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Les nouveaux talents du street art

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Dans l’ombre de Banksy, JR ou Shepard Fairey, des artistes produisent des œuvres d’une créativité débridée, en renouant avec les racines historiques de l’art urbain : le graffiti, transgressif et engagé. Beaux Arts les a repérés pour vous.

SATONE, Flotsam
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SATONE, Flotsam, 2019

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L’émotion provoquée par une peinture est affaire d’équation. En compositeur, SatOne ajoute, soustrait et combine des strates de couleurs afin de créer de vibrantes partitions.

© Photo Lake Effect Aerial

Osons la comparaison. L’évolution de l’art urbain, depuis une décennie, pourrait ressembler quelque peu à celle du cinéma : une production foisonnante, des spectateurs toujours plus nombreux, un marché spéculatif… Bref, une industrie prospère. Il n’y a qu’à observer les « musées à ciel ouvert » qui fleurissent un peu partout en France et les records de fréquentation des festivals de street art pour se faire une idée. Dans l’ombre des têtes d’affiche et des blockbusters, dont les plus connus sont JR, Banksy et Shepard Fairey, gravitent cependant quelques noms plus confidentiels, à l’image du cinéma d’auteur. Des artistes dont on parle peu, du moins dans les médias, et dont l’œuvre ne correspond pas vraiment à l’image d’Épinal de l’art urbain, plutôt décoratif et consensuel.

Bien qu’ils explorent des horizons différents, parfois aux antipodes les uns des autres, ces artistes partagent un point commun : ils sont issus du graffiti. De cette école d’art, peut-être la plus cruciale dans leur parcours, chacun a conservé à sa manière un geste, une technique, une gouaille ou un mode opératoire. Une éducation en somme. Car peindre illégalement dans la rue n’est jamais un acte anodin. C’est d’abord une performance. Trouver les meilleurs spots, s’infiltrer dans les dépôts de train, explorer les lieux abandonnés… Autant de tours de force permettant de cultiver audace et appréhension de l’espace. Se confronter à la ville, c’est aussi prendre à témoin un auditoire trié au hasard, qui n’est pas forcément sensibilisé à l’art. C’est s’imprégner d’un contexte politique, social, historique et architectural, le fouiller, l’interroger aussi.

SWOON, </em>Exposition « Time Capsule » sur la péniche Fluctuart
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SWOON, Exposition « Time Capsule » sur la péniche Fluctuart, 2019

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Fragiles et sensibles, les installations de Swoon sont des conglomérats de matériaux récupérés et de portraits réalisés en linogravures. Un art de la résilience au service d’une intelligence collective.

© Nicolas Gzeley

De ce legs, certains, comme l’Outsider, ont conservé une esthétique, un travail de la lettre ramenée à sa forme la plus abstraite et épurée. D’autres, comme Gonzalo Borondo, ont ressenti le besoin d’étendre leur langage au-delà de la peinture pour aller vers l’installation in situ afin d’entamer un dialogue plus immersif. À force de recherches, d’expérimentations et d’incessantes remises en question, tous ces talents bruts ont repoussé les limites de leur pratique, renouvelé leur langage avec brio. Sans pour autant renier leurs racines.

1. Gonzalo Borondo, l’homme qui dialoguait avec les lieux

Né en 1989, vit à Madrid

Bien qu’il ait acquis sa notoriété avec des fresques classiques, ce sont surtout ses installations qui ont révélé le potentiel de Gonzalo Borondo. Ce jeune artiste espagnol ne se contente pas d’intervenir dans un lieu. Il l’écoute, l’ausculte, collabore avec lui. Mieux, il puise dans l’épaisseur des murs et les objets délaissés une matière à construire sa pensée. Comme en témoignent ses expositions aux Puces de Marseille (« Matière noire », 2017) ou dans un temple abandonné à Bordeaux (« Merci », 2019). Son travail, fondé sur la mémoire et la perception, nous entraîne dans un monde où cohabitent différentes réalités et plusieurs niveaux de lecture.

GONZALO BORONDO, Intervention pour le festival Arena delle Balle di Paglia, Cotignola (Italie)
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GONZALO BORONDO, Intervention pour le festival Arena delle Balle di Paglia, Cotignola (Italie), 2013

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En reproduisant de vieilles photographies de paysans à l’aide d’une bombe aérosol sur un ballot de paille, l’artiste espagnol s’éloigne de la culture pop et casse les codes traditionnels du street art.

© Marco Miccoli

2. Biancoshock, l’artiviste moqueur

Né en 1982, vit à Milan

Près de vingt ans après ses premiers graffitis, cet « artiviste » italien continue de mener des actions coup de poing dans l’espace public, le plus souvent éphémères et sans autorisation. Pour lui, la ville est sans conteste le meilleur théâtre pour faire passer ses pamphlets sociaux anticapitalistes, en surprenant les piétons avec des installations sauvages et des détournements de mobilier urbain férocement efficaces. Avec ironie, il interroge souvent le rôle et la place de l’artiste dans la cité. Biancoshock fomente également des actions dans le monde virtuel en détournant cette fois les outils numériques et les réseaux sociaux.

BIANCOSHOCK, Happy Meal XXL
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BIANCOSHOCK, Happy Meal XXL, 2015

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Une simple vue de l’esprit suffit à inspirer l’artiste pour ses défournements de mobiliers urbains, à l’image de cette poubelle devenue un packaging fast-food.

© Websito / Biancoshock

3. Faith XLVII, infiniment intime

Née en en 1979, vit à Los Angeles

Originaire d’Afrique du Sud, Faith XLVII est une muraliste, dont le travail immersif reste encore méconnu. Depuis quelques années, elle explore la vidéo, la performance ou l’installation. Mais qu’importe le médium, c’est toujours la nature humaine qu’elle défriche en insufflant dans ses œuvres une part d’intime qui entre en résonance avec notre for intérieur. Ses séries, basées sur un travail de déconstruction et de réassemblage de photographies érotiques, de cartes géographiques ou de billets de banque interrogent et redéfissent les concepts de genre, de frontière et de valeur.

Faith XLVII, The Art Of Loving Woman Deconstructed I
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Faith XLVII, The Art Of Loving Woman Deconstructed I

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Faith XLVII déconstruit ici d’anciennes photographies érotiques pour les réassembler sous forme de tapisseries kaléidoscopiques.

© Faith XLVII. Photo Henrik Haven

4. JC Earl, l’héritier de Grayson Perry

Né en 1974, vit à Paris

On peut difficilement faire plus opposé : la céramique, proprette, précieuse, désuète, et le vandalisme, sale, énervé, adolescent. Julien Cadou, alias JC Earl, est pourtant le prêtre hérétique qui a scellé cette fragile et monstrueuse union. Ses facétieux personnages sont des loubards de banlieue, des icônes de la pop culture, de sales cabots, confectionnés en atelier au gré de longues heures de patience. Il est parvenu à retranscrire le côté « do it yourself » du graffiti, en créant des figurines tapageuses qui conservent la marque des doigts et ce parfum d’autrefois. Des madeleines de Proust qui ramènent au temps béni de l’insolence.

JC Earl, La Tête dans le sac </em>et<em> Ceramic Krylon
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JC Earl, La Tête dans le sac et Ceramic Krylon, 2018

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Faïence émaillée • env. 60 cm • © Photos Julien Cadet / Earl

5. L’Outsider, l’abstraction de la lettre

Né en 1984, vit en Bretagne

Cet ancien graffeur, formé à l’ébénisterie à l’école Boulle, s’est longtemps cherché avant de s’affranchir d’un travail combinant typographie et support bois. De ses dix-huit années de graffiti illégal, il a retenu l’importance du geste. Rapide, épuré, libérateur. Désormais loin de tous ces dogmes, il explore l’abstraction de la lettre, en donnant vie à des compositions puissantes, des partitions de formes inventées à partir d’un seul et même outil, la Mad Maxxx. Une bombe aérosol qu’il détourne de son usage initial – remplir de manière grossière un maximum de surface en un minimum de temps – afin d’obtenir des rendus d’une extrême précision.

L’Outsider, Fresque murale réalisée in situ pour le festival Les Urbanités, Reims
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L’Outsider, Fresque murale réalisée in situ pour le festival Les Urbanités, Reims, 2019

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Entre opacité et transparence, abstraction et art optique, le Français cherche à obtenir toutes les déclinaisons possibles autour du noir.

© L’Outsider

6. Bom.K, monstrueusement sublime

Né en 1973, vit à Paris

Membre du collectif Da Mental Vaporz, qu’il fonde en 1999 avec Iso, le Français Bom.K est un génie à plusieurs titres. Il sait manier le spray avec le zèle d’un Michel-Ange et le crayon avec la noirceur introspective d’un Jérôme Zonder. Dans ses toiles et croquis, affleurent les démons invisibles. Ces pensées difformes qui rugissent, assaillent, dévorent les entrailles. Lui leur donne corps et consistance pour mieux les libérer. Il absorbe et exulte sur le papier toutes les difficultés à vivre, les désirs impulsifs, morbides, libidineux. Un savant fou du dessin qui en dit long sur notre condition humaine.

Bom.K, Protection
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Bom.K, Protection, 2017

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L’artiste devant son œuvre réalisée sur le pignon de la galerie Itinerrance (Paris). Un funeste uppercut envoyé depuis le monde des rêves.

© Bom.K

7. Aryz, une virtuosité sans limite

Né en 1988, vit à Cardedeu (Espagne)

Jouissant d’une aura planétaire, l’artiste catalan a tourné le dos au style illustratif qui l’a fait connaître, pour aller vers la peinture contemporaine sur fond de lutte sociale et de choc des nations. Intransigeant, il s’acharne à trouver la juste vibration entre deux teintes, remanie sans cesse l’anatomie de ses personnages sculptés dans la peinture à l’huile. Ce sont ces petites erreurs et maladresses qui aboutissent, au terme d’un corps à corps entre le peintre et la toile, à des compositions virtuoses où le geste est palpable. Un processus qu’il cherche à retranscrire sur les murs en les travaillant comme des croquis à grande échelle.

Aryz, Fresque murale  à Manresa (Catalogne)
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Aryz, Fresque murale à Manresa (Catalogne), 2018

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Avec leurs postures combatives, les personnages d’Aryz illustrent le climat d’oppression et de résistance qui règne en Europe face à la montée du nationalisme.

© Aryz

8. Escif, l’art d’éveiller les consciences

Né en 1980, vit à Valencia (Espagne)

Chaque mur est pour Escif un puissant canal de diffusion, un support autant qu’une rencontre. Si ses œuvres nous touchent tant, c’est parce qu’elles atteignent en plein cœur nos contradictions. Avec poésie et sarcasme, dans une esthétique pâle et pudique, il peint ses réflexions sur nos modes de vie, la notion de résistance, la résurgence du populisme, les méfaits du capitalisme, l’environnement… Sans vernis intellectuel, en prenant en compte le contexte, il essaie de traduire cette équation complexe. Que signifie être humain dans un monde de plus en plus divisé, dématérialisé ?

Escif, Fresque murale à Katowice (Pologne)
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Escif, Fresque murale à Katowice (Pologne), 2012

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Cet interrupteur géant peint en trompe-l’œil nous incite peut-être à appuyer sur « off », comme pour dire que chacun, à son niveau, peut faire un geste en faveur de la planète.

© Escif

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