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René-Xavier Prinet, Entre amies, 1891
Huile sur toile • 102 x 154 cm • Coll. musée des beaux-arts et d’archéologie, Besançon
Autant l’avouer d’emblée, ceux qui s’attendaient à une exposition traitant de la représentation de la danse par les artistes au fil de l’histoire de l’art seront un peu déçus. Car « Chorégraphies. Dessiner, danser (XVII-XXIe siècles) » s’attelle en réalité à un sujet bien plus pointu : la façon dont le dessin a permis d’élaborer des chorégraphies, de concevoir des danses.
Certes inédit, intéressant, finement travaillé, et joliment scénographié par Sylvie Coutant et Anne Levacher – avec jeux de lignes courbes, voilages et teintes rose poudre évoquant le ballet –, ce parcours conçu à partir d’un travail de thèse se révèle donc aussi très conceptuel, technique et un peu désincarné… Ce qui le rend plus adapté aux professionnels de la danse et aux archivistes qu’au grand public.
L. Santesson, Notation de la Polska de Jösse Härad, 1937
Documentation pour l’exposition Les danses populaires d’Europe, Archives internationales de la danse. Encre, pastel, crayon et tirages argentiques collés sur papier vélin fort • 70 × 280 cm • Coll. BnF, bibliothèque-musée de l’Opéra, Paris
Ces dessins chorégraphiques évoquent souvent la calligraphie, la sténographie ou les alphabets cunéiformes.
L’exposition se compose en effet en majeure partie de dessins de notations chorégraphiques anciennes ou contemporaines, indiquant souvent au moyen de signes (lignes, croix, flèches) le déplacement des danseurs dans l’espace, tandis que d’autres esquissent leurs gestes, leurs postures. On y découvre donc aussi bien le tout premier traité de danse occidentale à recourir à la représentation figurée de danseurs (1589) que des lignes griffonnées par le chorégraphe américain Merce Cunningham, pionnier de la danse contemporaine.
Rudolf Laban, Raum und Körper, 1915
Crayon de couleur sur papier • 25,2 × 20,5 cm • Coll. Kunsthaus, Zürich • © Trustees Rudolf Laban Estate
Épurés comme des notes de musique sur une partition, les dessins composés de signes abstraits accomplissent la tâche difficile de fixer sur la surface plane du papier un enchaînement exécuté en trois dimensions dans l’espace. Un trait d’union entre le concret et l’abstrait qui se révèle semblable à la « traduction » opérée par le langage et l’écriture – ces dessins chorégraphiques évoquant justement souvent la calligraphie, la sténographie ou les alphabets cunéiformes.
Cette difficulté fait aussi écho à l’exercice, tout aussi ardu, que représente pour les artistes la représentation des corps en mouvement. Les notes techniques de chorégraphes dialoguent donc heureusement avec quelques œuvres figuratives qui donnent un peu de chair au parcours, comme des dessins d’Antoine Bourdelle (vers 1910), et de petites sculptures méconnues d’Auguste Rodin (1911) tentant de saisir des danseuses en pleine action.
Parmi ces quelques contrepoints appréciables, figurent aussi une peinture représentant une scène de valse où le tournoiement d’une robe de mousseline est accentué par un effet de flou (Entre amies de René-Xavier Prinet, 1891), ainsi que de beaux dessins de Marcel Prunier – un artiste des années 1920–1930 à découvrir également au musée du Temps, qui lui consacre un accrochage.
Dans une salle centrale consacrée au ballet, une huile sur carton de Pierre Bonnard avec danseuses en tutu, démultipliées comme pour décomposer un seul mouvement, dialogue avec une ballerine en bronze d’Edgar Degas en équilibre sur une jambe, et un célèbre tableau du même peintre prêté par le musée d’Orsay : La Classe de danse (1873–1876).
Edgar Degas, La Classe de danse, entre 1873 et 1876
Huile sur toile • 85,5 × 75 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Grand Palais Rmn presse / Adrien Didierjean
Présentée pour la première fois à Besançon, cette belle toile est liée à la question des notations chorégraphiques. Son personnage principal, le danseur, chorégraphe et maître de ballet Jules Perrot, fit en effet un procès à son homologue Marius Petipa, qu’il accusait de lui avoir volé un ensemble de pas. Un combat juridique qu’il gagna, même si cet inconditionnel de la transmission orale n’immortalisait pas ses chorégraphies sur papier.
Toujours dans cette salle, on apprécie également une bondissante gravure italienne du XVIIIe siècle d’après un bas-relief d’Antonio Canova, représentant deux danseurs de l’Odyssée, dont les postures inspirèrent beaucoup le ballet du XIXe siècle, ainsi que de belles notes chorégraphiques colorées de Joseph Hansen (1842–1907), détaillant à l’aquarelle les costumes et la mise en scène.
Joseph Hansen, Sous les palmiers (ou pour Nina), 1877
Notes chorégraphiques • Coll. BnF, bibliothèque-musée de l’Opéra, Paris
Tenter de saisir en deux dimensions le mouvement de la danse mène irrémédiablement vers l’abstraction. En témoigne notamment, dans une salle dédiée à ce thème, une rare lithographie en couleurs d’Henri de Toulouse-Lautrec (1893) figurant Loïe Fuller, réduite à une forme colorée émergeant d’un fond noir.
Toujours très exigeante, mais néanmoins instructive, la dernière partie du parcours s’attarde sur le dessin comme moyen de préservation et de conservation des danses. En particulier les danses traditionnelles folkloriques, telles que la polska suédoise qui est transcrite sur une grande partition agrémentée de photos et de dessins de danseurs en 1937. Des « traces » consciencieusement consignées, dont se dégage une certaine poésie.
Chorégraphies. Dessiner, danser (XVII-XXIe siècle)
Du 19 avril 2025 au 21 septembre 2025
Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon • 1 Place de la Révolution • 25000 Besançon
www.mbaa.besancon.fr
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