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Musée Maillol

Pourquoi les sculptures hyperréalistes fascinent autant qu’elles dérangent

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Publié le , mis à jour le
Apparues dans les années 1970, ces sculptures trompe-l’œil ont évolué au fil des innovations techniques, mais hier comme aujourd’hui l’effet est le même : maximal. Entre malaise et fascination, une exposition réunit une quarantaine d’entre elles. Humaines, trop humaines ? Prière de ne pas toucher.

Cela ne dure parfois qu’une fraction de seconde, mais il y a toujours ce moment de doute, d’incrédulité, de sidération, qui nous saisit face aux sculptures plus vraies que nature de l’hyperréalisme. Ce terme, utilisé pour la première fois en 1973 par le galeriste belge Isy Brachot, désigne des œuvres restituant de façon confondante la réalité physique du corps humain, jusque dans ses moindres détails, le grain de la peau, les veines apparentes, l’inquiétude d’un sourcil froncé, l’opercule des ongles…

Impossible de rester indifférent face à nos semblables de résine, silicone, bronze ou fibre de verre. Comme si un lien viscéral nous attachait à eux, qui tiendrait moins de l’empathie que d’une sorte de reconnaissance immédiate. Ils nous attirent comme des aimants autant qu’ils créent le malaise parce qu’ils nous obligent à regarder la vérité en face, celle de la nudité, de la vieillesse, de la trivialité organique, de la sexualité, de la fragilité de la vie. Sans pudeur, parfois obscènes, ils poussent l’imitation du réel à son paroxysme et font du spectateur un voyeur à deux doigts de commettre l’irréparable : effleurer, toucher, palper, pour vérifier de quelle matière est fait cet autre si proche de nous.

« Bien que je passe beaucoup de temps sur la surface, c’est la vie intérieure que je veux capturer. »

Ron Mueck

Les pionniers comme Duane Hanson, John DeAndrea et Jacques Verduyn travaillaient d’après des modèles vivants dont ils faisaient des moulages qu’ils peaufinaient ensuite, enrichissaient d’implants de cheveux, de cils et d’yeux en verre. Durant les années 1990, les artistes affinent leurs techniques. Ayant moins recours au moulage, ils sculptent leurs œuvres à base d’argile, jouent sur les dimensions de la figure et n’hésitent pas à s’inspirer des effets spéciaux de l’industrie cinématographique par laquelle un certain nombre d’entre eux sont passés, tels Evan Penny, Patricia Piccinini, Sam Jinks et Ron Mueck. Lors de la deuxième exposition que lui avait consacrée la fondation Cartier en 2013, Ron Mueck avait dévoilé le laborieux travail en atelier : d’abord le dessin, la maquette en cire ou argile, le moule où coule la résine pour obtenir une figure dont la peau en silicone sera ensuite couverte de couches de vernis colorés durant des semaines. « Bien que je passe beaucoup de temps sur la surface, c’est la vie intérieure que je veux capturer », explique-t-il. L’effet est saisissant, tout comme l’est le défilé d’anonymes sculptés par Carole A. Feuerman, Marc Sijan et autres hyperréalistes réunis au musée Maillol, à Paris.

Sam Jinks, Untitled (Kneeling Woman), 2015

Sam Jinks, Untitled (Kneeling Woman)
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Sam Jinks, Untitled (Kneeling Woman), 2015

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silicone, pigments, résine, cheveux • 30x72x28 cm • © Sam Jinks / Courtesy galerie Sullivan+Strumpf, Sydney / Institute for Cultural Exchange, Tübingen ©ADAGP Paris 2022 pour les oeuvres de ses membres

L’imitation d’un corps féminin agenouillé, replié sur lui-même, atteint avec Sam Jinks la perfection. À un cheveu près : en choisissant une plus petite échelle de représentation, l’artiste introduit une distance avec le spectateur, soulignant la délicatesse, la fragilité de l’existence humaine. Le visage caché, les yeux fermés, dans une attitude de recueillement, cette Poucette du XXIe siècle impose le silence avec douceur.

Duane Hanson, Two Workers, 1993

Duane Hanson, Two Workers
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Duane Hanson, Two Workers, 1993

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polychromie à l’huile, accessoires • Courtesy Institute for Cultural Exchange, Tübingen / Photo Axel Thünker ©ADAGP Paris 2022 pour les oeuvres de ses membres

Précurseur de l’hyperréalisme qui avait subjugué le public lors de la Documenta 5 à Kassel en 1972, l’Américain Duane Hanson (1925–1996) montrait des personnes ordinaires, à l’image de ces travailleurs hagards, perdus dans leurs pensées, épuisés et broyés par le système capitaliste. « Je ne copie pas la vie, j’affirme des valeurs humaines. Mon travail s’intéresse aux gens qui vivent une vie de désespoir tranquille », expliquait-il.

Zharko Basheski, Ordinary Man, 2009–2010

Zharko Basheski, Ordinary Man
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Zharko Basheski, Ordinary Man, 2009-2010

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résine de polyester, fibre de verre, silicone, cheveux • 220x180x85 cm • © Zharko Basheski / Courtesy Institute for Cultural Exchange, Tübingen ©ADAGP Paris 2022 pour les oeuvres de ses membres

Il surgit de nulle part, l’œil inquiet, l’air ahuri, comme s’il était parvenu à s’échapper d’on ne sait quel obscur purgatoire pour atterrir dans un monde encore trop étriqué pour son corps de géant. Sonné par l’effort accompli, le Gulliver de Basheski incarne le goût de l’artiste pour les situations improbables, les accidents et surprises de la vie.

Carole A. Feuerman, General’s Twin, 2009–2011

Carole A. Feuerman, General’s Twin
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Carole A. Feuerman, General’s Twin, 2009–2011

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Huile sur résine • 61×38×20,5 cm • © Carole A. Feuerman / Galerie Hübner & Hübner, Francfort / Courtesy Institute for Cultural Exchange, Tübingen ©ADAGP Paris 2022 pour les oeuvres de ses membres

À quoi rêvent les nageuses ? À chacun de l’envisager. Car la belle ici représentée, perdue dans ses songes, la peau encore couverte de délicates gouttes d’eau, garde pour elle ses secrets. Ce buste émergeant d’un mur qui donne envie de se laisser bercer par des flots imaginaires est né par la grâce d’une pionnière de l’hyperréalisme, qui choisit dès ses débuts dans les années 1970 d’explorer le thème de l’eau.

Jacques Verduyn, Pat & Veerle, 1974

Jacques Verduyn, Pat & Veerle
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Jacques Verduyn, Pat & Veerle, 1974

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polyester polychrome • 110×180×150 cm • Courtesy galerie Antoine Laurentin, Paris-Bruxelles, nstitute for Cultural Exchange, Tübingen ©ADAGP Paris 2022 pour les oeuvres de ses membres

Il a fait partie de l’exposition fondatrice du mouvement hyperréaliste organisée à Bruxelles il y a près de cinquante ans par le galeriste Isy Brachot. Depuis, la chair humaine n’a plus de secret pour Jacques Verduyn. L’artiste cristallise ces moments de joie simples et paisibles du quotidien qu’on a trop souvent tendance à oublier : un bain de soleil entre amies, le spectacle d’une baigneuse qui se sèche les pieds ou d’une femme qui remet la boucle de sa chaussure.

Daniel Firman, Caroline, 2014

Daniel Firman, Caroline
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Daniel Firman, Caroline, 2014

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résine, vêtements • 162×43×47 cm • © Daniel Firman / Photo Claire Dorn / Courtesy de l’artiste et galerie Perrotin / Institute for Cultural Exchange, Tübingen ©ADAGP Paris 2022 pour les oeuvres de ses membres

Plutôt que de montrer des nus, Daniel Firman habille ses personnages. En dissimulant leur corps et leur visage, l’artiste attire l’attention sur eux dans des saynètes poétiques et absurdes. À la manière d’un enfant qui couvre ses yeux de ses mains en espérant ne pas être vu, Caroline cherche à se dérober aux regards, à disparaître, à se fondre dans le décor, et obtient l’effet inverse. Un jeu subtil sur la présence du corps par l’absence.

Sam Jinks, Woman and Child, 2010

Sam Jinks, Woman and Child
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Sam Jinks, Woman and Child, 2010

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technique mixte • © Sam Jinks / Courtesy galerie Sullivan+Strumpf, Sydney / Institute for Cultural Exchange, Tübingen © ADAGP Paris 2022 pour les oeuvres de ses membres

Difficile de dire ce qui est le plus touchant dans cette scène : le lien unissant les générations, l’idée de passage, de transmission ou tout simplement un moment de tendresse figé à jamais. D’abord dessinateur, Sam Jinks s’est ensuite familiarisé avec les techniques de sculpture en silicone et latex après un passage par le cinéma. Le naturalisme de ses œuvres, les émotions qui s’en dégagent sont à couper le souffle.

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Hyperréalisme. Ceci n’est pas un corps - Paris

Du 8 septembre 2022 au 5 mars 2023
Après Bilbao, Canberra, Rotterdam, Liège, Bruxelles et dernièrement Lyon (la Sucrière), les maîtres de l’hyperréalisme font escale à Paris. Incarnation du mythe de Pygmalion, ces héritiers de la statuaire antique et des corps torturés de la sculpture chrétienne gothique autant que des modèles anatomiques en cire du XVIIIe siècle et de l’expressivité bouleversante des Bourgeois de Calais d’Auguste Rodin présentent une quarantaine d’œuvres au musée Maillol.

www.museemaillol.com

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Berlinde De Bruyckere. Piller | Ekphrasis

Du 18 juin 2022 au 2 octobre 2022
Faites de matériaux organiques – cire, peaux d’animaux et bois –, plus rarement de résines synthétiques, les créatures criantes de vérité de Berlinde De Bruyckere semblent repousser les limites de la mort. Morceaux de corps malmenés, blessés, violés, archanges décharnés, chevaux maltraités, ils tissent des liens complexes avec les fantômes de l’histoire de l’art, ses mythes et épisodes bibliques, pour parler de la souffrance humaine et animale contemporaine. Envahissant tous les espaces de l’Hôtel des collections
du Mo.Co, c’est la première exposition d’une telle envergure consacrée à l’artiste belge marquée par la peinture de la Renaissance flamande, qui, pour
l’occasion, a produit six nouvelles œuvres.

www.moco.art

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Hypersensible

Du 7 avril 2023 au 3 septembre 2023
Un regard sur la sculpture hyperréaliste proposé par le musée d'Arts de Nantes, seule collection publique française à conserver une sculpture de Duane Hanson, maître du genre.

Retrouvez dans l’Encyclo : Hyperréalisme

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