Portrait de Mathilda May
© Philippe Matsas / Opale/Leemage
« Pina Bausch (1940–2009) est une immense artiste dont l’œuvre a révolutionné ma façon de créer, de penser le spectacle vivant, l’espace scénique, mais aussi les clivages entre les disciplines. Dans sa création Le Sacre du printemps, il y a le chef-d’œuvre de Stravinsky, emblématique de cette musicalité que j’aime, à la fois rythmique et organique, impossible à illustrer tant sa puissance évocatrice est profonde. Quand Pina Bausch s’en empare, non seulement elle le comprend de manière viscérale, mais elle le transcende par la force visuelle, graphique et dramatique qu’elle impulse. Il y a un retour à l’archaïsme, à quelque chose de très primaire et d’essentiel qui nous rassemble et qui a réveillé en moi beaucoup de sensations difficilement descriptibles. Le choix de la scénographie participe de tout cela : les danseuses vêtues de tuniques transparentes de couleur chair s’enfoncent sur une scène recouverte de terre et jouent avec les éléments de la nature, le corps des femmes. Elles sont portées par une énergie qu’on pourrait définir de « masculine » ; au fur et à mesure elles vont être salies, les vêtements déchirés…
« Le Sacre du Printemps » dans la cour d’honneur du Palais des Papes, juillet 1995
Chorégraphie de Pina Bausch, scénographie et costumes de Rolf Borzik, musique d’Igor Stravinski • © Pascal Victor/ArtComPress via Leemage
Pina Bausch prend en compte la douleur d’être femme mais ne la présente pas comme un être fragile et évanescent comme c’est le cas en danse classique. En cela, c’était une révolution de faire danser des femmes avec autant de puissance en 1975, lorsqu’elle crée la pièce pour son Tanztheater Wuppertal. Elle puise dans l’histoire de l’humanité, la force, le sacrifice… Dans mon théâtre sans paroles, je recherche cette force expressive du geste et du corps, en partant du principe que la mise en mots est d’une certaine manière une interprétation du ressenti. Sans les mots, on accède directement au ressenti. Dans cette rencontre entre Stravinsky et Pina Bausch, chacun déploie et nourrit l’autre : la danse nourrit la puissance de la musique qui en retour est modifiée par la perception que nous en a donnée la danse. Ce chef-d’œuvre réunit pour moi tous les arts. »
Monsieur X
Sous la direction de Mathilda May, avec Pierre Richard, sur une musique originale d’Ibrahim Maalouf
Production hors les murs du théâtre des Célestins au Radiant-Bellevue
1 Rue Jean Moulin, 69300 Caluire-et-Cuire
Les 17 et 18 décembre 2021 à 20h30
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