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Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat à New York, 1984
© Ben Buchanan / Bridgeman Images
57 Great Jones Street : coincé entre deux immeubles d’habitation, et à quelques pas de l’East Village où grouillait la scène artistique underground new-yorkaise des années 1970–1980, un building détonne. Plus petit que les autres, il ne comporte qu’un rez-de-chaussée et un premier étage percé de trois fenêtres. La porte d’entrée est couverte d’images et graffitis rendant hommage à Jean-Michel Basquiat, tandis qu’une plaque commémorative récente nous rappelle que le jeune artiste a vécu ici, de 1983 à sa mort en 1988. Son bailleur de l’époque ? Le grand Andy Warhol ! Ce dernier était alors, non seulement associé de Basquiat, avec qui il produisait des expositions voire des œuvres communes, mais aussi un ami, une sorte de père d’adoption.
Façade du 57 Great Jones Street à New York, 2018
© Aude Adrien
Au début des années 1980, la carrière de Basquiat décolle. Son travail et celui d’autres artistes avant-gardistes s’exposent pour la première fois en juin 1980 dans un immeuble désaffecté proche de Times Square. Les critiques sont excellentes et amorcent la reconnaissance du travail de la clique des artistes pop / punk de l’East Village, dont Basquiat fait partie. Il est alors déjà connu pour les graffitis provocateurs et poétiques qu’il essaime dans le sud de Manhattan, en collaboration avec l’artiste Al Diaz sous le nom de SAMO : « Same Old Shit ». Mais l’exposition de 1980, puis sa rencontre avec Warhol, lancent vraiment sa carrière de peintre. Son studio-atelier de Great Jones Street lui donne l’espace dont il a besoin pour créer. C’est à cette époque que son œuvre sera la plus prolifique. Il se lie avec d’autres stars montantes de l’art underground comme Keith Haring, et a une brève aventure avec Madonna, qui le quittera en raison de son irrésistible addiction à l’héroïne.
Si tout semble sourire au jeune prodige, Basquiat reste en prise avec ses démons et devient de plus en plus accro à la drogue. En octobre 1985, l’échec d’une exposition commune avec Warhol, dans une galerie de Soho, vient freiner son ascension. Les critiques reprochent à Basquiat d’être devenu la mascotte d’un Andy Warhol en perte de vitesse. L’enfant terrible en sort profondément blessé et s’éloigne considérablement de son mentor. Le 22 février 1987, c’est le drame : à la suite d’une opération chirurgicale de routine, Warhol meurt. Basquiat n’entretient plus vraiment de relations avec lui mais il est dévasté. Il sombre dans l’héroïne et la dépression. Après une tentative de sevrage lors d’un bref séjour à Hawaï, il regagne l’appartement du 57 Great Jones Street que lui louait son ami. Il ne le quittera plus : le 12 août 1988, Jean-Michel succombe à une overdose.
Jean-Michel Basquiat, Dos Cabezas, 1982
Acrylique et pastel sur toile • 158 x 153 cm • Coll. particulière • © The estate of Jean-Michel Basquiat / Adagp, Paris 2018
La légende veut que la rencontre Warhol/Basquiat fut électrique, surtout du côté de ce dernier. Le marchand d’art Bruno Bischofberger raconte en effet qu’il a présenté formellement les deux artistes dans la Factory de Warhol à l’automne 1982. Le grand Andy a photographié le jeune Jean-Michel avec son Polaroid, avant de demander à Bischofberger de les prendre tous deux en photo. Il est ensuite question d’un déjeuner entre les trois hommes, mais Basquiat leur fausse compagnie : Warhol et Bischofberger avaient tout juste terminé leur plat quand, au bout d’une heure et demie, l’assistant de Basquiat surgit. Il tenait en mains une grande toile à la peinture encore fraîche, figurant un double portrait de Warhol et Basquiat. L’œuvre carrée d’un 1,50 m de côté s’intitule Dos Cabezas (Deux Têtes) : l’assistant aura remonté, de Soho à Union Square, une quinzaine de blocs en courant, pour apporter à temps le portrait qui ne tenait pas dans un taxi ! Autour de la table, les convives vont être subjugués par l’œuvre de l’artiste de 21 ans. Warhol s’exclame : « Je suis jaloux ; il est plus rapide que moi ! »
Basquiat x Warhol. À quatre mains
Du 5 avril 2023 au 28 août 2023
Fondation Louis Vuitton • 8 avenue du Mahatma Gandhi • 75116 Paris
www.fondationlouisvuitton.fr
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