En partenariat avec Prix MAIF pour la sculpture

Marion Roche, Simulation pour le projet “Je viens de te voir en rêve”, 2021
verre, métal, résine polymère électroactive • 65 x 50 x 80 cm • © Marion Roche
« Les rêves sont ce qu’il y a de plus intime car ils sont liés à notre esprit ; pourtant, ils sont aussi ce qui nous échappe… » De cette ambivalence, Marion Roche (née en 1990) a tiré un projet de sculpture en résine polymère et en métal, qui joue à la fois sur la transparence de la première et l’opacité du second. Si l’objet évoque un arbre, il s’agit en réalité de la « stylisation d’un neurone », nous explique-t-elle par téléphone. Chacune de ses branches supporte une forme transparente, qui matérialise l’activité cérébrale d’un rêve. C’est précisément là où se jouent toute la beauté et la complexité du protocole de Marion, qui collabore pour l’occasion avec le CRNL (Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon) : des chercheurs vont analyser son sommeil, et relever des électroencéphalogrammes de cinq de ses rêves.
Marion Roche
© Axel Folliet
Autrement dit, ils vont mesurer l’activité électrique de son cerveau pendant la nuit et en tirer des cartographies en deux dimensions, qui seront ensuite modélisées en 3D et donneront lieu à des formes plastiques. La révolution imaginée par Marion Roche, aidée en cela par des chercheurs du 3d.FAb (CNRS – Université Lyon 1), est que ces éléments sculptés soient produits en… quatre dimensions – c’est-à-dire en mouvement. Un exemple : savez-vous que le verre, qui semble solide, est en réalité une matière entraînée dans un écoulement très lent ? Si lent qu’il est parfaitement invisible ! La résine polymère électroactive peut elle aussi entrer en mouvement : un peu d’eau et la voilà « activée par l’hydratation », ce qui lui permet d’évoluer au fil des heures, comme si elle respirait.
L’ambition de l’artiste est ainsi de donner vie à des rêves modélisés, qui s’ouvriront petit à petit pour dévoiler leur intérieur – un peu comme des fleurs dont les pétales s’écartent. Un mot ou une courte phrase sera inscrit en leur cœur – notés par l’artiste lors de son expérience nocturne au CRNL, au réveil de ses rêves. La technologie est ici extrêmement discrète, et suggère une fascinante autonomie de la matière. Si la médecine connaît déjà bien les matériaux 4D – qui permettent par exemple de fabriquer des valves cardiaques – leur développement à l’échelle de l’art est inédit : « J’aime l’idée que ce soit une collaboration réciproque pour les chercheurs, puisqu’on va mettre en place des choses qui n’ont jamais été faites. »
Marion Roche, Simulation pour le projet « Je viens de te voir en rêve », 2021
verre, métal, résine polymère électroactive • 65 × 50 × 80 cm • © Marion Roche
Les rêves, eux aussi, restent un domaine aux mystères irrésolus. Artiste autodidacte, Marion Roche poursuit actuellement un doctorat en philosophie et s’intéresse à ces « interstices où la science ne répond pas aux questions », qui laissent penser qu’une collaboration entre l’art et la science « a alors toute son importance ». À l’heure où les rêves connaissent un regain d’intérêt, eux qui peuplent nos esprits confinés et les ouvrent à d’étranges contrées, son travail semble capter un certain air du temps. Le rêve, dernier lieu du voyage, de l’altérité… et du mouvement ?
Prix MAIF pour la sculpture 2021
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