Raphaël, Étude pour la “Bataille du pont Milvius”
craie rouge et crayon sur papier • 22 x 24 cm • © Dorotheum
C’est une précieuse feuille que la maison de vente Dorotheum à Vienne (Autriche) mettra en vente le 25 octobre. Plein de mouvement et de verve, ce dessin à la sanguine, représentant un cheval à terre et son cavalier en train de se défendre, lame à la main, contre ses assaillants, vient en effet d’être réattribué à l’un des plus grands maîtres de la Renaissance, Raphaël (1483–1520).
L’œuvre, qui avait transité par plusieurs collections particulières, dont celle de l’érudit néerlandais Iohan Quirijn van Regteren Altena, avait été prise jusque-là pour un dessin de Rubens, puis d’un artiste non identifié de l’école italienne du XVIe siècle. Mais son actuel propriétaire, qui l’a acquise en 2015, a consulté l’historien de l’art Paul Joannides, spécialiste de la Renaissance italienne et professeur émérite à l’Université de Cambridge, qui y a reconnu formellement la patte de Raphaël.
À gauche, détail de la fresque du Vatican la “Bataille du pont de Milvius” peinte par Giulio Romano et Raphaël. À droite, étude pour la “Bataille du pont Milvius”, 1520-1524
© Dorotheum / © Peter Horree / Alamy Stock Photo
Début 2023, Joannides avait identifié un dessin à la sanguine comme étant une rare étude préparatoire de Michel-Ange pour l’un des personnages du plafond de la chapelle Sixtine. Ce cas est similaire : là encore, c’est l’œil du chercheur qui a permis de relier le dessin à la Bataille du pont Milvius, l’une des célèbres fresques des chambres de Raphaël au Vatican, à laquelle il l’a minutieusement comparé. Verdict : il s’agit bien d’une étude préparatoire pour cette œuvre !
Située dans la chambre de Constantin (1517–1525), quatrième et dernière pièce de l’appartement commandé à Raphaël par le pape Léon X, la Bataille du pont Milvius, saturée de corps entremêlés et de poses dramatiques, illustre de façon théâtrale la lutte intense qui opposa en 312 les soldats de Constantin, premier empereur chrétien de l’histoire, à ceux de son rival Maxence. La fresque ayant été achevée par Giulio Romano après la mort de Raphaël, cette sanguine permet de se rapprocher de la vision originale du maître, et reste l’un des rares dessins retrouvés de sa période tardive. Au verso figure également un dessin de son assistant, Polydore de Caravage (1495–1543). Estimée entre 400 000 et 600 000 euros, il ne serait pas étonnant que cette pépite s’envole à un prix bien plus élevé.
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