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Johan Creten (né en 1963) lors du montage de “De Vleermuis” (2018–2019) devant le Petit Palais, 2019
Photo Maurine Tric / © Adagp, Paris 2019
Il y a 10 jours encore, la chauve-souris de bronze De Vleermuis (2018–2019) déployait ses ailes au cœur du parc de sculptures de Pilane en Suède. Balayée par les vents et respirant l’air marin, la sculpture trouvait dans ce paysage un écrin singulier et sauvage répondant parfaitement à son animalité énigmatique. Et la voici, comme par magie, arrivée devant le Petit Palais. Elle a troqué les herbes et les embruns pour un décor comblé de sculptures, de colonnes et d’ornements en tout genre – pourtant, tout aussi accueillant pour sa surface de bronze, qui dialogue, non sans cohérence, avec les groupes sculptés sensuels du Grand et du Petit Palais. Il faut voir Johan Creten (né en 1963), en ce lundi matin d’octobre, s’agiter autour de « son bébé » et s’enthousiasmer des mille concordances avec les courbes et les couleurs des bronzes alentours…
Il faut voir Johan Creten s’agiter autour de « son bébé » et s’enthousiasmer des mille concordances avec les courbes et les couleurs des bronzes alentours…
Photo Maurine Tric / © Adagp, Paris 2019
Enfin posée sur le sol, la sculpture respire. Elle qui a été boulonnée, sanglée et lestée durant son long voyage se défait petit à petit de ses contraignants atours pour se préparer à accueillir les curieux.
Pourtant, il y a de la fatigue dans l’air. Le transport de l’œuvre a commencé à 2 h 30 du matin dans une fonderie belge qui a récupéré une vaste plaque sur laquelle l’œuvre peut se poser. Cette plaque permet de répartir l’irrégularité des 1 200 kilos de matière de la chauve-souris, de façon à ce que chaque mètre carré en porte 600 kilos. Le camion, doté d’un impressionnant bras, porte au-dessus du sol l’animal de bronze ; un assistant organise le gravier qui accueillera la plaque. Le temps se suspend un instant. Tout doucement, la sculpture s’approche du sol. La pose est minutieuse, chacun retient son souffle. Nous ne sommes qu’une poignée à observer le spectacle : les différents assistants, un caméraman de la galerie Perrotin qui représente l’artiste, notre photographe et une médiatrice, venue de l’École du Louvre pour prendre quelques notes afin de parler au mieux de l’œuvre au public futur. Il fait froid, gris, mais le moment est doux – la joie de l’artiste est communicative.
Monumentale, spectaculaire, l’œuvre n’est toutefois pas exempte de secrets : différents indices s’inscrivent dans son corps de bronze.
Photos Maurine Tric / © Adagp, Paris 2019
45 personnes ont été mobilisées pour la fabrication, sur une année entière, de cette sculpture que Creten a conçue de 2014 à 2019.
Une couverture enserre, comme une écharpe, le cou de la chauve-souris ; il la protège des chaînes qui la portent. Johan Creten, élégant dans son grand manteau à carreaux, la tient et l’accompagne jusqu’au bout de l’opération, balaie quelques graviers incongrus. Enfin posée sur le sol, la sculpture respire. Elle qui a été boulonnée, sanglée et lestée durant son long voyage se défait petit à petit de ses contraignants atours pour se préparer à accueillir les curieux. Désormais, nous pouvons la regarder autrement que comme un très lourd objet : en la contournant, on remarque un petit escalier qui grimpe dans son dos. Johan Creten l’a conçu pour proposer une « relation physique » à la sculpture : on peut l’escalader, s’y faire prendre en photo, « découvrir un autre point de vue », et surtout la toucher, la palper pour en sentir toute la matérialité. Car « quand on touche, on est touché différemment », affirme le sculpteur. Avant de confier : « j’ai hâte de voir les hashtags », sa sculpture étant évidemment promise à un bel avenir sur les publications Instagram des passants.
45 personnes ont été mobilisées pour la fabrication, sur une année entière, de cette sculpture que Creten a conçue de 2014 à 2019 ; 2 500 fascicules ont été imprimés par la galerie Perrotin pour être distribués aux passants. Monumentale, spectaculaire, l’œuvre n’est toutefois pas exempte de secrets : différents indices s’inscrivent dans son corps de bronze (« une matière un peu taboue dans l’art contemporain car très chère, éternelle et bourgeoise »). Il faudra donc tâcher de retrouver les discrètes lignes des poèmes de Colin Lemoine, critique d’art proche de Creten, le tampon du fondeur, la signature de l’artiste, la marque de sa bague, un poème en Frison, langue en voie de disparition… Il faudra également tourner autour pour voir apparaître, au détour d’une aile, la forme d’un coquillage, d’une vague ou d’un rocher – et la chauve-souris s’abstraire dans la chair de sa propre matière.
Johan Creten, « De Vleermuis », 2015-2019
Du 7 au 20 octobre devant le Petit Palais
Fiac 2019
Du 17 octobre 2019 au 20 octobre 2019
Grand Palais • 7 Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
www.grandpalais.fr
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