exemple été révélé en 2015 que le célèbre masque d’or de Toutânkhamon exposé au musée du Caire ne lui était pas destiné : il avait été réutilisé après effacement des traces d’un précédent nom royal !
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