Restitution de la couleur “olo” découverte par des chercheurs de l’Université de Californie à Berkeley, 2025
© Berkeley University
Un vert ? Pas vraiment. Un bleu ? Encore moins. Des chercheurs de l’Université de Californie à Berkeley affirment avoir révélé une teinte totalement inédite pour l’œil humain. Son nom : « olo ».
Cette couleur n’avait jamais été perçue jusqu’ici — non pas parce qu’elle n’existait pas, mais parce que notre œil était incapable de la voir. Grâce à un dispositif expérimental nommé « Oz » – clin d’œil assumé au Magicien d’Oz –, les scientifiques ont réussi à contourner les limites naturelles de notre perception. Leur méthode : envoyer un faisceau laser ultra-précis dans l’œil pour stimuler uniquement certaines cellules de la rétine. Résultat ? Les participants ont vu une couleur inconnue, impossible à décrire avec les mots habituels.
Cette couleur serait « plus saturée que n’importe quelle teinte visible dans le monde réel ».
Les volontaires, tous dotés d’une vision normale, ont perçu une teinte « entre le bleu et le vert », mais radicalement différente de tout ce qu’ils connaissaient. Aucun des nuanciers classiques ne s’en approchait. Baptisée « olo », cette couleur serait, selon le professeur Ren Ng, coauteur de l’étude, « plus saturée que n’importe quelle teinte visible dans le monde réel ».
Austin Roorda, professeur d’optométrie et de sciences de la vision à l’UC Berkeley, montre à quoi ressemble la participation à l’expérience Oz
Courtesy Austin Roorda / Berkeley University
L’expérience, publiée le 18 avril 2025 dans la revue Science Advances, ouvre des perspectives fascinantes, notamment dans la recherche sur les troubles de la vision, comme le daltonisme.
Mais peut-on vraiment parler d’une nouvelle couleur, même si elle n’existe ni dans la nature, ni sur nos écrans, et qu’elle ne peut être perçue qu’en laboratoire lors d’une expérience ? Le débat divise les spécialistes. Pour certains, comme le professeur John Barbur de l’Université de Londres, il pourrait s’agir d’une illusion : une stimulation extrême de certaines cellules visuelles, plus qu’une véritable révolution chromatique.
Stuart Semple présentant un tube de son nouveau pigment Yolo, 2025
© Ari Semple
Une chose est sûre : avec le dispositif Oz, la science a entrouvert une porte vers un monde visuel encore inexploré. Cette découverte résonne aussi déjà au-delà des laboratoires. Plusieurs artistes auraient contacté les chercheurs de Berkeley pour explorer les possibilités créatives de cette nouvelle teinte. Le Britannique Stuart Semple (né en 1980) – habitué des coups d’éclat chromatiques notamment en réponse à l’appropriation par Anish Kapoor du pigment noir Vantablack en 2016 – a ainsi annoncé le lancement d’une peinture inspirée d’olo, baptisée « Yolo », avec une brillance néon unique. Si olo échappe encore à la matière, elle n’échappe déjà plus à l’imaginaire.
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