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LE TOPO

Simon Hantaï en 3 minutes

En bref

Surréaliste à ses débuts (il est exposé par André Breton), Simon Hantaï (1922–2008) est un artiste français d’origine hongroise qui embrasse la peinture tout en cherchant à la déconstruire en suivant la voie expérimentale tracée par Jackson Pollock. Sa démarche fait intervenir l’aléatoire dans le procédé pictural. S’ensuit l’abolition de la frontière entre le peint et le non-peint, entre le réfléchi et le spontané, bousculant les vérités établies depuis des siècles sur ce que doit être une peinture, figurative ou abstraite. L’art du pliage de Simon Hantaï devient ainsi autant procédé que sujet.

Simon Hantaï dans son atelier en 1955
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Simon Hantaï dans son atelier en 1955

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© Photo Vagn Hansen / BIPs / Getty Images

Il a dit

« Quand je plie, je suis objectif et cela me permet de me perdre. »

Sa vie

Simon Hantaï naît le 7 décembre 1922 à Bia, près de Budapest en Hongrie. Ses parents appartiennent à une petite communauté catholique d’émigrés allemands d’origine souabe. La famille magyarise son patronyme en 1939, qui deviendra Hantaï. Suite à une diphtérie, Simon, alors âgé de sept ans, est frappé de cécité pendant plusieurs mois. Au printemps 1941, contre l’avis de son père qui le destinait à une carrière d’ingénieur, il entre à l’Académie des beaux-arts de Budapest.

En mars 1944, après l’invasion de la Hongrie, Hantaï s’engage publiquement contre l’Allemagne nazie, ce qui lui vaut d’être incarcéré par la police. Il parvient cependant à s’échapper. Dès la libération de Budapest, en février 1945, par les troupes soviétiques, la vie artistique reprend et Hantaï y participe au travers de plusieurs expositions organisées par l’Académie des Beaux Arts de Budapest. Il suit également les cours d’histoire de l’art et découvre l’œuvre de Bonnard et de Matisse, lequel le marquera à jamais.

Après un séjour en Italie (les mosaïques de Ravenne sont une véritable révélation), il rejoint Paris et s’installe dans un atelier de la Cité des Fleurs, 17e arrondissement, qu’il occupera jusqu’en 1966 avec son épouse Zuzsa (rescapée des camps de concentration). Dans ses premières années parisiennes, Simon Hantaï produit des œuvres inspirées des primitifs italiens (Les Baigneuses, 1949), mais très vite, notamment au contact de peintres américains (Kelly, Mitchell, Francis ou Riopelle), il expérimente de nombreuses techniques, comme le grattage, le collage, le découpage, le pochoir…

En décembre 1952, Hantaï dépose anonymement un tableau-objet devant la porte d’André Breton, qui, un mois plus tard, lui propose sa première exposition personnelle. Mais le surréalisme n’est qu’une parenthèse de trois ans à peine. Hantaï rompt définitivement avec André Breton et s’engage dans une peinture gestuelle, influencée par l’œuvre de Jackson Pollock. Il expose pour la seconde fois à la galerie Kléber. À partir de l’automne 1958 et pendant presque un an, Hantaï travaille quotidiennement sur deux toiles monumentales. Chaque matin, il se consacre à Peinture (Écriture rose), dont la surface se couvre de textes philosophiques, théologiques ou liturgiques qu’il recopie à l’encre.

Hantaï abandonne l’écriture et le geste et introduit une toute nouvelle méthode de travail : le pliage. De 1960 à 1982, huit séries vont se succéder, correspondant chacune à un procédé différent. De nombreuses expositions ponctuent ces années intenses de création, pour beaucoup en France à la galerie Jean Fournier et à la Fondation Maeght. Mais c’est en 1970 qu’Hantaï expose pour la première fois à l’étranger, à New York, à la Pierre Matisse Gallery.

À l’été 1971, la galerie Jean Fournier lui consacre une exposition rétrospective, « Le pliage comme méthode : regard sur dix années », qui fait le bilan de sa démarche et définit formellement par son intitulé le cadre établi par le peintre.

Naturalisé français, avec son épouse Zsuzsa, en 1966, Hantaï représente la France à la 40e Biennale de Venise, avec dix-huit Tabulas. Dans le même temps, il expose à la galerie Jean Fournier les Tabulas Lilas, dans une scénographie impressionnante, certaines sont agrafées au mur tandis que d’autres jonchent le sol. Mais suite à de profonds désaccords avec le commissariat, il va la sous-titrer : « Le deuil de Venise ». Hantaï se retire progressivement de la vie publique, n’exposera plus et ne peindra plus pendant près de 15 ans.

Entre 1982 et 1985, Hantaï réalise néanmoins une « œuvre au noir », selon Anne Baldassari, d’une importance majeure. Il expérimente encore et toujours, et après l’ascèse des Tabulas Lilas, la couleur revient avec force. C’est un « dernier atelier » tout en polychromie qui surgit, libéré des contraintes. Si le pliage reste sa méthode, Hantaï explore toutes ses possibilités. Malgré son retrait de la vie publique, de nombreuses expositions présentent le travail du peintre, à Osaka, New York, Vienne, Oxford, Hanovre, Édimbourg, Moscou, Saint-Pétersbourg… Des expositions qui lui attribuent une place déterminante sur la scène artistique internationale contemporaine.

À partir de 1994, Simon Hantaï rentre dans une phase active de « destruction-reconstruction » de ses toiles anciennes, et aidé par son ami le peintre Antonio Semeraro, il découpe les grandes Tabulas des années 1980, dont il recadre des fragments, donnant lieu à une nouvelle série Les Laissés. En 1998, Hantaï sort de la réserve qu’il s’était imposée depuis 1982 et multiplie les expositions en France et à l’international. En 2003, le peintre fait une importante donation de peintures au Centre Pompidou, qui seront exposées lors de sa grande rétrospective la même année. L’artiste s’éteint le 12 septembre 2008, à son domicile parisien.

Ses œuvres clés

Simon Hantaï, Peinture (Écriture rose)
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Simon Hantaï, Peinture (Écriture rose), Paris, 1958–1959

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encres de couleur, feuilles d’or sur toile de lin • 329,5 × 424,5 cm • Coll. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat / service presse

Peinture (Écriture rose), 1958–1959

Pendant un an, entre l’hiver 1958 et la fin de l’année 1959, Simon Hantaï se consacre à une unique toile. Après l’avoir préparée pendant de longues semaines, jusqu’à la rendre lisse, blanche et prête à être recouverte, l’artiste s’attèle à la même tâche, tous les matins : il la couvre de couches d’écritures successives, serrées et à peine lisibles, issues de textes religieux, philosophiques, esthétiques ou politiques. Il les retranscrit à la plume, à l’encre de chine noire, verte, rouge, violette, blanche, variant selon le cycle. L’œuvre est ponctuée de signes religieux, qui se détache du fond rose luminescent : une croix à la feuille d’or, une étoile de David et une éclaboussure venue de la colère de Luther. Ce sera l’une des dernières œuvres avant la grande rupture du « pliage comme méthode », dans les années 1960.

Simon Hantaï, Meun
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Simon Hantaï, Meun, Meun, 1968

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huile sur toile • 240 × 225 cm • Coll. particulière • © Photo Fondation Louis Vuitton / David Bordes

Meun, 1968

En référence au nom du hameau, en lisière de la forêt de Fontainebleau, où Hantaï choisit de s’installer avec sa famille dès 1966, la toile est ici nouée aux quatre angles et en son centre avant d’être recouverte par une seule couleur. Quelques coups de pinceau soulignent parfois certains plis ou zones laissées vierges. Si les premiers pliages sont de formes assez simples, très vite les formes se complexifient, et parfois plusieurs couleurs se superposent. Dans ces peintures, le blanc envahit de plus en plus la surface picturale. On perçoit ici avec plus d’évidence le geste, le mouvement, la logique qui président à l’élaboration de la peinture.

Simon Hantaï, Étude
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Simon Hantaï, Étude, Meun, 1969

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huile sur toile • 268 × 233 cm • Coll. particulière • © Photo Fondation Louis Vuitton / David Bordes

Étude, 1969

Dédiée au poète Pierre Reverdy, cette série rompt avec les précédentes, où le motif était central, la toile est ici froissée, régulièrement pliée, et reçoit une seule couleur, rouge, jaune, bleu, vert, ou noir… La peinture est appliquée jusqu’au bord, reprenant le principe du all-over cher à Jackson Pollock. Hantaï entreprend cette série à la suite de la commande obtenue pour le collège de Trappes dans le cadre du 1 % artistique, pour laquelle ses recherches le poussent à envahir tout l’espace de la toile. Ces grands pliages monochromes renouent avec la monumentalité des œuvres antérieures.

Simon Hantaï, Tabulas
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Simon Hantaï, Tabulas, Paris, 1980

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acrylique sur toile • 295 × 466 cm • Coll. particulière

Tabulas, 1980

Ici, Simon Hantaï pousse sa méthode à l’extrême, constituant l’aboutissement de ses recherches. Plus que jamais, le pliage est méthodique, ordonné, discipliné. La toile devient « table », surface régulière où étaler de la couleur. Des nœuds placés à intervalles réguliers produisent, une fois la toile recouverte de peinture monochrome puis dépliée, un grand nombre de petits carrés ou rectangles. Nulle géométrie, nul angle droit et pourtant le quadrillage est presque parfaitement régulier. Il est contrebalancé par l’éclatement et la pénétration du blanc dans la couleur aux entrecroisements. Hantaï agrandit, à partir de 1980, la taille des toiles et chaque carreau devient l’objet d’un pliage en soi. La série se termine par les Tabulas Lilas en 1982, pliage blanc sur blanc, et apparaissent comme l’aboutissement de ses recherches sur la couleur.

Par • le 16 mai 2022
Retrouvez dans l’Encyclo : Simon Hantaï

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