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LE TOPO

Mike Kelley en 2 minutes

En bref

Originaire de Détroit, Mike Kelley (né en 1954) apparaît sur la scène de l’art contemporain comme un contestataire radical. Vivant et travaillant à Los Angeles, il s’y fait remarquer dans les années 1970 par ses performances déjantées, mais c’est dans les années 1990 qu’il devient célèbre, produisant une œuvre protéiforme, radicale et politique. Souvent étiqueté artiste « gore » ou « trash », son œuvre complexe, est souvent mal comprise en raison de ses références complexes, puisant dans l’art populaire autant que chez les philosophes grecs ou dans la politique. Mike Kelley s’impose pourtant comme l’un des artistes les plus influents de sa génération.

Portrait de Mike Kelley avec le costume de The Banana Man
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Portrait de Mike Kelley avec le costume de The Banana Man

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Photo & © Jim McHugh

Il a dit

« L’art est une forme de rébellion domestiquée. »

Sa vie

Un milieu d’origine ultra-conservateur

Né en 1954 à Détroit, dans une famille d’ouvriers, catholique et ultra-conservatrice, Mike Kelley n’était pas destiné à devenir artiste. Pourtant dès 1972, fuyant cet univers trop polissé et contre l’avis paternel, il s’inscrit à l’université du Michigan, où il suit des cours d’arts plastiques et de musique ; il y découvre une scène militante et underground qui lui correspondent davantage.

Des débuts punks et néo-dada

Là-bas, il rencontre le plasticien Jim Shaw, la chanteuse Niagara et le réalisateur Cary Loren, avec qui il fonde son tout premier groupe Destroy All Monsters, qui mêle punk et performance dans un esprit de contre-culture. Si le nom est inspiré d’un film d’horreur japonais, le groupe fait du « noise proto-punk », pour reprendre ses propres mots. Des performances néo-dada consistant en une série d’événements absurdes et simultanés. Dès lors, Mike Kelley ne cessa d’explorer la performance, seul ou accompagné, participant à plusieurs groupes de musique, questionnant toujours plus la société américaine, ses travers et ses dérives.

La côte ouest américaine, laboratoire de contre-culture

À 22 ans, il quitte Détroit pour Los Angeles, où il rejoint CalArts, école pluridisciplinaire dynamique et réputée pour son audace expérimentale. Les artistes John Baldessari, Laurie Anderson et David Askevold notamment y enseignent ; ils joueront un rôle essentiel dans sa formation. Devenue l’épicentre de la contre-culture américaine, la côte ouest des États-Unis s’affirmait alors comme le lieu de l’expérimentation et de l’irrévérence. Une scène plurielle alternative, souvent acerbe, parfois trash qui correspond bien à Mike Kelley. Là, il crée son langage et ses propres codes esthétiques, dont les premières œuvres Do it yourself, sorte de nichoirs pour oiseaux, critique férocement la société, ses croyances et utopies.

Les premières performances et installations

Dans les années 1980, ses performances interrogent les symboles et les figures de la culture populaire, dont The Banana Man est le fruit. L’œuvre de Mike Kelley s’étoffe de séries et d’installations plus imposantes, dont la monumentale Plato’s Cave, Rothko’s Chapel, Lincoln’s Profile marque un tournant. Installations et sculptures fonctionnent désormais en pleine autonomie et impliquent le spectateur directement.

Une pochette culte pour l’album de Sonic Youth

La série « Half a Man » le fait connaître du grand public à partir de la fin des années 1980, quand l’une des peluches usées et malmenées, qu’il expose, assemble ou décompose, illustre en 1992 la pochette d’un album de Sonic Youth, groupe de rock noisy new-yorkais proche de l’artiste. Le succès est international !

Le travail sur la mémoire et le trauma

Dans une production abondante, teintée d’ironie et d’humour noir, nourrie par des questionnements philosophiques, Kelley se saisit de tabous liés notamment à l’enfance, à l’éducation, à la sexualité. Parallèlement, il travaille également sur la mémoire individuelle, sociale, traumatique dans les années 1990. Ainsi l’emblématique Educational Complex (1995) reconstitue en 3D ces lieux (écoles, université, maisons) qu’il a fréquentés enfant et où des blocs abstraits symbolisent des zones floues dans ses souvenirs. Une réflexion puissante et politique sur la mémoire.

L’incursion dans le marché de l’art

Au tournant des années 2000, Kelley se lance dans de multiples projets-expositions à grande échelle tels que les Kandors cities, du nom de la cité de Superman, ou Day Is Done, qui eut un succès retentissant à New York en 2005. Ses œuvres, jusqu’alors méconnues voire décriées, investissent désormais le marché de l’art à des prix élevés. L’imagination débordante de l’artiste et la satire propre à son écriture y sont à leur sommet.

Une école Mike Kelley

Mike Kelley a toujours soutenu les jeunes artistes, et c’est en professeur investi qu’il enseigne entre 1992 et 2007 au Art Center College of Design, à Pasadena en Californie, avant de créer, en 2007, la Mike Kelley Foundation for the Arts, destinée à distribuer des bourses aux plasticiens émergents. Kelley y prône les valeurs auxquelles il croit : soutenir l’esprit critique, la prise de risque et la provocation dans les arts !

Le suicide à l’âge de 57 ans

Le 31 janvier 2012, le « mauvais garçon de l’art contemporain » met fin à ses jours dans sa maison de South Pasadena, en Californie. À l’âge de 57 ans, il laisse derrière lui une œuvre aussi irrévérencieuse qu’érudite, parfois provocante mais toujours libre et actuelle, dont de nombreux artistes se revendiquent aujourd’hui.

Ses œuvres clés

Mike Kelley, More Love Hours Than Can Ever Be Repaid and The Wages of Sin
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Mike Kelley, More Love Hours Than Can Ever Be Repaid and The Wages of Sin, 1987

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Peluche, couverture en laine, maïs seché, bougies, bois, métal • 306,7 × 385,4 × 80,6 cm • Coll. Whitney Museum of American Art, New York • © Digital image Whitney Museum of American Art / Licensed by Scala

Série « Half a Man », 1987

C’est l’une des nombreuses pièces composant ce qui est sans doute la série la plus connue de l’artiste, « Half a Man », qui montre des peluches malmenées, dénichées dans des friperies, et mises en scène, parfois avec des enregistrements sonores. Évoquant sur un ton tragicomique l’univers de l’enfance, ces peluches suscitent un certain malaise, et interrogent tout autant les questions de genre, de domination et de culpabilité que le rapport adulte-enfant, ou les notions de « fait-main » et de marchandise.

Mike Kelley, Kandors Full Set (détail)
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Mike Kelley, Kandors Full Set (détail), 2005–2009

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21 villes : résine uréthane teintée ; 21 bouteilles : verre pyrex coloré à la main ; 18 bouchons de bouteille : caoutchoucs silicone et résine d’uréthane teintée ; 6 socles pour les bouteilles : MDF, placage de bois, Plexiglas et dispositif d’éclairage ; 20 socles ronds pour les villes : MDF, placage de bois, verre trempé et dispositif d’éclairage • Dimensions variables • Courtesy West of Rome Inc. / Photo Fredrik Nilsen / Pinault Collection / © Mike Kelley Foundation for the Arts / Tous droits réservés / © Adagp, Paris, 2023.

« Kandor », 2005–2009

Il aura fallu cinq années à Mike Kelley pour achever cette œuvre monumentale : la série « Kandor » tire son nom de la capitale de la planète fictive Krypton, où est né Superman. Selon la légende, le super-méchant Brainiac a rétréci et a mis la ville de Kandor en bouteille dans un récipient en forme de cloche. Vingt-et-une villes miniatures de résines colorées figurent les vingt-et-une versions de la cité de Superman telle qu’elle apparaît dans la bande dessinée (car elle ne l’est jamais de la même façon, sans doute, le signe d’une mémoire vacillante), offrant une méditation sur la mémoire et sur l’architecture collective et utopique.

Mike Kelley, Extracurricular Activity Projective Reconstruction #27 (Gospel Rocket) (détail)
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Mike Kelley, Extracurricular Activity Projective Reconstruction #27 (Gospel Rocket) (détail), 2004–2005

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Installation et projections vidéo • dimensions variables • Coll. Pinault Collection • © Mike Kelley Foundation for the Arts / Tous droits réservés / © Adagp, Paris, 2023.

Day is Done

Inachevé, « Day is Done » est sans doute l’un des projets les plus ambitieux de Mike Kelley. On y décèle les thèmes et motifs récurrents de l’artiste, qui circulent d’une œuvre à l’autre, d’une installation à l’autre, d’une série à l’autre depuis le début de sa pratique. Day is Done est un projet hybride, sorte d’installation monumentale associant divers médias : sculptures, peintures, photos, musiques, sons et vidéos, qui explore les méandres de l’inconscient. Collectif. Mike Kelley imagine ici divers scénarios à partir d’une photo trouvée dans un yearbook, livre de fin d’année universitaire qui montre les activités parascolaires des étudiants. Son ambition était d’en réaliser 365 et de donner une performance opératique continue de vingt-quatre heures, il n’en produit que 36…. L’imagination débridée de l’artiste et le ton acide de son écriture y sont à leur apogée.

Par • le 13 novembre 2023
Retrouvez dans l’Encyclo : Mike Kelley

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