Article proposé par Exponaute

Francis Bacon, Trois études pour un portrait de George Dyer, 1963 © Christie’s, 2017
Il fut la muse et l’amant de Francis Bacon: son visage nous est parvenu torturé, déstructuré, déboussolant, sous le pinceau du célèbre artiste anglais du XXe siècle. George Dyer fut en effet immortalisé via un triptyque en 1963 qui, pour la petite anecdote, a appartenu à l’écrivain Roald Dahl pendant de longues années… Aujourd’hui, la légende s’est emparée de cette relation houleuse entre les deux hommes, l’un peintre de génie, l’autre voyou du quartier de East End à Londres.
Se sont-ils rencontrés dans un pub, Dyer offrant à Bacon une pinte de bière ? Sont-ils tombés amoureux alors que l’artiste surprit un jour Dyer, cambrioleur à ses heures, tentant de s’introduire dans son atelier en forçant la serrure ? Toujours est-il que les deux hommes restèrent en couple pendant dix longues années.
Une histoire faite de tempêtes, d’alcool, de colères et de jalousie qui se termina tragiquement avec le suicide de George Dyer. Une disparition qui laissa Francis Bacon dévasté, seul au monde. L’artiste venait de voir ouvrir sa première rétrospective au Grand Palais de Paris. Avec Picasso, il était le deuxième artiste à avoir droit à une exposition de son vivant dans ce haut-lieu de la culture française.
À l’heure actuelle, ces Trois études pour un portrait de George Dyer sont exposées dans les locaux londoniens de Christie’s, en attendant de pouvoir bientôt s’envoler pour New York, où l’œuvre sera vendue aux enchères dans le courant du mois de mai 2017. L’œuvre est estimée entre 50 et 70 millions de dollars. Un prix à la hauteur de la réputation et de la célébrité de Francis Bacon dont les œuvres s’arrachent systématiquement à des prix faramineux à chaque vente publique. En tout cas, la maison de vente aux enchères spécialisée dans l’art d’après-guerre se réjouit de cet événement à venir. Edmond Francey, en charge de cette enchère, explique que le triptyque représente idéalement la passion de Bacon pour Dyer.
Dans le visage presque imperceptible de son amant, on ressent toute la violence de son amour, ses élans envers lui, au point que les codes visuels en soient brouillés. George Dyer inspira tant Francis Bacon que l’artiste le représenta dans pas moins de quarante de ses tableaux. Mais ce triptyque est d’autant important pour l’histoire de l’art que c’est la première œuvre où le compagnon du peintre apparaît ; une anecdote qui risque d’attiser la convoitise des enchérisseurs.

Francis Bacon devant une de ses œuvres © News Artnet
Un fond noir oppressant et sourd, des chairs rouges et roses, des traits déformés par des forces puissantes, une représentation de l’âme, davantage que le physique, du modèle. Cette œuvre est une illustration éloquente et caractéristique du style du peintre anglais, un style qui fit sa renommée comme sa fortune. Dyer était pour Bacon ce que Dora Maar fut pour Picasso, comme l’explique Loïc Gouzier, de la maison Christie’s, dans les colonnes du Guardian. Il figure dans le Panthéon des modèles les plus célèbres de la seconde moitié du XXe siècle.
C’est en représentant Dyer que Bacon put véritablement libérer toute sa puissance créatrice et surtout entériner le style pour lequel il est unanimement salué aujourd’hui. Le Francis Bacon que nous connaissons aujourd’hui n’aurait peut-être jamais existé sans sa relation houleuse avec son amant.
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