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Architecture

Sur les traces d’Oscar Niemeyer exilé en France

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Brésilien, Oscar Niemeyer l’était jusqu’au bout des ongles – malgré son nom à consonance allemande, il est bien le premier des modernes à avoir voulu « tropicaliser » les dogmes de Le Corbusier. En France, où il s’est exilé pour fuir la dictature militaire, il a érigé certains de ses bâtiments les plus emblématiques. À l’occasion de la parution du livre Oscar Niemeyer en France. Un exil créatif aux éditions du Patrimoine, nous avons marché dans les pas de cet amoureux des courbes et du béton, entre Paris, Bobigny et Saint-Denis.
La Bourse départementale du travail, à Bobigny, en 1978
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La Bourse départementale du travail, à Bobigny, en 1978

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©Michel Moch/Niemeyer Oscar/Artedia/Bridgeman Images © ADAGP, Paris 2021

En 1964, le Brésil tremble. Le coup d’État du 31 mars marque le début de la dictature militaire. Les communistes, dont Oscar Niemeyer (1907–2012) est l’un des fiers et célèbres représentants, ne sont plus les bienvenus. Lui qui voulait développer son aura internationale en profite pour partir, et choisit la France comme terre d’exil. À Paris, le musée des Arts décoratifs lui consacre en 1965 une grande exposition monographique qui le fait connaître – la presse est gaga devant les bâtiments stupéfiants qu’il vient de livrer à Brasília, et réclame les mêmes pour l’Hexagone. Même le grand public le connaît, toute la France ayant vibré avec Jean-Paul Belmondo dans L’Homme de Rio (1964), où l’acteur en smoking blanc est filmé par Philippe de Broca en pleine course-poursuite haletante dans la capitale brésilienne flambant neuve.

Oscar Niemeyer à Milan, en 1968
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Oscar Niemeyer à Milan, en 1968

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© Mori/MP/Bridgeman Images © ADAGP, Paris 2021

Coïncidence troublante, Le Corbusier meurt la même année. Cette disparition fait de Niemeyer le « seul digne successeur du maître du modernisme », écrivent Vanessa Grossman et Benoît Pouvreau dans Oscar Niemeyer en France. Un exil créatif (éditions du Patrimoine, 2021). L’expo attire toujours plus les regards, et l’architecte est très sollicité : il répond aux interviews, reçoit le Grand Prix international d’architecture et d’art de la revue L’Architecture d’aujourd’hui. En 1966, le Parti communiste français reçoit l’autorisation de construire 10 000 mètres carrés de bureaux sur un terrain de la Maison des syndicats, au cœur d’un quartier ouvrier de la capitale. Bonne nouvelle, « on a eu la chance d’obtenir la collaboration gratuite (…) de l’architecte qui a la plus grande réputation mondiale actuellement », annonce triomphalement Georges Gosnat, trésorier du PCF. Niemeyer, pour sa réalisation la plus célèbre en France, ne touchera donc pas un sou !

Siège du Parti communiste français, à Paris
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Siège du Parti communiste français, à Paris

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© View Pictures/Universal Images Group via Getty Images © ADAGP, Paris 2021

Le site est triangulaire, coincé dans un angle de la place du Colonel Fabien, avec dans son dos un vaste ensemble d’habitations à bon marché (HBM), la Cité rouge. Au départ, l’architecte songe à une tour de vingt-cinq étages ; ce sera finalement une barre ondulante, haute de six étages, qui semble flotter au-dessus du sol grâce aux épais poteaux qui la soutiennent. Sa façade de verre est un mur-rideau conçu par l’architecte Jean Prouvé – fait rarissime, celui-ci peut s’ouvrir grâce à des fenêtres, le PCF craignant alors les attentats. Une esplanade verdoyante féconde un dôme rond, blanc, qui surplombe et annonce l’auditorium ; l’entrée se fait par le sous-sol du bâtiment, afin « de réduire l’emprise au sol ».

Naturellement entraîné par la pente du chemin, le corps du visiteur ne peut que ressentir la douceur de l’accueil qui lui est fait – bien que monumental, le bâtiment est pensé avec une telle attention qu’il n’est jamais intimidant. L’intérieur, qui se visite aujourd’hui à différentes occasions (expos, conférences, Journées du Patrimoine) est une merveille de détails : il y a les sols vallonnés, quasi-organiques, de l’entrée, les moquettes qui viennent arrondir le bas des murs, les faux-plafonds dont les plaquettes métalliques diffusent le son et la lumière, le restaurant du sixième étage et ses carreaux de céramique bleu et blanc. Surtout, le béton et ses traces de planches de coffrage apparentes (on devine les veines du bois) mettent en évidence le soin immense accordé à la matière fétiche des modernistes.

La Bourse départemental du travail, à Bobigny
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La Bourse départemental du travail, à Bobigny

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© Philippe Moulu / hemis.fr © ADAGP, Paris 2021

En très bon état, le siège du Parti accueille aujourd’hui diverses entreprises, quelques ruches sur le toit et des tournages de cinéma. On ne peut pas en dire autant de la Bourse départementale du travail de Bobigny qui, si elle est nettement moins bien entretenue, est toujours en fonctionnement. Commandé en 1972, le projet consiste ici en une barre, cette fois-ci parfaitement droite, à laquelle on accède par une pente, en passant devant une gigantesque forme sculpturale. Pas un dôme, mais une rampe immense – un rêve pour les skateurs ! –, qui apparaît comme l’émergence étonnante du toit de l’auditorium, en forme de trompette.

Hall du siège de L’Humanité
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Hall du siège de L’Humanité

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Archives Départementales De La Seine Saint Denis © Michel Moch © ADAGP, Paris 2021

Non loin de là, à Saint-Denis, l’ancien siège de L’Humanité, dont l’ahurissant état de délabrement fait peine à voir, s’apprête à être rénové en vue d’accueillir des bureaux. Construit entre 1987 et 1989, l’immeuble fait suite à un premier contact entre l’architecte et le journal communiste : la grande scène de la Fête de l’Huma (1973), qu’il avait repensée en mettant en œuvre un « système de couverture soutenu par quatre grues, comme une ode à ce symbole monumental du travail ouvrier et du chantier ». À deux pas de la cathédrale Saint-Denis, la structure forme, vue du ciel, un Y alangui, où s’inscrit un hall d’entrée circulaire, dont le verre bleu entre en contraste avec les façades en béton gris. Aujourd’hui couvert de graffiti et de poussière, le bâtiment attend tranquillement sa nouvelle assignation.

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Oscar Niemeyer en France. Un exil créatif

Par Vanessa Grossman et Benoît Pouvreau

Éd. du patrimoine • 208 p. • 25 €

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